L’Algérie vise le top 2 mondial des exportations de dattes

L’Algérie figure parmi les trois premiers producteurs mondiaux de dattes, mais son poids à l’export reste marginal. Selon un rapport récent du site spécialisé TSA-Algérie, le pays récolte environ un million de tonnes de dattes par an, soit près de 15 % de la production mondiale. Pourtant, ses exportations ne dépassent pas 60 000 tonnes, loin derrière les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite ou même la Tunisie, qui écoulent plusieurs centaines de milliers de tonnes sur les marchés internationaux.

Cette situation contraste avec le potentiel du secteur. La datte algérienne, notamment la variété Deglet Nour, est reconnue pour sa qualité et bénéficie d’une demande croissante en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Mais plusieurs obstacles freinent son développement à l’export. D’abord, la fragmentation de la filière : plus de 80 % des producteurs sont de petits exploitants, souvent regroupés en coopératives locales aux moyens limités. Ensuite, les contraintes logistiques, comme le manque d’unités de conditionnement modernes et de chaînes de froid adaptées, réduisent la compétitivité des exportations.

Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a lancé en 2025 un plan ambitieux pour doubler les exportations d’ici 2028. Ce plan repose sur trois axes. D’abord, la modernisation des infrastructures : construction de centres de conditionnement dans les wilayas productrices comme Biskra, El Oued et Ouargla, et mise en place de zones franches agricoles pour faciliter les exportations. Ensuite, la certification des produits : l’Algérie compte obtenir des labels bio et des certifications halal pour ses dattes, afin de pénétrer de nouveaux marchés, notamment en Asie du Sud-Est. Enfin, le renforcement des partenariats avec des distributeurs internationaux, comme Carrefour ou Lulu Hypermarket, déjà présents en Algérie.

Les résultats commencent à se faire sentir. En 2025, les exportations ont progressé de 12 % par rapport à l’année précédente, selon les chiffres de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX). Les dattes algériennes ont notamment gagné des parts de marché en France, en Allemagne et au Canada, où la demande pour des produits bio et traçables augmente. « Nous visons 150 000 tonnes exportées d’ici trois ans », a déclaré le ministre de l’Agriculture, Abdelhafid Henni, lors d’une visite à Biskra en février 2026. « Cela nécessitera des investissements dans la transformation et la logistique, mais aussi une meilleure organisation des producteurs. »

Un autre défi reste à relever : la valorisation des sous-produits de la datte. Les noyaux, par exemple, peuvent être transformés en biocarburants ou en aliments pour le bétail, tandis que les fibres servent à la fabrication de matériaux composites. Plusieurs start-up algériennes, comme BioDatte à Ouargla, travaillent déjà sur ces innovations, mais leur développement est freiné par le manque de financements et de soutien institutionnel.

Sur le plan international, l’Algérie mise sur des événements comme le Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM) pour promouvoir ses dattes. En avril 2026, le pays a présenté une délégation de 50 exportateurs et producteurs, avec pour objectif de signer des contrats avec des importateurs européens et asiatiques. « Les dattes algériennes ont un potentiel énorme, mais il faut structurer la filière et améliorer la qualité des exportations », explique un responsable de l’Union nationale des producteurs de dattes (UNPD).

Malgré ces avancées, des défis persistent. La concurrence des pays du Golfe, qui investissent massivement dans le marketing et les infrastructures, reste forte. De plus, les fluctuations des prix sur les marchés internationaux, liées aux aléas climatiques et aux tensions géopolitiques, compliquent la tâche des exportateurs algériens. Pour y faire face, le gouvernement a mis en place un fonds de soutien aux exportateurs, doté de 5 milliards de dinars, afin de stabiliser les prix et d’encourager les investissements dans la filière.

L’Algérie a aussi engagé des discussions avec des pays comme la Chine et l’Inde pour ouvrir de nouveaux débouchés. Ces marchés, où la demande en dattes premium explose, pourraient absorber une grande partie de la production algérienne. « Nous travaillons avec les ambassades et les chambres de commerce pour faciliter l’accès à ces marchés », indique un responsable d’ALGEX. « L’objectif est de positionner l’Algérie comme un fournisseur fiable et de qualité. »

Si les efforts se poursuivent à ce rythme, l’Algérie pourrait bien rejoindre le top 2 des exportateurs mondiaux de dattes d’ici 2030. Une performance qui dépendra de la capacité du pays à moderniser sa filière, à attirer des investissements privés et à conquérir de nouveaux marchés. Pour l’instant, les signes sont encourageants : les exportations progressent, les infrastructures se modernisent, et les producteurs commencent à s’organiser. Reste à transformer cette dynamique en succès durable.

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