L’irrigation s’impose en Algérie face à l’aridité

L’Algérie accélère son virage vers l’irrigation pour sécuriser sa production agricole, alors que les ressources en eau s’amenuisent sous l’effet du changement climatique. Selon Le Monde.fr, la stratégie nationale mise sur des techniques modernes pour compenser la baisse des précipitations, un choix qui redéfinit les modèles économiques du secteur.

Un tournant nécessaire face à la sécheresse

Le pays enregistre une augmentation constante des surfaces agricoles irriguées. Les données disponibles auprès du ministère de l’Agriculture indiquent qu’en 2023, près de 1,2 million d’hectares étaient équipés de systèmes d’irrigation, contre 900 000 en 2015. Cette progression reflète une adaptation urgente à la raréfaction des nappes phréatiques et à la répétition des années sèches.

L’Office national des barrages et transferts (ONBT), dirigé par Nassim Chahbar, joue un rôle clé dans ce dossier. L’institution planifie la construction de nouveaux ouvrages hydrauliques, comme le barrage de Takhmaret en Tizi Ouzou, dont la mise en service est prévue pour 2025. Ces infrastructures visent à optimiser la distribution de l’eau, mais leur coût s’élève à plus de 50 milliards de dinars (environ 350 millions d’euros).

Des solutions techniques pour l’entrepreneuriat agricole

Pour les agriculteurs et les start-up agroalimentaires, l’irrigation représente à la fois un défi et une opportunité. Les entreprises spécialisées dans les systèmes d’irrigation goutte-à-goutte — comme celles du groupe algérien Ennasr Agriculture — enregistrent une demande croissante. Leurs solutions, adaptées aux petites et moyennes exploitations, permettent de réduire la consommation d’eau de 30 à 50 % par rapport aux méthodes traditionnelles.

Le gouvernement encourage ces innovations via des subventions. Le Fonds national de régulation des prix (FNRP) alloue des aides pouvant couvrir jusqu’à 70 % du coût des équipements pour les projets labellisés. Par exemple, un projet d’irrigation sur 50 hectares à El Tarf a bénéficié d’une enveloppe de 120 millions de dinars, avec un retour sur investissement estimé entre 5 et 7 ans.

La diaspora algérienne, actrice de cette transition

Les entrepreneurs de la diaspora investissent dans des projets agrotech en Algérie, attirés par les incitations fiscales et la demande locale. En 2023, plus de 40 start-up dans le domaine de l’agriculture intelligente ont été créées, dont certaines par des Algériens résidant à l’étranger. Ces initiatives incluent des plateformes de gestion de l’eau en temps réel ou des serres hydroponiques, comme celle développée par la société Diaspora AgriTech à Oran.

Le ministère de l’Investissement, dirigé par Yacine El-Mahdi Oualid, a lancé en 2022 un programme dédié aux investisseurs de la diaspora, offrant des conditions préférentielles pour les projets dans les régions enclavées. À Béchar, un projet pilote de culture sous serre alimenté par énergie solaire a levé 800 millions de dinars grâce à des fonds transfrontaliers, avec une participation de 30 % de capitaux algériens expatriés.

Des limites structurelles à ne pas négliger

Malgré ces avancées, l’irrigation en Algérie reste confrontée à des freins majeurs. Le taux de perte d’eau dans les réseaux s’élève à 40 %, selon les estimations de l’ONBT, en raison du vieillissement des infrastructures. Par ailleurs, la tarification de l’électricité subventionnée pour les pompages ne reflète pas le coût réel des ressources, ce qui fausse les calculs économiques.

Les experts, comme l’économiste Farid Ibrahimi, soulignent la nécessité d’une gestion plus intégrée. « L’irrigation ne suffit pas sans une réforme globale des politiques hydriques et agricoles », déclare-t-il. Les projets doivent s’inscrire dans une vision à long terme, notamment pour les cultures à forte consommation d’eau comme les céréales.

Un secteur à fort potentiel économique

Pour les entrepreneurs, l’irrigation ouvre des filières porteuses. Les entreprises locales et internationales se positionnent sur la maintenance des équipements, la formation des agriculteurs ou la production de semences résistantes à la sécheresse. Le marché algérien de l’irrigation est estimé à 1 milliard de dollars d’ici 2027, selon une étude du cabinet international Frost & Sullivan.

Les zones les plus dynamiques sont le Sud, avec des projets à Adrar et Tamanrasset, et les plaines de la Mitidja. À Blida, une coopérative a diversifié ses activités en combinant irrigation et transformation agroalimentaire, générant un chiffre d’affaires de 250 millions de dinars en 2023.

À retenir pour les entrepreneurs
L’irrigation en Algérie offre un marché en croissance, avec des subventions pouvant couvrir 70 % des coûts d’équipement. Les projets doivent intégrer des solutions durables pour limiter les pertes d’eau, tandis que les investisseurs de la diaspora bénéficient d’incitations spécifiques dans les régions moins exploitées. Les filières liées à la maintenance et à l’innovation agrotech restent peu saturées et prometteuses.

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