Le président Abdelmadjid Tebboune a dévoilé cette semaine les contours de la Stratégie nationale 2025-2035 de lutte contre le cancer, marquant un tournant dans la prise en charge de cette maladie en Algérie. Selon le quotidien Le Courrier d’Algérie, qui a relayé l’annonce officielle, le plan prévoit la construction d’un hôpital spécialisé dans chaque wilaya du pays, soit 58 établissements dédiés. Ces structures viendront renforcer les capacités existantes, notamment les centres anti-cancer déjà opérationnels à Alger, Oran, Constantine et Sétif.
L’objectif affiché est double : réduire les délais de diagnostic et améliorer l’accès aux traitements. Actuellement, l’Algérie compte environ 60 000 nouveaux cas de cancer par an, selon les données du ministère de la Santé. Les retards dans la prise en charge, souvent liés à la saturation des centres, poussent de nombreux patients à se tourner vers l’étranger, notamment la Tunisie ou la France, pour des soins. Le nouveau plan vise à inverser cette tendance en offrant des infrastructures locales de qualité.
Les hôpitaux spécialisés seront équipés de technologies de pointe, incluant des appareils de radiothérapie et de chimiothérapie de dernière génération. Le ministère de la Santé a précisé que ces établissements disposeront également de services de recherche clinique, en partenariat avec des institutions comme l’Institut Pasteur d’Algérie et le Centre de recherche en biotechnologie de Constantine. Ces collaborations permettront de développer des protocoles adaptés aux spécificités épidémiologiques du pays.
Un financement public et des partenariats internationaux
La formation des ressources humaines constitue un autre volet clé de la stratégie. Le ministère de la Santé prévoit de renforcer les effectifs en oncologues, radiologues et infirmiers spécialisés, en collaboration avec les universités algériennes et des institutions étrangères. Des bourses seront octroyées pour des formations à l’étranger, notamment en France, au Canada et en Allemagne, où les techniques de pointe en cancérologie sont enseignées.
Des défis logistiques et territoriaux
Par ailleurs, la stratégie inclut un volet préventif, avec des campagnes de sensibilisation ciblant les facteurs de risque comme le tabagisme, l’obésité et les infections chroniques. Le ministère de la Santé a déjà lancé des programmes de dépistage précoce pour les cancers du sein, du col de l’utérus et de la prostate, mais leur portée reste limitée par le manque de moyens et de personnel formé. La nouvelle stratégie prévoit d’étendre ces programmes à l’ensemble du territoire, en s’appuyant sur les hôpitaux spécialisés et les centres de santé de proximité.
Réactions des professionnels de santé
De son côté, le Pr. Kamel Bouzid, chef du service d’oncologie au Centre Pierre et Marie Curie d’Alger, a insisté sur l’importance de la recherche. « L’Algérie doit développer sa propre expertise en cancérologie. Cela passe par des investissements dans la recherche clinique et des partenariats avec des centres internationaux », a-t-il expliqué. Il a également plaidé pour une meilleure coordination entre les différents acteurs du secteur, notamment les hôpitaux publics, les cliniques privées et les associations de patients.
Un projet ambitieux, mais des obstacles persistants
Autre défi : la corruption. Plusieurs scandales ont éclaté ces dernières années dans le secteur de la santé, notamment autour des marchés publics pour l’achat d’équipements médicaux. Le gouvernement a promis de renforcer les contrôles, mais les professionnels du secteur restent sceptiques. « Sans une transparence totale dans la gestion des fonds, ce projet risque de subir les mêmes dérives que les précédents », a averti un médecin sous couvert d’anonymat.
Vers une autonomie sanitaire ?
Par ailleurs, le pays mise sur ses ressources naturelles pour développer des thérapies innovantes. L’Algérie dispose de gisements de plantes médicinales, comme l’absinthe et le thym, qui pourraient être utilisées dans la fabrication de médicaments anticancéreux. Des recherches sont en cours à l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB) d’Alger pour explorer ces pistes.
La lutte contre le cancer en Algérie entre dans une nouvelle phase. Si les annonces de Tebboune ouvrent des perspectives prometteuses, leur succès dépendra de la capacité du pays à surmonter ses défis structurels. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer la mise en œuvre concrète de cette stratégie et son impact sur la vie des patients.