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**L’Algérie, ou l’art de danser sur les braises de l’Histoire**
L’Algérie contemporaine est un pays où le passé ne se contente pas de hanter le présent : il le structure, le paralyse, l’exalte et le défie, tout à la fois. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une cartographie où se croisent les cicatrices de la colonisation, les promesses inabouties de la Révolution, les espoirs technocratiques et les résistances sociales. Une nation qui, comme le disait Frantz Fanon, « se cherche dans son propre vertige », tiraillée entre la volonté de tourner la page et l’impossibilité d’effacer les traces du livre.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’ubiquité des contradictions. L’Algérie célèbre les 62 ans de sa victoire sur le colonialisme tout en réclamant des excuses à la France ; elle affiche une capacité solaire en croissance (436,8 MW) mais reste prisonnière d’un modèle économique rentier ; elle exporte des dattes tout en important du blé. Ces paradoxes ne sont pas des accidents, mais les symptômes d’un système où l’État, héritier d’une légitimité révolutionnaire, peine à se réinventer sans se trahir.
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**1. L’ÉNERGIE : LE SOLEIL COMME MIRAGE ET RÉDEMPTION**
L’Algérie, pays du soleil, n’a jamais autant parlé de photovoltaïque. Avec 436,8 MW installés fin 2023, elle est loin derrière le Maroc (plus de 1 GW) et la Tunisie, qui ambitionne de rejoindre le « Club des 1 Gigawatts ». Pourtant, ces chiffres masquent une réalité plus sombre : l’Algérie reste un géant énergétique… des hydrocarbures. En janvier 2025, sa production pétrolière a chuté, rappelant que la transition verte n’est pas une priorité, mais un alibi.
Le paradoxe est cruel : le pays possède le plus grand désert du monde, une ressource solaire inépuisable, mais son économie reste enchaînée au baril. Les projets solaires avancent au rythme des bureaucraties, tandis que les subventions aux énergies fossiles engloutissent des milliards. La NESDA (Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes) finance des start-up vertes, mais combien survivront dans un écosystème où l’État préfère importer des pneus plutôt que de relancer l’industrie locale ?
Ici, la transition énergétique n’est pas qu’une question technique : c’est un enjeu de souveraineté. L’Algérie pourrait être un leader africain du solaire, mais elle préfère négocier des contrats gaziers avec l’Europe. Le soleil brille, mais l’ombre des pipelines est encore plus longue.
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**2. LA MÉMOIRE : ENTRE CÉLÉBRATION ET RÉCLAMATION**
Le 19 mars 2025, l’Algérie a commémoré les 62 ans des accords d’Évian. Une date qui, comme chaque année, ravive les débats : victoire ou trahison ? L’État algérien, héritier du FLN, célèbre une « victoire » tout en exigeant des « excuses » et des « réparations » à la France. Cette schizophrénie mémorielle n’est pas nouvelle : elle reflète l’impossibilité de clore un chapitre sans en écrire la suite.
Les archives du CICR (Comité international de la Croix-Rouge) sur la guerre d’indépendance (1955-1962) rappellent que l’Histoire n’est pas un récit linéaire, mais un champ de bataille. Les photos de Mohamed Kouaci, artisan de la Révolution par l’image, sont exhumées comme des reliques, tandis que les familles des disparus continuent de chercher leurs morts. La mémoire algérienne est un musée à ciel ouvert, où chaque pierre porte une inscription contradictoire.
Et puis, il y a cette loi criminalisant la colonisation française, adoptée en 2024. Une « loi de souveraineté », disent ses promoteurs. Une « loi de circonstance », rétorquent ses détracteurs, comme Eric Ciotti, qui y voit une « dictature jouant sur la haine de la France ». La vérité est plus complexe : cette loi est à la fois un acte politique (affirmer une identité postcoloniale) et un aveu d’impuissance (l’Algérie ne parvient pas à se définir sans son ancien colonisateur).
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**3. LA JUSTICE : ENTRE AVANCÉES FÉMINISTES ET RÉPRESSION SYSTÉMIQUE**
Nadia Ait Zai, avocate et militante, exige une refonte du Code de la famille « sur la base de l’égalité en droits ». Son combat résume l’ambivalence de la justice algérienne : des progrès réels (comme la loi contre les violences faites aux femmes en 2015), mais des reculs tout aussi tangibles (la persistance du tutorat masculin, les mariages précoces).
Le cas de Manon Relandeau, cette jeune Française disparue en Algérie après avoir fui des violences conjugales, est emblématique. Son compagnon, arrêté en Algérie, est soupçonné de meurtre et d’enlèvement. L’affaire a provoqué un tollé en France, mais en Algérie, elle a été traitée comme un fait divers. Pourtant, elle révèle une réalité plus large : les femmes algériennes, comme leurs sœurs françaises, sont prises au piège d’un système où la justice est lente, les mentalités archaïques, et les réseaux de solidarité masculine souvent plus puissants que la loi.
La grève des enseignants, provoquée par un « statut particulier » jugé inique, montre que la société civile algérienne est en ébullition. La CGT (Confédération générale du travail) appelle à la mobilisation, mais l’État répond par la répression ou l’indifférence. La justice sociale et la justice des genres avancent à pas de fourmi, tandis que l’État, lui, court après les devises du pétrole.
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**4. LES JEUNES : ENTRE FINANCEMENTS ET DÉSENCHANTEMENT**
L’Algérie compte 50 % de moins de 30 ans. Une bombe démographique… ou une bombe à retardement. Les annonces se multiplient : fonds pour l’entrepreneuriat, formules de financement de la NESDA, projets Anade (Agence nationale de développement de l’entrepreneuriat). Mais sur le terrain, les jeunes entrepreneurs se heurtent à un mur : bureaucratie, corruption, manque de débouchés.
Le gouvernement « serre la vis » sur les projets Anade, disent les médias. Traduction : les subventions sont accordées au compte-gouttes, et souvent à ceux qui ont des connexions. Résultat, les jeunes diplômés préfèrent tenter leur chance en Europe ou dans les pays du Golfe. L’Algérie forme des ingénieurs, des médecins, des informaticiens… pour les exporter.
Le paradoxe est saisissant : l’État algérien dépense des milliards pour l’éducation, mais ne parvient pas à retenir ses talents. Les énergies renouvelables ? Peu d’emplois locaux. L’agriculture ? Les dattes sont exportées, mais le blé est importé. L’archéologie ? Les sites sahariens sont restaurés, mais les guides locaux restent sous-payés.
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**5. L’AGRICULTURE : LE PARADOXE DE L’ABONDANCE ET DE LA DÉPENDANCE**
L’Algérie est dans le top 3 mondial des producteurs de dattes, mais elle en exporte peu. Pourquoi ? Parce que le pays manque d’infrastructures de transformation et de logistique. Même constat pour le blé : malgré des terres fertiles, l’Algérie importe 70 % de sa consommation. Le Maroc, lui, a doublé sa capacité en énergies renouvelables et réduit sa dépendance alimentaire.
La crise des pneus illustre cette dépendance pathologique : l’Algérie ne produit pas assez de caoutchouc, alors elle importe. Résultat, les prix flambent, la mobilité est entravée, et l’économie tourne au ralenti. L’État algérien préfère subventionner les produits importés plutôt que de relancer l’industrie locale. Une politique de court terme, qui hypothèque l’avenir.
Pourtant, des solutions existent. L’Algérie pourrait développer une filière agro-industrielle autour des dattes, comme la Tunisie l’a fait avec l’huile d’olive. Elle pourrait aussi investir dans des usines de transformation du blé. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique… et une rupture avec le modèle rentier.
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**6. L’ARCHÉOLOGIE : LE SAHARA COMME DERNIER FRONT**
Le Sahara algérien est à l’honneur du National Geographic. La restauration du « Grand Dieu » de Séfar, une fresque rupestre vieille de 10 000 ans, rappelle que l’Algérie est un musée à ciel ouvert. Pourtant, ces trésors restent méconnus, faute de moyens et de promotion.
La mort de Ginette Aumassip-Kadri, grande dame de l’archéologie saharienne, est un symbole. Elle a passé sa vie à étudier les civilisations du désert, mais aujourd’hui, qui prendra sa relève ? Les jeunes archéologues algériens sont sous-payés, les budgets de recherche sont ridicules, et les sites sont menacés par le pillage et l’urbanisation sauvage.
Pourtant, l’archéologie pourrait être un levier de développement. Le tourisme culturel, comme en Égypte ou au Maroc, pourrait créer des emplois et attirer des devises. Mais pour cela, il faudrait que l’État algérien cesse de voir le patrimoine comme une contrainte, et commence à le considérer comme une richesse.
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**7. LE SPORT : L’ALGÉRIE DANS L’ARÈNE MONDIALE**
L’Algérie brille au handball et au volleyball, mais ces succès sportifs contrastent avec la réalité du terrain : stades vétustes, fédérations corrompues, athlètes sous-payés. Le sport algérien est un miroir de la société : des talents immenses, mais des structures défaillantes.
Pourtant, le sport est un enjeu politique. Les victoires des « Fennecs » (l’équipe de football) ou des handballeurs sont célébrées comme des triomphes nationaux. Elles servent de soupape à un peuple frustré par les difficultés économiques. Mais ces succès ne suffisent pas à masquer les échecs : l’Algérie n’a pas les moyens de ses ambitions olympiques, et ses infrastructures sont à la traîne.
Le sport pourrait être un vecteur de cohésion sociale, comme en Tunisie ou au Sénégal. Mais pour cela, il faudrait une vraie politique publique, et non des coups médiatiques.
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**8. LES RELATIONS ALGÉRO-FRANÇAISES : LA HAINE ET LA PASSION**
La relation entre l’Algérie et la France est un mélange de passion et de ressentiment. D’un côté,