L’Algérie a signé un accord avec la Corée du Sud pour renforcer la surveillance de la qualité de l’air dans ses principales villes. Ce partenariat, annoncé récemment par le ministère de l’Environnement et des Énergies renouvelables, vise à doter le pays d’un système moderne de monitoring atmosphérique. Selon Horizons, l’initiative s’inscrit dans le cadre des efforts nationaux pour lutter contre la pollution urbaine, un enjeu croissant dans des agglomérations comme Alger, Oran ou Annaba.
Le projet prévoit l’installation de stations de mesure fixes et mobiles, équipées de capteurs sud-coréens de dernière génération. Ces dispositifs permettront de mesurer en temps réel les concentrations de polluants tels que les particules fines (PM2.5 et PM10), le dioxyde d’azote (NO₂) ou le dioxyde de soufre (SO₂). Les données collectées seront centralisées par l’Agence nationale de la protection de l’environnement (ANPE), qui les rendra accessibles au public via une plateforme en ligne.
D’après le directeur général de l’ANPE, Abdelkader Bouzidi, cité par El Moudjahid, ce système offrira une « base scientifique solide » pour orienter les politiques publiques. « Nous pourrons identifier les sources de pollution, évaluer leur impact sur la santé et adapter nos réglementations », a-t-il déclaré. Les résultats serviront notamment à ajuster les normes d’émissions industrielles, à optimiser la gestion du trafic routier ou à sensibiliser les citoyens aux comportements à risque.
La coopération avec la Corée du Sud n’est pas nouvelle. Le pays asiatique, reconnu pour ses technologies environnementales, a déjà accompagné l’Algérie dans des projets similaires, comme la modernisation des réseaux d’assainissement ou la gestion des déchets. Cette fois, l’accent est mis sur la formation des techniciens algériens, qui seront formés par des experts sud-coréens pour assurer la maintenance des équipements et l’analyse des données.
Un enjeu sanitaire et économique
Le coût économique est également lourd. La Banque mondiale estime que la pollution atmosphérique coûte à l’Algérie environ 1,5 % de son PIB annuel, en raison des dépenses de santé et de la baisse de productivité. « Investir dans la surveillance de l’air, c’est investir dans la santé publique et la compétitivité du pays », souligne un rapport du ministère des Finances cité par L’Expression.
Des villes pilotes pour un déploiement national
À Oran, la priorité sera donnée aux quartiers densément peuplés comme Sidi El Houari ou Hai Es-Salam, ainsi qu’aux zones portuaires, où les émissions des navires s’ajoutent à celles des véhicules. À Constantine, les mesures cibleront les abords des ponts et des viaducs, où les embouteillages sont fréquents, ainsi que les zones industrielles de la périphérie.
Une fois la phase pilote évaluée, le système sera étendu à d’autres wilayas, avec un objectif de couverture nationale d’ici 2027. Le ministère de l’Environnement prévoit également d’intégrer les données dans un réseau maghrébin, en collaboration avec la Tunisie et le Maroc, pour une approche régionale de la pollution transfrontalière.
Transparence et participation citoyenne
Des ateliers de sensibilisation seront organisés dans les écoles et les universités pour former les jeunes aux enjeux de la pollution atmosphérique. « Il ne s’agit pas seulement de mesurer, mais aussi d’éduquer », insiste Abdelkader Bouzidi. Le ministère de l’Éducation nationale a d’ores et déjà intégré des modules sur l’environnement dans les programmes scolaires, en partenariat avec l’UNICEF.
Défis et perspectives
Un autre enjeu est la coordination entre les différentes institutions. La surveillance de l’air implique plusieurs acteurs, dont les wilayas, les agences de transport, les industriels et les services météorologiques. « Il faut une gouvernance claire pour éviter les chevauchements et les lacunes », souligne un rapport de la Cour des comptes algérienne. Le Premier ministre, Nadir Larbaoui, a récemment créé un comité interministériel chargé de superviser le projet, avec pour mission de fluidifier les échanges entre les parties prenantes.
Enfin, la question du financement se pose. Le coût total du projet est estimé à plus de 20 millions de dollars, dont une partie sera couverte par un prêt concessionnel de la Banque coréenne d’import-export (KEXIM). Le reste sera pris en charge par le budget de l’État, avec une contribution des collectivités locales. « C’est un investissement rentable à moyen terme, compte tenu des économies réalisées sur les dépenses de santé », argue un économiste cité par Liberté.
Un modèle pour l’Afrique
Le projet s’inscrit également dans la stratégie nationale de transition écologique, qui prévoit de réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. La surveillance de l’air en est un volet clé, aux côtés du développement des énergies renouvelables et de la promotion des transports propres. « C’est une étape importante pour faire de l’Algérie un leader régional en matière de lutte contre la pollution », conclut Abdelkader Bouzidi.
Pour les citoyens, les premiers effets concrets devraient se faire sentir dès 2025, avec la publication des premières cartes de pollution en temps réel. Une avancée qui, espèrent les autorités, contribuera à améliorer la qualité de vie dans les villes algériennes.