Revue de presse : Télécommunications Algérie, Diversification économique Algérie, Made in Algeria…

**L’Algérie face à son miroir : entre modernité et héritages**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unifié. L’Algérie avance par à-coups, comme un puzzle dont les pièces, bien que taillées pour s’emboîter, seraient assemblées par des mains différentes, parfois contradictoires. D’un côté, une volonté affichée de diversification économique, de l’autre, une dépendance persistante aux hydrocarbures qui structure encore 90 % des exportations. D’un côté, une armée qui modernise ses capacités cyber, de l’autre, une société civile qui s’interroge sur les limites de la souveraineté numérique. D’un côté, une archéologie qui exhume les traces d’un passé glorieux, de l’autre, un présent où les ksour, ces châteaux du désert, tombent en ruine faute de tourisme.

Pourtant, ces contradictions ne sont pas des faiblesses : elles révèlent une société en tension permanente entre le local et le global, entre la tradition et l’innovation, entre la peur de l’effondrement et l’audace de la reconstruction. L’Algérie n’est pas un pays en crise, mais un pays en métamorphose, où chaque domaine – du numérique à l’irrigation, de la pharmacie à l’archéologie – agit comme un révélateur des défis systémiques.

**SOUVERAINETÉS EN JEU : L’ÉCONOMIE, LA SANTÉ ET LA GUERRE DES ALGORITHMES**

La Tunisie, voisine et rivale, mise sur les travaux sous-marins et les filières technologiques pour former sa jeunesse. L’Algérie, elle, semble encore hésiter entre deux modèles : celui de l’industrialisation lourde (Holcim lance son activité béton) et celui des écosystèmes agiles (start-ups, IA). Le problème n’est pas tant le manque de moyens que l’absence de cohérence entre ces deux voies. Une économie ne se diversifie pas en additionnant des projets disparates, mais en créant des synergies. Or, où sont les ponts entre les ports algériens, les zones industrielles et les incubateurs de start-ups ? Où est le plan qui lie la formation professionnelle aux besoins réels des entreprises, plutôt qu’aux quotas bureaucratiques ?

La réponse se niche peut-être dans le Made in Algeria, ce label qui peine à décoller. Les tours-opérateurs évitent le pays, non seulement à cause de la menace terroriste (réelle mais exagérée), mais parce que l’Algérie n’a pas encore su vendre son récit. Pourtant, les ksour, les mosaïques romaines, les villes ottomanes sont des trésors qui attendent d’être monétisés. Le tourisme n’est pas qu’une question de sécurité : c’est une question de storytelling. L’Algérie a une histoire à raconter, mais elle ne la raconte pas assez bien.

**2. Pharmacie et souveraineté sanitaire : l’Algérie en première ligne**

Mais là encore, les défis sont immenses. La souveraineté pharmaceutique ne se décrète pas : elle se construit. Il faut des usines, des chercheurs, des brevets, une logistique irréprochable. Or, l’Algérie part de loin. Son industrie pharmaceutique reste fragmentée, avec des acteurs publics et privés qui peinent à coordonner leurs efforts. Pire : la corruption et les pénuries récurrentes de médicaments (comme le scandale du Doliprane en 2023) ont érodé la confiance des citoyens. Comment croire en une souveraineté sanitaire quand les pharmacies affichent des rayons vides ?

Pourtant, l’Algérie a un atout : son marché intérieur. Avec 45 millions d’habitants, elle représente un bassin de consommation énorme. Si elle parvient à structurer sa filière, elle pourrait devenir un acteur clé en Afrique, comme le Maroc l’a fait avec les génériques. Mais pour cela, il lui faut une vision à long terme – et une rupture avec les logiques court-termistes qui ont trop souvent prévalu.

**3. L’armée et le cyberespace : la guerre invisible**

Cette tension entre force et fragilité est révélatrice. L’Algérie a les moyens de se défendre, mais elle manque d’une culture cyber à l’échelle de la société. Les entreprises, les administrations, les citoyens sont encore trop peu sensibilisés aux risques. Pourtant, dans un monde où les données valent de l’or, la souveraineté numérique est aussi cruciale que la souveraineté pétrolière.

Le vrai défi, ici, n’est pas technique : c’est politique. L’Algérie doit choisir entre une approche sécuritaire (fermeture, surveillance) et une approche ouverte (innovation, collaboration internationale). La première option protège à court terme, mais étouffe l’économie. La seconde expose aux risques, mais permet de rattraper le retard. L’Algérie semble hésiter entre les deux, comme si elle n’osait pas trancher. Pourtant, le temps presse : la Tunisie, le Maroc, l’Égypte avancent à grands pas dans le numérique. Si l’Algérie ne se décide pas, elle risque de se faire distancer.

**EAU, DÉCHETS ET MÉMOIRE : LES TROIS FRONTS DE LA RÉSILIENCE**

Pourtant, là encore, les contradictions sautent aux yeux. D’un côté, l’Algérie investit dans des barrages et des stations de dessalement. De l’autre, elle continue à gaspiller l’eau dans une agriculture inefficace (le secteur consomme 60 % des ressources, pour un rendement médiocre). Pire : les fuites dans les réseaux de distribution (jusqu’à 40 % dans certaines villes) montrent que le problème n’est pas seulement technique, mais bureaucratique.

La solution ? Une révolution culturelle. L’Algérie doit passer d’une logique de gestion de crise à une logique de planification écologique. Cela implique de repenser l’agriculture (moins de blé, plus de cultures résistantes à la sécheresse), d’investir dans les technologies de pointe (comme la startup Oliwa, qui transforme les déchets d’olives en produits à valeur ajoutée), et surtout, de sensibiliser les citoyens. Car une politique de l’eau ne fonctionne que si elle est portée par la société tout entière.

**2. Environnement : l’Algérie, future championne de l’économie circulaire ?**

Pourtant, ces projets restent marginaux. Pourquoi ? Parce que l’Algérie n’a pas encore intégré l’écologie dans son modèle de développement. Les déchets sont encore perçus comme un problème, pas comme une opportunité. Les énergies renouvelables (solaire, éolien) progressent, mais trop lentement. Et surtout, il manque une vision globale : comment lier la valorisation des déchets à la création d’emplois ? Comment faire de l’écologie un levier de croissance, et pas seulement une contrainte ?

L’Algérie a une chance historique : celle de sauter les étapes polluantes du développement industriel pour passer directement à une économie verte. Mais pour cela, il lui faut une volonté politique – et une rupture avec les lobbies qui freinent la transition (comme celui des hydrocarbures).

**3. Archéologie et mémoire : le passé comme levier d’avenir**

Pourtant, l’archéologie n’est pas qu’une question de mémoire : c’est un levier économique. La Tunisie l’a compris, qui mise sur son patrimoine pour attirer les touristes. L’Algérie pourrait en faire autant, à condition de :
Protéger : restaurer les sites, lutter contre le pillage, former des archéologues locaux.
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