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**L’Algérie en 2026 : un pays en tension entre le passé et l’avenir**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence de l’État dans la gestion des crises, qu’elles soient hydriques, sanitaires ou militaires. Pourtant, cette centralisation s’accompagne d’une effervescence locale – innovations urbaines, mobilisations citoyennes, réinventions culinaires – qui échappe parfois à son contrôle. L’Algérie est-elle en train de devenir un laboratoire de la « souveraineté fragmentée », où l’autoritarisme technocratique coexiste avec des poches de résilience sociale ? La réponse se niche dans les interstices de ces actualités.
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**L’eau, le cancer et la guerre : les trois fronts de la souveraineté algérienne**
Or, cette crise hydrique croise un autre enjeu de souveraineté : la santé. Tebboune ordonne la construction d’un hôpital d’oncologie par wilaya d’ici 2035, dans le cadre d’une « stratégie nationale » ambitieuse. Mais comment financer ces infrastructures quand le pays dépend encore à 70 % des importations pharmaceutiques ? La réponse algérienne est classique : miser sur l’industrie locale. Pourtant, le récent partenariat avec l’UNICEF pour la région (et non spécifiquement pour l’Algérie) suggère une diplomatie sanitaire prudente, loin des grands discours.
Le fil rouge : L’eau et la santé sont les deux mamelles de la souveraineté algérienne. Leur gestion révèle une même logique : l’État investit dans des solutions techniques (réparation des fuites, hôpitaux) pour éviter de poser les questions politiques (réforme agraire, dépendance pharmaceutique). C’est le syndrome du « bricolage souverain » – on colmate les brèches sans repenser le système.
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**L’armée et l’industrie : le complexe militaro-industriel à l’épreuve du réel**
La comparaison avec le Maroc est éclairante. Rabat mise sur des alliances avec des groupes occidentaux (comme Thales) pour moderniser son armée, tandis qu’Alger privilégie une approche autarcique, mais avec des résultats mitigés. Le vrai défi n’est pas technique, mais géopolitique : comment concilier une industrie militaire souveraine avec les dépendances énergétiques (le gaz algérien finance 60 % du budget de l’État) ?
La contradiction : L’Algérie se rêve en puissance industrielle autonome, mais son modèle économique reste ancré dans les hydrocarbures. Le complexe militaro-industriel est un miroir grossissant de cette tension : on construit des usines d’armement avec des pétrodollars, tout en sachant que la transition énergétique mondiale menace à terme cette rente.
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**Football, traditions et société civile : les trois visages de la résistance culturelle**
Pourtant, cette ferveur cache une réalité plus sombre : le football algérien est miné par les mêmes maux que le reste de la société – clientélisme, manque d’infrastructures, fuite des talents. Le contraste entre l’enthousiasme populaire et l’amateurisme des institutions est frappant. Comme si le ballon rond était le dernier espace où l’Algérie pouvait encore rêver d’excellence, malgré tout.
**4. La garantita et les manuscrits : quand la tradition résiste**
À l’autre bout du spectre, la société civile algérienne se bat pour sauver un patrimoine plus ancien : les manuscrits d’Adrar et Tamentit. La numérisation de ces textes, menacés par le temps et l’indifférence, est un acte de résistance culturelle. Le mémorandum avec la République tchèque et le travail de Nabil Djedouani sur les archives cinématographiques révèlent une obsession algérienne : comment préserver une mémoire menacée par l’oubli ?
Le lien : Que ce soit à travers la garantita ou les manuscrits, les Algériens refusent de voir leur histoire réduite à une vitrine touristique. Ces initiatives, souvent portées par des acteurs locaux (chefs, archivistes, associations), prouvent que la souveraineté culturelle ne se décrète pas – elle se construit par le bas.
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**Immobilier et urbanisme : la ville comme champ de bataille social**
Le débat sur les locations touristiques (Airbnb, Booking) est encore plus révélateur. Les copropriétaires peuvent voter contre ces plateformes, ce qui montre une méfiance envers un tourisme perçu comme une menace pour le tissu social. Pourtant, cette résistance cache une autre réalité : l’Algérie a besoin de devises étrangères, et le tourisme pourrait en être une source. Mais comment concilier cette nécessité économique avec la peur de la « désalgérianisation » des villes ?
La contradiction urbaine : L’Algérie veut moderniser ses villes (salons de l’innovation, économie circulaire), mais refuse les transformations sociales qui accompagnent cette modernisation. Résultat : des politiques schizophrènes, où l’on promeut l’innovation tout en verrouillant les usages.
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**Prospective : l’Algérie en 2035, entre effondrement et renaissance**
Trois scénarios pour l’avenir :
1. Le scénario « Dubaï du Maghreb » : L’Algérie mise sur son gaz et son positionnement géopolitique pour attirer les investissements étrangers. Elle développe des zones franches, modernise ses villes, et devient un hub énergétique pour l’Europe. Mais ce modèle repose sur une illusion : celle d’une rente éternelle. Quand les prix du gaz chuteront (et ils chuteront), le pays pourrait s’effondrer comme un château de cartes.
2. Le scénario « Turquie du Sud » : L’Algérie engage des réformes structurelles (agriculture, industrie, éducation) pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Elle mise sur son marché intérieur et ses diasporas pour dynamiser son économie. Mais ce scénario suppose un État fort et visionnaire – or, l’Algérie actuelle est davantage un État gestionnaire qu’un État stratège.
3. Le scénario « Libanisation » : Si les réformes échouent et que la crise sociale s’aggrave, l’Algérie pourrait basculer dans une instabilité chronique. Les régions se referment sur elles-mêmes, les élites fuient avec leurs capitaux, et le pays devient un État failli malgré ses ressources. Ce scénario est peu probable à court terme, mais il hante les nuits des décideurs algériens.
Le plus probable ? Un mélange des trois.
L’Algérie a les moyens d’éviter le pire, mais pas ceux de réaliser le meilleur. Elle avancera par à-coups, alternant périodes de croissance et crises brutales. Son salut viendra peut-être de ces poches de résistance – les chefs comme Hichem Cook, les archivistes comme Nabil Djedouani, les entrepreneurs de l’économie circulaire – qui, malgré l’État, construisent l’Algérie de demain.
Une chose est sûre : le pays ne peut plus se contenter de colmater les brèches. Il lui faut une révolution culturelle – repenser son rapport à l’eau, à l’énergie, à la mémoire, à la jeunesse. Sinon, l’Algérie restera ce pays fascinant et frustrant, où chaque avancée se paie par une régression ailleurs.
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