L’Algérie vise l’autosuffisance en blé d’ici 2026

L’Algérie accélère sa stratégie pour réduire sa dépendance aux importations de blé, un enjeu crucial pour sa sécurité alimentaire. Selon un rapport publié récemment par Afrik, le pays se positionne comme leader maghrébin dans ce domaine et multiplie les initiatives pour atteindre l’autosuffisance d’ici 2026. Cette ambition s’appuie sur des investissements massifs, des réformes structurelles et une modernisation des techniques agricoles.

Des chiffres qui illustrent la progression

Les wilayas de Sétif, Tiaret et Constantine, traditionnellement dédiées à la céréaliculture, ont vu leurs superficies emblavées augmenter de 15 % en 2025. Le MADR a également mis en place des subventions pour inciter les agriculteurs à adopter des variétés de blé plus résistantes à la sécheresse, comme la variété « HD 1220 », développée par l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA). Ces semences, testées avec succès dans les Hauts Plateaux, affichent des rendements supérieurs de 20 % à ceux des variétés classiques.

Mécanisation et soutien financier

Parallèlement, l’État a renforcé son soutien financier aux producteurs. En mars 2025, le gouvernement a relevé le prix d’achat garanti du blé dur à 6 000 dinars le quintal, contre 5 000 dinars auparavant. Cette mesure, couplée à des prêts à taux zéro via la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR), a permis d’augmenter de 25 % le nombre d’agriculteurs engagés dans la filière céréalière. « Avant, je cultivais 50 hectares de blé. Aujourd’hui, j’en cultive 120 grâce aux aides de l’État », témoigne Mohamed Belkacem, agriculteur à El Eulma (Sétif).

Gestion de l'eau et innovations technologiques

Les technologies agricoles intelligentes gagnent aussi du terrain. L’Office national des statistiques (ONS) rapporte que 40 % des exploitations céréalières utilisent désormais des systèmes d’irrigation goutte-à-goutte, contre seulement 10 % en 2020. Des start-up algériennes, comme AgriTech Algérie, proposent des solutions de monitoring à distance pour optimiser l’utilisation de l’eau et des engrais. « Grâce à des capteurs connectés, nous réduisons la consommation d’eau de 40 % tout en augmentant les rendements », explique Samir Benali, cofondateur de la start-up.

Défis et critiques

Les experts soulignent également la nécessité de diversifier les cultures pour réduire la pression sur le blé. « L’Algérie doit développer d’autres filières comme les légumineuses ou les oléagineux pour équilibrer sa balance commerciale », estime Dr. Amine Boudjenane, chercheur à l’INRAA. Le MADR a d’ailleurs lancé en 2025 un plan pour augmenter la production de lentilles et de pois chiches, avec un objectif de 500 000 tonnes annuelles d’ici 2027.

Un modèle pour le Maghreb ?

Pour les prochaines années, le gouvernement algérien prévoit d’étendre les surfaces irriguées de 200 000 hectares supplémentaires et de former 50 000 agriculteurs aux techniques modernes. Un centre de formation spécialisé dans les céréales a été inauguré en 2025 à Constantine, en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). « Notre objectif n’est pas seulement de produire plus, mais de produire mieux », résume Youcef Cherfa, ministre de l’Agriculture.

L’enjeu est de taille : réduire la facture des importations, qui s’élève à plus de 2 milliards de dollars par an pour le blé, et garantir la stabilité des prix sur le marché local. Avec une population en croissance et des ressources naturelles limitées, l’Algérie mise sur l’innovation et la résilience pour transformer son secteur agricole. Les résultats des deux prochaines années seront déterminants pour évaluer la viabilité de cette stratégie.

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