L’Algérie vise 120 marchés pour ses dattes d’ici 2026

Le ministère du Commerce et de la Promotion des Exportations a annoncé récemment que les dattes algériennes, déjà exportées vers 90 pays, ciblent une expansion vers 30 nouveaux marchés d’ici l’année prochaine. Selon El Watan, cette ambition s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la position de l’Algérie comme l’un des principaux exportateurs mondiaux de dattes, un secteur clé pour l’économie nationale.

Le pays se classe aujourd’hui parmi les cinq premiers producteurs mondiaux de dattes, avec une production annuelle estimée à plus de 1,1 million de tonnes, selon les données du ministère de l’Agriculture. La variété Deglet Nour, cultivée principalement dans les wilayas de Biskra, Ouargla et El Oued, représente près de 60 % des exportations. En 2024, les recettes tirées de l’exportation de dattes ont atteint 250 millions de dollars, un chiffre en hausse de 15 % par rapport à l’année précédente, d’après les chiffres de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX).

Pour atteindre l’objectif des 120 marchés, le gouvernement algérien mise sur plusieurs leviers. D’abord, la modernisation des infrastructures de conditionnement et de stockage. Le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a souligné lors d’une récente visite à Biskra que « l’Algérie investit massivement dans des unités de traitement modernes pour répondre aux normes internationales, notamment celles de l’Union européenne et des États-Unis ». Plusieurs projets sont en cours, dont la construction de zones logistiques dédiées dans les wilayas de Biskra et Adrar, financées en partie par des fonds publics et des partenariats privés.

Ensuite, la diversification des variétés exportées. Si la Deglet Nour domine les exportations, d’autres variétés comme la Ghars et la Mech Degla commencent à gagner du terrain sur les marchés asiatiques et africains. « La Chine et l’Inde représentent des opportunités majeures pour nos dattes, notamment les variétés moins chères mais de qualité », a déclaré un responsable d’ALGEX. En 2025, une délégation algérienne a participé à des salons internationaux en Chine et en Inde pour promouvoir ces produits, avec des résultats encourageants : des contrats ont été signés pour l’exportation de 5 000 tonnes de dattes vers ces deux pays.

La diplomatie économique joue également un rôle clé. Le ministère des Affaires étrangères a intensifié ses efforts pour lever les barrières non tarifaires qui freinent l’accès des dattes algériennes à certains marchés. Par exemple, des négociations sont en cours avec l’Australie et le Japon pour faciliter les importations. « Nous travaillons avec nos ambassades pour identifier les obstacles et proposer des solutions concrètes, comme des accords sanitaires et phytosanitaires », a expliqué un haut responsable du ministère.

Cependant, des défis persistent. Les producteurs algériens font face à la concurrence des pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui bénéficient de subventions importantes et d’une logistique plus développée. « Nos coûts de production restent élevés en raison des prix de l’énergie et de l’eau, ce qui affecte notre compétitivité », a reconnu un exportateur basé à Ouargla. Pour y remédier, le gouvernement a lancé en 2024 un programme de subventions ciblées pour les petits et moyens producteurs, incluant des aides à l’irrigation goutte-à-goutte et à l’énergie solaire.

Un autre enjeu est la qualité. Bien que l’Algérie dispose de normes strictes, certains lots de dattes ont été rejetés à l’exportation en raison de résidus de pesticides ou de problèmes de conditionnement. « Nous renforçons les contrôles et formons les producteurs aux bonnes pratiques agricoles », a indiqué un responsable de l’Institut national de la protection des végétaux (INPV). Des laboratoires de certification ont été créés dans les principales zones de production pour garantir la conformité des produits.

Sur le plan interne, les exportateurs algériens misent aussi sur la valorisation des sous-produits de la datte. Des projets pilotes sont en cours pour transformer les noyaux en biocarburants ou en aliments pour le bétail, et la pulpe en sirops ou en produits cosmétiques. « Cela permettrait de créer de la valeur ajoutée et de réduire les déchets », explique un entrepreneur basé à Adrar.

Enfin, la promotion de la marque « Dattes d’Algérie » à l’international est un axe prioritaire. Le ministère du Commerce a lancé une campagne de communication ciblant les distributeurs et les consommateurs en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. « Nous voulons positionner nos dattes comme un produit premium, au même titre que les dattes tunisiennes ou marocaines », a déclaré un responsable d’ALGEX.

Avec ces mesures, l’Algérie espère non seulement augmenter ses recettes d’exportation, mais aussi créer des emplois dans les régions sahariennes, où la culture de la datte est une source de revenus essentielle pour des milliers de familles. Si les objectifs sont atteints, le secteur pourrait rapporter plus de 350 millions de dollars par an d’ici 2026, selon les projections du ministère de l’Agriculture.

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