Revue de presse : Urbanisme Algérie, Santé Algérie, Infrastructure Algérie…

TITRE : L’ALGÉRIE À L’ÉPREUVE DES CONTRADICTIONS : ENTRE RENTE ÉNERGÉTIQUE, RÉSISTANCES SOCIALES ET QUÊTE D’UN NOUVEAU RÉCIT NATIONAL

**L’Algérie, miroir brisé d’un modèle en suspens**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie n’est plus le pays de la Révolution triomphante, ni celui de la guerre civile des années 1990, ni même celui du « printemps arabe » avorté de 2019. Elle est devenue un archipel de luttes sectorielles, où chaque domaine – santé, urbanisme, énergie, patrimoine – semble évoluer dans une temporalité distincte, comme si le pays était condamné à gérer l’urgence sans jamais pouvoir penser le long terme. Pourtant, ces fragments racontent une même histoire : celle d’une nation qui cherche désespérément à sortir du piège de la rente, tout en restant prisonnière de ses mécanismes.

**La ville, laboratoire des fractures sociales**

Cette privatisation rampante de l’espace public algérien est un symptôme de l’effritement du contrat social. L’État, qui a longtemps fonctionné comme un distributeur de logements et d’emplois publics, n’a plus les moyens de jouer ce rôle. Résultat : les citoyens se replient sur des solidarités locales, souvent claniques, qui sapent toute velléité de cohésion nationale. Le paradoxe ? Ces appropriations informelles sont aussi une forme de résistance. En l’absence de politiques publiques dignes de ce nom, les Algériens réinventent la ville par le bas, créant des espaces de vie là où l’État n’a laissé que des non-lieux.

**Santé : entre pénurie et innovation, le grand écart**

Cette dichotomie entre pénurie et innovation est révélatrice. D’un côté, l’État algérien, héritier d’un modèle socialiste centralisateur, peine à s’adapter aux logiques du marché globalisé. De l’autre, une jeunesse connectée, souvent formée à l’étranger, bricole des solutions locales en attendant que le système se réforme. Le problème, c’est que ces innovations restent marginales tant qu’elles ne sont pas intégrées dans une stratégie nationale. Sans une politique industrielle ambitieuse pour la santé, l’Algérie restera condamnée à importer des médicaments… et des crises.

**Infrastructures : la corruption comme mode de gouvernance**

Pourtant, ces scandales masquent une réalité plus complexe : l’Algérie a besoin d’infrastructures. Le pays est en retard sur ses voisins marocains et tunisiens en matière de transports, d’énergie et de numérique. Mais comment construire sans reproduire les mêmes schémas ? La réponse ne viendra pas des institutions actuelles, minées par la corruption et l’incompétence. Elle pourrait venir d’une société civile de plus en plus mobilisée, comme en témoignent les mouvements de diplômés chômeurs au Maroc (dont la répression rappelle les tensions algériennes de 2019). En Algérie, ces mouvements sont encore étouffés, mais ils existent. Et ils savent que les infrastructures ne sont pas qu’une question de béton : c’est une question de justice sociale.

**Économie : le piège de la rente et l’illusion de la diversification**

Pourtant, des signes de diversification existent. Les exportations vers la Mauritanie (400 tonnes de marchandises) et les projets en Côte d’Ivoire montrent que l’Algérie commence à regarder vers l’Afrique subsaharienne, un marché de 1,3 milliard d’habitants. Mais ces efforts restent marginaux. Pourquoi ? Parce que la diversification suppose une rupture avec les logiques de rente. Or, en Algérie, l’État est à la fois le principal employeur, le principal investisseur et le principal client. Tant que cette équation ne changera pas, le pays restera prisonnier de son pétrole.

**Énergie : le solaire, mirage ou salut ?**

La réponse tient en un mot : gaz. L’Algérie est le 10e exportateur mondial de gaz, et ses recettes pétrolières financent 60 % du budget de l’État. Toute transition énergétique qui menacerait ces revenus est perçue comme un suicide politique. Pourtant, la demande européenne en gaz va augmenter, et l’Algérie pourrait en profiter… à condition de moderniser ses infrastructures et de lutter contre le gaspillage (30 % du gaz produit est perdu en fuites et vols). Le solaire, lui, reste un parent pauvre : les projets comme celui de la centrale de Hassi R’Mel (150 MW) sont des gouttes d’eau dans l’océan des besoins énergétiques du pays.

La transition énergétique algérienne ne sera pas technique, mais politique. Elle suppose de rompre avec la logique de rente, ce qui implique une refonte complète du système économique. En attendant, l’Algérie continue de brûler son gaz… et son avenir.

**Patrimoine : le tourisme comme planche de salut ?**

Le problème, c’est que le patrimoine algérien est prisonnier d’une double malédiction. D’abord, celle de l’État, qui le considère comme un symbole national plutôt que comme une ressource économique. Ensuite, celle de la société, qui associe souvent le tourisme à une forme de néocolonialisme. Résultat : les projets de valorisation (comme le classement du raï au patrimoine immatériel de l’UNESCO) restent des vitrines sans impact concret sur l’emploi.

Pourtant, des villes comme Constantine ou Oran montrent que le tourisme peut créer des emplois. Mais cela suppose de sortir du discours victimiste (« l’Algérie a été spoliée par la France ») pour adopter une approche pragmatique : comment transformer le patrimoine en levier de développement ? La réponse passe par une alliance entre l’État, les entrepreneurs locaux et les diasporas, qui pourraient jouer un rôle clé dans la promotion du pays.

**Société civile : le réveil des invisibles**

Le paradoxe algérien, c’est que cette société civile est à la fois hyperactive et étouffée. Hyperactive, car les Algériens sont parmi les plus connectés du monde arabe (avec 45 millions d’utilisateurs de Facebook), et les mouvements comme Hirak ont prouvé leur capacité à mobiliser. Étouffée, car l’État ré

Laisser un commentaire