Dinar algérien la chute qui inquiète les entrepreneurs

Kamel Hameni, président de la Confédération algérienne du commerce et de l’industrie (CACI), l’a encore rappelé cette semaine : les entrepreneurs algériens surveillent de près l’évolution du dinar sur le marché parallèle. La dépréciation accélérée de la monnaie nationale, observée depuis plusieurs mois, n’est pas un simple phénomène monétaire. Elle reflète des tensions structurelles dans l’économie algérienne et devient un indicateur clé pour les chefs d’entreprise, surtout ceux qui dépendent des importations ou exportent vers des pays dont les devises se renforcent.

Récemment, le dinar s’est échangé à plus de 1 300 dinars pour un dollar sur le marché informel, contre environ 1 050 dinars au taux officiel. Cette divergence, qui s’est creusée en 2024, s’explique par plusieurs facteurs, selon les analystes économiques cités par Financial Afrik. D’abord, la baisse des recettes en devises, principalement liées aux hydrocarbures, dont les cours ont connu des fluctuations en 2024. Ensuite, la demande accrue en devises pour financer des importations critiques — médicaments, équipements industriels, pièces détachées — que la production locale ne couvre pas encore suffisamment. Enfin, la spéculation sur les devises, alimentée par l’incertitude économique et les anticipations de dévaluation, a amplifié la pression.

Pour les entrepreneurs algériens, cette dépréciation n’est pas neutre. Ceux qui importent des matières premières ou des biens d’équipement voient leurs coûts exploser, sans toujours pouvoir répercuter ces hausses sur leurs prix en raison d’une demande intérieure déjà fragile. Les importateurs de produits de grande consommation, par exemple, doivent composer avec des marges réduites ou des ruptures d’approvisionnement. À l’inverse, les exportateurs de biens non pétroliers — comme les produits agroalimentaires ou les textiles — pourraient bénéficier d’un avantage compétitif à l’export, si la dépréciation se stabilise. Mais cet avantage est souvent hypothétique : les marchés étrangers, notamment en Europe, restent très compétitifs, et la qualité des produits algériens doit encore progresser pour tirer pleinement profit de cette situation.

La CACI, représentée par Kamel Hameni, a multiplié les prises de position ces derniers mois pour alerter sur les risques de cette dépréciation. Lors du forum d’affaires algéro-tchèque organisé en juin 2024, Hameni a souligné que les entreprises locales avaient besoin de visibilité pour investir. « Sans une monnaie stable, les investisseurs hésitent à engager des fonds dans des projets à long terme », a-t-il déclaré à l’APS. Sans investissements productifs, l’économie algérienne risque de s’enliser dans une spirale de dépendance aux hydrocarbures, qui ne couvrent plus à eux seuls les besoins en devises du pays.

Les statistiques de l’OCDE, publiées en février 2025, confirment cette tendance : le commerce international de l’Algérie a reculé de 8 % en volume au dernier trimestre 2024, par rapport à la même période en 2023. Les exportations hors hydrocarbures, déjà faibles (moins de 5 % du total des exportations), ont été particulièrement touchées. Les entrepreneurs qui tentent de diversifier leurs activités vers des secteurs comme les énergies renouvelables, l’agroalimentaire ou les services numériques se heurtent à un double obstacle : l’accès limité aux devises pour importer les équipements nécessaires, et la concurrence des produits étrangers moins chers, rendus encore plus accessibles par la dépréciation du dinar.

Côté importations, les chiffres sont tout aussi parlants. En 2024, les dépenses en importations ont atteint 45 milliards de dollars, selon le ministère du Commerce. Les produits alimentaires, les médicaments et les équipements industriels représentent les postes les plus lourds. Pour les entrepreneurs, cela signifie des délais d’approvisionnement plus longs, des coûts imprévisibles et une pression accrue sur la trésorerie. Ceux qui travaillent dans la distribution ou la logistique doivent adapter leurs stratégies, en privilégiant parfois les stocks ou en cherchant des fournisseurs locaux, même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.

La Foire internationale d’Alger, inaugurée en juin 2026 par le président de la République, a été l’occasion pour plusieurs entrepreneurs de présenter des solutions pour contourner la crise des devises. Certains ont mis en avant des partenariats avec des fournisseurs étrangers prêts à accepter des paiements en euros ou en yuans, évitant ainsi le recours au dinar. D’autres ont évoqué des contrats de compensation, où des entreprises locales échangent des biens contre des services ou des produits, sans transiter par des devises. Ces pratiques, bien que limitées, montrent une capacité d’adaptation des entrepreneurs algériens, mais elles restent marginales face à l’ampleur des besoins.

Dans ce contexte, la CACI a appelé à une révision urgente des politiques commerciales et monétaires. Kamel Hameni a insisté sur la nécessité de lever les restrictions à l’importation pour les secteurs stratégiques, tout en accélérant la substitution des importations par une production locale plus compétitive. « Les entrepreneurs ne demandent pas des subventions, mais des règles du jeu claires et un accès équitable aux devises », a-t-il expliqué à Horizons. Sans cela, le risque est de voir une partie du tissu économique algérien s’affaiblir, faute de liquidités et de visibilité.

Les opportunités existent pourtant. Lors du forum algéro-tchèque de juin 2024, plusieurs entrepreneurs tchèques ont exprimé leur intérêt pour des partenariats avec des entreprises algériennes dans les secteurs de l’énergie renouvelable et des technologies industrielles. Mais ces projets restent conditionnés par la stabilisation du dinar et la simplification des procédures administratives. Les entrepreneurs algériens, notamment ceux de la diaspora, pourraient jouer un rôle clé en facilitant ces échanges, grâce à leur connaissance des marchés étrangers et leur réseau.

À retenir pour les entrepreneurs
La dépréciation du dinar aggrave les coûts d’importation et réduit la compétitivité des entreprises locales. Les secteurs agroalimentaire, pharmaceutique et industriel sont les plus touchés. Les partenariats avec des fournisseurs étrangers et les contrats de compensation deviennent des alternatives pour contourner la crise des devises. La CACI et les entrepreneurs insistent sur la nécessité de politiques monétaires et commerciales plus stables pour relancer l’investissement.

💡 Vous créez votre entreprise en Algérie ? GlobalStart vous accompagne pas à pas : démarches, coûts réels, statuts juridiques (SARL, EURL, SPA) et immatriculation CNRC.

Créer mon entreprise Pack 10 Fiches Business — diaspora

Laisser un commentaire