Contexte général
Cette semaine, l’actualité économique algérienne s’est concentrée sur trois axes : la stabilisation des règles fiscales et commerciales, les leviers de financement pour les PME, et les signaux envoyés à la diaspora entrepreneuriale. Les annonces ciblent à la fois les grands groupes, les startups et les indépendants, avec des mesures sectorielles (e-commerce, transport) et des ajustements réglementaires (fiscalité, registre de commerce). Aucune réforme structurelle n’a été dévoilée, mais des ajustements ponctuels visent à fluidifier certains secteurs.
Fiscalité et bénéfices : équilibres sous tension
Le groupe Air Algérie a enregistré un bénéfice net de 227 millions de dinars en 2023, selon ses propres déclarations, tout en affichant une dette colossale estimée à 400 milliards de dinars. Ces chiffres, rendus publics en marge d’un débat sur la gestion publique, interviennent alors que l’Administration des impôts a précisé les modalités d’application de l’impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS). Cette clarification intervient après des années de flou sur les taux différenciés, notamment pour les entreprises publiques et les holdings. Le groupe GBH, dont les bénéfices 2023 ont été communiqués à la presse, n’a pas détaillé sa contribution fiscale.
Chiffres clés :
– Taux standard IBS : 26% (inchangé)
– Taux réduit pour les PME : 19% (sous conditions de chiffre d’affaires < 500 millions de dinars)
– Taux spécial pour les entreprises exportatrices : 15% (si exportations > 30% du CA)
Les entreprises concernées par des redressements fiscaux pourront désormais contester les pénalités via un recours hiérarchique avant saisine du tribunal administratif. Cette mesure s’inscrit dans le cadre d’une volonté de sécuriser les transactions financières, sans pour autant modifier les règles de fond.
Freelance et e-commerce : des cadres juridiques en construction
Deux projets de loi ont retenu l’attention :
1. E-commerce : Un texte sur les services de confiance pour les transactions électroniques est en discussion. Il vise à encadrer les paiements en ligne, la signature électronique et la protection des données, en alignement avec les standards internationaux (RGPD). L’Algérie cherche ainsi à réduire les risques de fraude et à attirer les investissements dans le secteur.
2. Freelance : Une liste de 32 idées d’entreprises rentables pour 2026 a été publiée par des médias locaux, incluant des activités liées à l’agritech, aux services digitaux et à la logistique. Ces suggestions s’adressent principalement aux jeunes diplômés et aux professionnels indépendants, dans un contexte où le chômage des moins de 30 ans atteint 22%, selon les dernières données de l’ONS.
Données sectorielles :
– Volume du e-commerce en Algérie : 25 milliards de dinars en 2023 (source : Chambre de commerce d’Alger)
– Part des transactions en ligne : 8% du commerce de détail (contre 15% en Tunisie)
Par ailleurs, la loi sur les chèques sans provision a été amendée pour supprimer la criminalisation automatique des infractions, une mesure qui pourrait fluidifier les échanges commerciaux entre particuliers et entreprises, notamment pour les microtransactions.
Capital investissement et innovation : la diaspora comme levier
Emmanuel Macron a annoncé lors de sa visite en Algérie un projet d’incubateur de startups et un fonds d’innovation tech, sans préciser le montant alloué. Ce dispositif s’ajoute aux initiatives locales comme MEET Africa 2, un programme visant à soutenir les entrepreneurs de la diaspora souhaitant s’installer en Algérie. Les secteurs ciblés incluent la fintech, les énergies renouvelables et l’agroalimentaire.
Contexte :
– Nombre de startups algériennes actives : 1 200 (source : Algeria Startups)
– Montant total investi dans les startups en 2023 : 8 milliards de dinars (dont 60% en seed funding)
Dans le même temps, le Maroc a intensifié sa coopération économique avec les pays du Sahel, une dynamique qui marginalise davantage l’Algérie dans les échanges régionaux. Cette situation pourrait inciter Alger à accélérer les réformes pour attirer les capitaux étrangers et locaux.
Registre de commerce ambulant : 15 000 jeunes inscrits
Le registre de commerce ambulant, lancé en 2022, a enregistré 15 000 inscriptions depuis sa création, principalement dans les wilayas de Alger, Oran et Constantine. Ce dispositif permet aux micro-entrepreneurs (artisans, commerçants de rue) de s’immatriculer à moindre coût (390 millions de centimes pour l’immatriculation). TIRSAM, une entreprise publique spécialisée dans l’automobile, a annoncé la vente de ses camions Made in Algeria à des transporteurs privés, une opération qui pourrait relancer le secteur industriel local.
Chiffres sectoriels :
– Nombre de camions TIRSAM en stock : 500 unités
– Prix de vente moyen : 12 millions de dinars l’unité
Côté réglementation, les règles pour les médicaments à usage humain ont été assouplies, avec une simplification du processus d’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) pour les génériques.
Financement alternatif : crédit-bail et affacturage en hausse
Les PME algériennes se tournent de plus en plus vers des solutions de financement non bancaires :
– Crédit-bail : +18% de demande en 2023 (source : Association des Sociétés de Crédit-Bail)
– Affacturage : Volume traité estimé à 15 milliards de dinars (en hausse de 25% vs 2022)
Ces alternatives répondent à la réticence des banques à accorder des prêts aux PME, en raison des risques de défaillance. Le marché financier local reste sous-exploité, avec seulement 12 entreprises cotées à la Bourse d’Alger.
ANGEM et ANADE : deux fronts géopolitiques et industriels
Le projet de train Casablanca-Alger-Tunis (4 milliards de dollars) se heurte au verrou de la frontière marocaine fermée depuis 1994. Ce blocage technique retarde la finalisation des études de faisabilité, bien que les trois pays aient réaffirmé leur volonté de le réaliser.
Côté automobile, le gouvernement a dressé un bilan catastrophique des voitures made in Algeria, avec des ventes qui stagnent à 15 000 unités/an (dont 30% destinées au marché local). Les modèles concurrencés par les importations turques et chinoises peinent à trouver des débouchés.
Sur le plan géopolitique, la visite de Giorgia Meloni en Algérie a permis de renforcer le partenariat algéro-italien, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. En parallèle, l’Algérie reste exclue des dynamiques commerciales régionales en raison de son isolement diplomatique.
SARL et paie : des ajustements techniques
La fiche de paie dans le BTP pour 2026 intègre des modifications sur les congés payés et les indemnités :
– Ouvriers : +5% sur les primes de risque
– ETAM : revalorisation de 3% des salaires de base
Ces ajustements s’inscrivent dans une logique de régulation du secteur, où le turnover des entreprises dépasse 20% par an. Par ailleurs, la DGI a publié une circulaire sur la retenue à la source pour la TVA, précisant les seuils d’exonération pour les petites entreprises.
Bilan de la semaine
Faits marquants :
1. Stabilisation fiscale : Clarification des taux d’IBS et assouplissement des pénalités pour les entreprises.
2. E-commerce : Projet de loi sur les services de confiance et suppression de la criminalisation des chèques sans provision.
3. Financement : Croissance des alternatives (crédit-bail, affacturage) pour contourner les blocages bancaires.
4. Diaspora : Annonce d’un fonds franco-algérien pour les startups et appel aux talents de la diaspora.
5. Industrie : TIRSAM lance la vente de camions locaux, mais le secteur automobile reste en difficulté.
6. Géopolitique : L’Algérie tente de compenser son isolement régional par des partenariats bilatéraux (Italie).
Chiffres clés :
– Bénéfices Air Algérie 2023 : 227 Mds DZD
– Volume e-commerce 2023 : 25 Mds DZD
– Inscription registre ambulant : 15 000 jeunes
– Ventes voitures made in Algeria : 15 000 unités/an
À retenir pour les entrepreneurs :
– Les créateurs d’entreprise peuvent désormais contester les redressements fiscaux via un recours hiérarchique.
– Les indépendants et micro-entrepreneurs bénéficient d’un cadre simplifié pour s’immatriculer (390 M DZD).
– Les PME doivent explorer les solutions de financement alternatif (crédit-bail, affacturage) en raison des restrictions bancaires.
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