Revue de presse : Télécommunications Algérie, Universités algériennes, PME Algérie…

**L’Algérie en équilibre instable : modernité technologique et fragilité systémique**

L’Algérie d’aujourd’hui est un pays en tension permanente, où les annonces de progrès spectaculaires côtoient des signaux d’alerte persistants. Les dix domaines d’actualité récente révèlent une société tiraillée entre deux forces : une volonté affichée de modernisation accélérée, portée par des projets pharaoniques et une digitalisation tous azimuts, et une réalité structurelle marquée par des blocages bureaucratiques, des inégalités criantes et une dépendance économique qui n’a pas disparu malgré les discours de souveraineté. Cette dichotomie n’est pas nouvelle, mais elle s’exacerbe dans un contexte régional et mondial où les crises (climatique, géopolitique, sociale) frappent avec une violence inédite. L’Algérie, comme souvent, avance en crabe : un pas en avant, deux pas sur le côté, et parfois un bond en arrière.

**La révolution numérique : un miroir aux alouettes ?**

Les télécommunications algériennes illustrent à merveille cette ambivalence. L’arrivée de la 5G pour Mobilis, Ooredoo et Djezzy, présentée comme une avancée majeure, s’inscrit dans une stratégie de rattrapage technologique qui rappelle celle des années 2000, lorsque l’Algérie avait massivement investi dans la 3G pour combler son retard. Pourtant, derrière les licences et les annonces triomphales, se pose la question de l’accès réel à cette technologie. La fracture numérique reste béante : en 2024, près de 30 % de la population algérienne n’a toujours pas accès à Internet, et les zones rurales, malgré les efforts de couverture, restent des déserts digitaux. La 5G, si elle est déployée, servira-t-elle avant tout les centres urbains et les élites économiques, creusant davantage les inégalités ?

Cette digitalisation à marche forcée se retrouve dans le secteur universitaire, où la numérisation de la justice et les conventions avec l’ESHRA (École supérieure de la haute magistrature) sont présentées comme des avancées. Mais ici encore, le décalage entre les discours et la réalité est frappant. Les universités algériennes, malgré des initiatives louables comme celle de Narimene Midoune (qui évoque la nécessité de sortir de sa « zone de confort »), restent minées par le sous-financement, la fuite des cerveaux et une bureaucratie qui étouffe l’innovation. La numérisation, si elle n’est pas accompagnée d’une refonte des méthodes pédagogiques et d’une autonomie accrue des établissements, risque de n’être qu’un vernis modernisateur.

**L’économie algérienne : entre extraction minière et précarité des PME**

L’économie algérienne, quant à elle, est le théâtre d’un paradoxe saisissant. D’un côté, le lancement officiel de l’exploitation du gisement de Gara Djebilet, présenté comme un projet « stratégique », et la mise en chantier de la ligne ferroviaire reliant ce site à Béchar, symbolisent une volonté de diversification et de valorisation des ressources minières. Ces investissements, s’ils se concrétisent, pourraient redessiner la carte économique du pays, en réduisant la dépendance aux hydrocarbures et en dynamisant les régions du Sud. Pourtant, cette ruée vers les minerais (fer, phosphate, terres rares) rappelle étrangement la logique extractiviste qui a prévalu pendant des décennies avec le pétrole et le gaz. L’Algérie reproduit-elle, sous une autre forme, les mêmes erreurs ? La question se pose d’autant plus que ces projets s’accompagnent d’un silence assourdissant sur les enjeux environnementaux et sociaux qu’ils soulèvent.

À l’autre bout du spectre, les PME algériennes, censées être le fer de lance de l’économie post-hydrocarbures, étouffent. Les aides publiques, qui ont atteint 211 milliards d’euros en 2023 (un chiffre vertigineux, révélateur à la fois de l’ampleur des subventions et de leur inefficacité), n’ont pas empêché un « inquiétant bond en arrière » des contrats d’apprentissage, comme le souligne une actualité récente. Les jeunes, qui représentent plus de 60 % de la population, se heurtent à un marché du travail sclérosé, où les emplois stables sont rares et où l’entrepreneuriat, malgré les incitations, reste un parcours du combattant. Les propositions des partis politiques pour les législatives de 2024, si elles abondent en promesses, peinent à convaincre : comment croire à une relance des PME quand les mêmes recettes (subventions, exonérations fiscales) échouent depuis des années ?

**Urbanisme et transports : des infrastructures sans vision**

L’urbanisme algérien est un autre domaine où les contradictions sautent aux yeux. D’un côté, des projets ambitieux comme le tramway d’Alger, dont la SETRAM lance un nouveau site web pour « améliorer l’expérience client », ou l’ouverture du « plus grand site de visa en Afrique » à Alger, témoignent d’une volonté de moderniser les infrastructures. De l’autre, la Cour des comptes pointe du doigt la gestion chaotique du logement étudiant, « naviguant à vue », et les défis démographiques, économiques et écologiques qui s’entremêlent sans véritable plan d’ensemble.

Le tramway, symbole de cette modernité urbaine, est un cas d’école. Si son extension est indéniablement une avancée pour les déplacements dans la capitale, il reste un projet isolé, sans articulation avec une politique globale de mobilité durable. Les voitures autonomes, évoquées dans un débat radiophonique, semblent bien loin des préoccupations quotidiennes des Algérois, qui subissent toujours les embouteillages monstres et l’absence de transports en commun efficaces en dehors des grandes villes. Quant au logement, le déficit chronique (estimé à plus d’un million d’unités) et la spéculation immobilière continuent de marginaliser les classes moyennes et populaires, malgré les programmes de construction massifs.

**Climat et justice sociale : les angles morts de la transition**

Le changement climatique, enfin, est le grand absent des discours officiels, alors qu’il frappe déjà le pays de plein fouet. Les barrages algériens, comme ceux de Tunisie ou du Maroc, affichent des taux de remplissage alarmants (30,9 % en Tunisie, niveaux historiquement bas au Maroc), et la saison estivale s’annonce sous haute tension. Pourtant, les solutions proposées restent timides : gestion de crise plutôt que transition écologique, avec des mesures ponctuelles (comme l’alimentation stable en eau potable promise pour l’été) qui ne s’attaquent pas aux causes profondes du problème (déforestation, gaspillage, agriculture intensive, dépendance aux énergies fossiles).

Cette cécité climatique se double d’un déni des inégalités sociales, comme en témoigne le débat sur le congé de naissance adopté par l’Assemblée. Si l’allongement et le partage de ce congé sont des avancées, ils restent des mesures cosmétiques dans un pays où les droits des femmes, malgré des progrès législatifs, sont constamment remis en question. L’extrême droite, évoquée dans une actualité française, n’est pas un phénomène isolé : en Algérie aussi, les conservatismes religieux et sociaux pèsent sur les droits des femmes, notamment dans les sphères professionnelles et familiales.

**Médias et jeunesse : le miroir brisé de la société algérienne**

Les médias algériens, enfin, reflètent cette schizophrénie nationale. Les réseaux sociaux, qui occupent une place centrale dans la vie des jeunes (43 % des Marocains y passent entre 3 et 5 heures par jour, un chiffre probablement similaire en Algérie), sont à la fois un espace de liberté et un vecteur de désinformation. Les débats sur leur influence politique, bien que centrés sur la France dans les actualités citées, résonnent fortement en Algérie, où les jeunes utilisent ces plateformes pour contourner la censure et exprimer leur mécontentement. Pourtant, cette vitalité numérique contraste avec l’étouffement des médias traditionnels, toujours soumis à un contrôle strict de l’État.

La jeunesse algérienne, hyperconnectée mais précarisée, est le symbole de ces contradictions. Elle est à la fois le moteur des changements (comme lors du Hirak en 2019) et la première victime des blocages du système. Les appels à l’engagement des avocats dans la numérisation de la justice ou les témoignages comme celui de Narimene Midoune montrent une génération en quête de sens, mais qui se heurte à des structures rigides, héritées d’un passé postcolonial et d’un système rentier.

**Conclusion : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie se trouve aujourd’hui à un carrefour. Les projets annoncés (Gara Djebilet, 5G, tramways, numérisation) pourraient, s’ils sont menés à bien, propulser le pays dans une nouvelle ère. Mais ils pourraient tout aussi bien s’enliser dans les sables mouvants de la bureaucratie, de la corruption et de l’absence de vision à long terme. Le vrai défi n’est pas technologique, mais systémique : comment concilier modernisation et justice sociale ? Comment passer d’une économie de rente à une économie productive, sans sacrifier les plus vulnérables ? Comment faire face au changement climatique, alors que les ressources en eau s’amenuisent et que les forêts brûlent ?

La réponse ne viendra pas des seuls dirigeants. Elle émerge déjà, de manière fragmentée, dans les universités, les PME, les médias alternatifs et les mouvements citoyens. Mais pour que ces forces se fédèrent, il faudrait une rupture : une refonte des institutions, une décentralisation réelle, et surtout, une reconnaissance que le progrès ne se mesure pas seulement en mégaprojets, mais aussi en qualité de vie, en droits sociaux et en résilience écologique.

L’Algérie a les moyens de ses ambitions. Mais le temps presse. Dans dix ans, le pays pourrait être un modèle de transition réussie… ou une société fracturée, où les gratte-ciel côtoient les bidonvilles, et où les promesses de la 5G ne masqueront plus la soif des barrages vides. Le choix appartient aux Algériens – mais aussi à une classe politique qui, jusqu’ici, a trop souvent préféré les effets d’annonce aux réformes structurelles.

Laisser un commentaire