L’Algérie a franchi une étape décisive dans la protection de ses infrastructures numériques avec la création du MPT-CERT (Ministry of Post and Telecommunications – Computer Emergency Response Team). Annoncée récemment par le ministère des Postes et des Télécommunications, cette initiative vise à renforcer la cybersécurité du secteur des télécommunications, un enjeu critique pour l’économie et la souveraineté numérique du pays.
Selon Afrique IT News, qui a révélé l’information en juin 2026, le MPT-CERT sera chargé de coordonner les réponses aux cybermenaces, de surveiller les vulnérabilités des réseaux et de collaborer avec les opérateurs télécoms algériens, notamment Algérie Télécom, Mobilis, Djezzy et Ooredoo Algérie. Cette structure s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation du secteur, alors que l’Algérie accélère son déploiement de la fibre optique et prépare l’arrivée de la 5G, prévue pour les prochaines années.
Le ministre des Postes et des Télécommunications, Brahim Boumzar, a souligné lors d’une intervention que le MPT-CERT s’appuiera sur des normes internationales, comme le framework NIST (National Institute of Standards and Technology), pour structurer ses protocoles de sécurité. Cette référence aux bonnes pratiques mondiales marque une volonté de professionnaliser la lutte contre les cyberattaques, qui ciblent de plus en plus les infrastructures critiques. En 2025, plusieurs pays africains, dont le Burundi et la RDC, ont déjà subi des intrusions dans leurs réseaux télécoms, rappelant l’urgence d’une réponse coordonnée.
Un secteur télécoms sous pression
Les opérateurs algériens ne sont pas épargnés par les risques cyber. En août 2025, Bouygues Telecom en France a révélé une cyberattaque ayant touché six millions de comptes clients, un incident qui a mis en lumière la vulnérabilité des données personnelles. Bien que l’Algérie n’ait pas connu de fuite d’une telle ampleur, les experts locaux, cités par L’Algérie Aujourd’hui, alertent sur la multiplication des tentatives de phishing et des attaques par ransomware ciblant les entreprises et les administrations.
Le MPT-CERT aura pour mission de centraliser les signalements d’incidents, d’analyser les menaces en temps réel et de former les acteurs du secteur aux bonnes pratiques. Une collaboration avec l’Agence Nationale de la Sécurité Informatique (ANSI) est également prévue, afin d’harmoniser les efforts entre les différents organismes chargés de la cybersécurité. Cette synergie est cruciale, alors que l’Algérie compte plus de 50 millions d’abonnés mobiles et que le trafic internet a explosé avec la généralisation du télétravail et des services numériques.
Des enjeux économiques et géopolitiques
La création du MPT-CERT intervient dans un contexte où les télécoms algériennes jouent un rôle clé dans la diversification économique. Le secteur représente près de 5 % du PIB, selon les données de la Banque d’Algérie, et son développement est une priorité pour le gouvernement. Le déploiement de la fibre optique, lancé en 2020, a déjà permis de connecter plus de 3 millions de foyers, avec un objectif de 10 millions d’ici 2030. La sécurité de ces infrastructures est donc un impératif pour attirer les investissements et garantir la confiance des utilisateurs.
Sur le plan géopolitique, l’Algérie cherche à se positionner comme un acteur régional de référence en matière de cybersécurité. Le pays a déjà signé des accords de coopération avec des partenaires comme la Tunisie et le Maroc, où Ooredoo Tunisie a récemment renforcé son réseau. La création du MPT-CERT pourrait aussi faciliter les échanges avec des organisations internationales, comme l’Union Africaine ou l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), qui encouragent les États à se doter de structures similaires.
Quels défis pour le MPT-CERT ?
Malgré ses ambitions, le MPT-CERT devra surmonter plusieurs obstacles. Le premier est technologique : les cybermenaces évoluent rapidement, avec l’émergence de techniques comme les deepfakes ou l’IA générative, qui compliquent la détection des attaques. En mars 2026, We Are Tech rapportait que plusieurs pays africains, dont l’Algérie, étaient confrontés à une recrudescence de contenus manipulés ciblant les mineurs et les institutions.
Le deuxième défi est humain. La cybersécurité nécessite des compétences pointues, encore rares en Algérie. Le ministère des Postes et des Télécommunications a annoncé des programmes de formation en partenariat avec des universités et des écoles spécialisées, comme l’École Supérieure d’Informatique (ESI) d’Alger. Cependant, la concurrence avec le secteur privé, qui attire les talents avec des salaires plus élevés, risque de ralentir le recrutement.
Enfin, le MPT-CERT devra convaincre les opérateurs télécoms de partager leurs données en cas d’incident. En France, les opérateurs sont tenus par la loi de signaler les cyberattaques à l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information). En Algérie, cette obligation n’existe pas encore, ce qui pourrait limiter l’efficacité du MPT-CERT. Des discussions seraient en cours pour instaurer un cadre légal contraignant, similaire à celui en vigueur dans l’Union européenne.
Une avancée nécessaire pour l’Algérie numérique
La création du MPT-CERT marque une prise de conscience des autorités algériennes face aux risques cyber. Alors que le pays mise sur le numérique pour moderniser son économie, la sécurité des télécoms devient un pilier de sa stratégie. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité de cette nouvelle structure, notamment à travers sa capacité à prévenir les attaques et à réagir en cas d’incident.
Pour les citoyens, cette initiative devrait se traduire par une meilleure protection de leurs données personnelles et une stabilité accrue des services en ligne. Pour les entreprises, elle représente une opportunité de renforcer leur résilience face aux cybermenaces, dans un contexte où le télétravail et le commerce électronique continuent de se développer.
L’Algérie rejoint ainsi un mouvement continental, où des pays comme le Burundi (avec son lancement de la 5G en 2024) ou la RDC (via des initiatives comme Medi Kebantima) investissent dans la technologie pour sécuriser leurs infrastructures. Reste à savoir si le MPT-CERT parviendra à fédérer l’ensemble des acteurs autour d’une vision commune, condition sine qua non pour faire de l’Algérie un leader régional en cybersécurité.