L’Algérie a lancé cette semaine une campagne nationale de dépistage précoce du cancer du sein, ciblant plus de 5 millions de femmes âgées de 35 à 70 ans. Selon El Moudjahid, le ministère de la Santé a mobilisé 1 200 centres de santé à travers le pays, équipés de mammographes et de personnel formé pour réaliser des examens gratuits. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Plan national de lutte contre le cancer 2023-2027, qui prévoit un budget de 15 milliards de dinars pour renforcer les infrastructures médicales.
Un fléau en progression
La campagne actuelle vise à inverser cette tendance en encourageant les femmes à se faire dépister dès les premiers signes. Des spots télévisés et des affiches dans les transports en commun rappellent les symptômes à surveiller : boule dans le sein, écoulement du mamelon ou modification de la peau. Le ministère de la Santé a également mis en place un numéro vert (3030) pour répondre aux questions du public.
Des moyens inédits
Le gouvernement a aussi renforcé les partenariats avec les associations locales. L’association El Amel, basée à Oran, organise des ateliers d’autopalpation dans les universités et les entreprises. Sa présidente, Fatima Zohra Benbrahim, souligne que « les femmes algériennes ont encore des réticences à parler de leur santé. Il faut briser les tabous ». En 2024, l’association a formé 5 000 femmes à l’autodépistage, un chiffre en hausse de 25 % par rapport à 2023.
Les défis persistants
Autre problème : le suivi des cas positifs. D’après une étude de l’INSP publiée en 2024, 30 % des femmes dont le dépistage révèle une anomalie ne reviennent pas pour des examens complémentaires. Le ministère de la Santé a annoncé la création de 10 nouveaux centres d’oncologie d’ici 2026, dont un à Béchar et un autre à Tindouf, pour réduire les délais de prise en charge.
Une mobilisation internationale
Le ministre de la Santé, Abdelhak Saihi, a déclaré lors de l’inauguration de la campagne que « la lutte contre le cancer du sein est une priorité nationale. Nous visons une réduction de 20 % de la mortalité d’ici 2030 ». Pour y parvenir, le gouvernement mise sur une approche intégrée : prévention, dépistage précoce et accès aux traitements innovants, comme l’immunothérapie, désormais disponible dans certains hôpitaux publics.
Témoignages sur le terrain
À Sétif, l’association Femmes en Action organise des journées portes ouvertes dans les mosquées et les marchés. Sa coordinatrice, Nadia Belkacem, explique : « Nous ciblons les femmes qui ne vont pas chez le médecin par manque de temps ou de moyens. En leur parlant dans des lieux qu’elles fréquentent, nous les sensibilisons sans les effrayer ». En 2025, l’association a touché plus de 15 000 femmes dans la wilaya.
Un modèle pour la région
Le succès de cette campagne repose sur trois piliers : l’implication des autorités locales, la mobilisation des associations et l’éducation sanitaire. Comme le résume le professeur Bouzid, « le cancer du sein n’est plus une fatalité. Avec un dépistage précoce, 90 % des cas peuvent être guéris ». Reste à maintenir cet élan pour que toutes les Algériennes, où qu’elles vivent, puissent en bénéficier.