Tiaret face à la crise de l’eau jaunâtre

Depuis plusieurs semaines, la wilaya de Tiaret fait face à une crise hydrique qui prend une tournure alarmante. Les habitants reçoivent une eau de couleur jaunâtre, impropre à la consommation selon les témoignages recueillis sur place. Cette situation, révélée par le média Hespress en juin 2024, met en lumière les défaillances structurelles du réseau de distribution et les retards accumulés dans la modernisation des infrastructures.

Des robinets qui crachent une eau suspecte
À Tiaret, les citoyens décrivent une eau teintée de jaune, parfois accompagnée d’une odeur désagréable. « On ne peut même plus l’utiliser pour laver les légumes, encore moins pour boire », confie un habitant du quartier de Bougara, cité par Hespress. Les autorités locales, contactées par plusieurs médias, ont reconnu le problème sans pour autant apporter de solution immédiate. La Société des Eaux et de l’Assainissement de Tiaret (SEAT) a attribué cette coloration à la vétusté des canalisations et à la présence de sédiments dans les réservoirs, sans préciser les mesures prises pour y remédier.

Un réseau vieillissant et des investissements insuffisants
La wilaya de Tiaret, comme beaucoup d’autres régions du pays, souffre d’un réseau d’adduction d’eau obsolète. Selon un rapport de l’Agence Nationale des Ressources Hydrauliques (ANRH) publié en 2023, près de 30 % des canalisations en Algérie datent de plus de 40 ans, avec des taux de fuite dépassant parfois 40 %. À Tiaret, les travaux de rénovation, annoncés à plusieurs reprises, n’ont pas été menés à terme. Les coupures fréquentes et la pression insuffisante dans les robinets aggravent la situation, poussant les habitants à recourir à des solutions alternatives, comme l’achat d’eau en bouteilles ou le forage de puits illégaux.

Les autorités locales sous pression
Face à la colère des citoyens, le wali de Tiaret, Mohamed Bouderbala, a annoncé en juillet 2024 le lancement d’un plan d’urgence pour améliorer la qualité de l’eau. Ce plan prévoit le nettoyage des réservoirs, le remplacement de certaines canalisations et l’installation de stations de traitement supplémentaires. Cependant, les délais restent flous, et les habitants doutent de l’efficacité de ces mesures. « On nous promet des solutions depuis des années, mais rien ne change », déplore un enseignant de la ville, interrogé par le quotidien El Watan.

Un problème national qui dépasse Tiaret
La crise de l’eau à Tiaret n’est pas un cas isolé. D’autres wilayas, comme Sidi Bel Abbès, Médéa ou encore Ouargla, ont connu des épisodes similaires ces dernières années. En 2023, le ministre des Ressources en Eau, Karim Hasni, avait reconnu que 20 % des Algériens n’avaient pas accès à une eau potable de qualité, en raison des retards dans les projets de dessalement et de la surexploitation des nappes phréatiques. Le gouvernement a lancé un vaste programme de construction de stations de dessalement, mais leur mise en service prend du retard. Par exemple, la station de Fouka, prévue pour 2022, n’a été inaugurée qu’en 2024, avec une capacité réduite de moitié par rapport aux prévisions initiales.

Les solutions envisagées et leurs limites
Pour répondre à la crise, les autorités misent sur trois axes principaux : la rénovation des réseaux, le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées. Cependant, ces projets se heurtent à des obstacles logistiques et financiers. Le dessalement, par exemple, est une solution coûteuse et énergivore, dépendante des importations de technologies étrangères. Quant à la réutilisation des eaux usées, elle se heurte à des réticences culturelles et à un manque d’infrastructures adaptées.

À Tiaret, les habitants attendent des actions concrètes. « On ne veut plus de promesses, on veut de l’eau claire et en quantité suffisante », résume un commerçant du centre-ville. La crise actuelle rappelle l’urgence de repenser la gestion de l’eau en Algérie, où les ressources se raréfient sous l’effet du changement climatique et de la croissance démographique. Sans une mobilisation rapide et coordonnée, les pénuries et les problèmes de qualité risquent de s’aggraver, avec des conséquences sanitaires et sociales désastreuses.

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