Revue de presse : Politique étrangère Algérie, Énergie renouvelable Algérie, Technologie Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de naviguer entre les failles du système-monde**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les traces d’un passé impérial, les cicatrices d’une guerre de libération, et les promesses d’un futur post-pétrolier. Les actualités de ces dernières semaines dessinent moins un pays en transition qu’un État en tension permanente, tiraillé entre des logiques contradictoires : celle d’une puissance régionale affirmant sa souveraineté (diplomatique, militaire, énergétique) et celle d’une économie encore prisonnière de ses dépendances (technologiques, financières, agricoles). Ces dynamiques ne sont pas juxtaposées ; elles s’alimentent mutuellement, révélant une société algérienne où le progrès et l’archaïsme coexistent dans une dialectique parfois schizophrène.

Derrière les annonces officielles – souvent triomphalistes – se cachent des réalités plus nuancées, où l’innovation se heurte aux rigidités bureaucratiques, où la défense nationale se double d’une course aux armements coûteuse, et où la transition énergétique, pourtant vitale, reste entravée par les intérêts des rentiers du gaz. Pour comprendre l’Algérie d’aujourd’hui, il faut accepter de lire entre les lignes, là où les discours se contredisent et où les stratégies révèlent leurs limites.

**Souveraineté énergétique : le solaire comme miroir des contradictions algériennes**

L’Algérie détient 60 % du potentiel solaire mondial non exploité, une manne qui pourrait faire d’elle un acteur clé de la transition énergétique africaine. Pourtant, le pays reste englué dans une économie rentière, où le gaz naturel représente encore 90 % des exportations. Le plan ambitieux de 3 000 MW solaires d’ici 2026, présenté comme une révolution, cache une réalité plus prosaïque : ces projets, souvent portés par des consortiums étrangers (notamment chinois et européens), s’inscrivent dans une logique de dépendance technologique et financière. L’État algérien, qui a longtemps verrouillé le secteur énergétique, se retrouve aujourd’hui à devoir importer des panneaux photovoltaïques et des savoir-faire qu’il n’a pas su développer en interne.

Cette transition inachevée reflète une contradiction fondamentale : l’Algérie veut être un leader des énergies renouvelables, mais elle refuse de remettre en cause le modèle extractiviste qui la maintient dans une position de fournisseur de matières premières. Pire, la rente gazière finance des projets pharaoniques (comme le barrage vert ou les autoroutes) qui, loin de préparer l’après-pétrole, perpétuent une économie de la dépense publique. Le solaire devient ainsi un alibi pour éviter les réformes structurelles : on parle de diversification, mais on continue à subventionner massivement les carburants, sabotant toute velléité de sobriété énergétique.

**Défense nationale : la course aux armements dans un contexte de crise économique**

La modernisation de l’armée algérienne, avec l’intégration du missile VL-MICA au système SAMP/T NG, s’inscrit dans une logique de dissuasion régionale face au Maroc, qui vient d’acquérir des drones turcs. Mais cette escalade militaire pose une question cruciale : à quel prix ? L’Algérie consacre près de 10 % de son PIB à la défense, un budget colossal pour un pays où le chômage des jeunes dépasse les 30 % et où les infrastructures civiles (hôpitaux, écoles) sont en déliquescence.

Cette priorité donnée à l’outil militaire révèle une obsession sécuritaire héritée de la guerre civile des années 1990, mais aussi une méfiance viscérale envers les voisins maghrébins. Pourtant, cette stratégie est-elle tenable à long terme ? Le complexe militaro-industriel algérien, présenté comme un fleuron de l’intégration nationale (avec la 57e édition de la FIA), reste largement dépendant des technologies russes et chinoises. En cas de sanctions ou de tensions géopolitiques, l’Algérie pourrait se retrouver isolée, comme l’Iran – dont le programme nucléaire arrive à un tournant en octobre 2025.

La question n’est pas tant de savoir si l’Algérie peut se défendre, mais si elle peut se permettre de le faire sans sacrifier son développement social. La réponse, pour l’instant, penche vers le non.

**Technologie et surveillance : l’Algérie entre innovation et contrôle étatique**

L’Algérie participe à Barcelone à une réunion sur la gouvernance de l’IA dans les télécoms, un signe encourageant pour un pays qui cherche à rattraper son retard numérique. Pourtant, dans le même temps, le décret signé par Sébastien Lecornu (ministre français des Armées) valide la conservation massive des données par les opérateurs télécoms, une mesure qui pourrait inspirer Alger. Cette ambiguïté est révélatrice : l’Algérie veut être un acteur de l’économie digitale, mais elle craint plus que tout la libre circulation de l’information.

Le cas d’Othmane DZ, ce « phénomène » algérien en France, illustre cette tension. D’un côté, l’État encourage les talents locaux (start-ups, chercheurs) à s’exporter ; de l’autre, il verrouille les espaces d’expression, comme en témoigne la censure persistante des réseaux sociaux. Les télécoms algériens, dominés par des opérateurs publics (Algérie Télécom, Mobilis), peinent à innover en B2B, faute d’un écosystème favorable à l’entrepreneuriat.

Cette schizophrénie technologique a un coût : l’Algérie rate le virage de l’économie de la connaissance, alors même que ses universités forment des ingénieurs et des chercheurs de haut niveau. Le pays pourrait être un hub régional pour l’IA ou la cybersécurité, mais il préfère investir dans des infrastructures de surveillance plutôt que dans des incubateurs.

**Patrimoine et tourisme : l’Algérie, terre de mémoire… et d’oubli**

L’inscription du « parcours de Saint-Augustin » à l’Unesco et la promotion des sites historiques par le National Geographic ou des médias américains montrent une volonté de valoriser le patrimoine algérien. Pourtant, cette reconnaissance internationale contraste avec la réalité du terrain : les sites archéologiques sont souvent mal entretenus, les musées sous-financés, et le tourisme reste marginal (moins de 3 millions de visiteurs par an, contre 13 millions pour le Maroc).

Cette négligence n’est pas anodine. Le patrimoine algérien est un enjeu politique : il incarne à la fois la grandeur d’une civilisation précoloniale (Numidie, Islam médiéval) et les traumatismes de la colonisation française. En mettant en avant Saint-Augustin (un philosophe chrétien d’origine berbère), l’Algérie cherche à se réapproprier une histoire plurielle, mais elle évite soigneusement de parler des périodes plus conflictuelles, comme la guerre d’indépendance ou les années 1990.

Le tourisme pourrait être un levier de développement, mais il se heurte à deux obstacles majeurs : l’insécurité juridique (les investisseurs étrangers sont réticents à s’engager) et le manque d’infrastructures. Résultat, l’Algérie reste une destination pour aventuriers et passionnés d’histoire, plutôt qu’un pôle touristique majeur.

**Agriculture et sécurité alimentaire : le mirage de l’autosuffisance**

L’Algérie importe encore 70 % de ses besoins alimentaires, une dépendance coûteuse (plus de 10 milliards de dollars par an) et dangereuse dans un contexte de crise climatique. Le Salon Africain de l’Agriculture (SAFAGRI), où la FAO et le PAM ont présenté des innovations technologiques, a mis en lumière les efforts pour moderniser le secteur. Pourtant, les résultats restent mitigés.

Les subventions massives aux agriculteurs (engrais, semences, carburant) ont permis d’augmenter les rendements, mais elles ont aussi encouragé des pratiques non durables (surexploitation des nappes phréatiques, monocultures). Le pays souffre de déséquilibres régionaux : le Nord, plus fertile, concentre l’essentiel de la production, tandis que le Sud, menacé par la désertification, reste sous-développé.

La sécurité alimentaire algérienne est un cas d’école de la « malédiction des ressources » : le pays a les moyens financiers d’importer sa nourriture, mais il n’a pas su investir dans une agriculture résiliente. Les innovations présentées à SAFAGRI (agriculture de précision, irrigation intelligente) peinent à se généraliser, faute de formation et de volonté politique.

**Banque et finance : le crédit comme outil de contrôle social**

Les prêts verts et le financement de la Fiat Grande Panda par El Baraka Bank montrent une timide ouverture du secteur bancaire algérien. Pourtant, le système reste verrouillé par des banques publiques peu compétitives, qui privilégient les crédits aux entreprises étatiques plutôt qu’aux PME. L’ouverture d’une agence de la BANK BEA à Marseille est un symbole : l’Algérie cherche à capter les transferts de la diaspora (plus de 2 milliards de dollars par an), mais elle refuse de libéraliser son secteur financier.

Cette frilosité s’explique par la peur de l’endettement extérieur. Après la crise des années 1990, l’Algérie a remboursé sa dette et adopté une politique de rigueur budgétaire. Mais cette prudence a un prix : le pays manque cruellement de liquidités pour financer ses grands projets. Les banques algériennes, sous-capitalisées, ne peuvent pas jouer leur rôle de levier économique.

Le crédit automobile, présenté comme une avancée, est en réalité un pis-aller : il permet de soutenir la consommation à court terme, mais il ne résout pas les problèmes structurels (chômage, inflation, manque d’investissements productifs).

**Exportations et diplomatie économique : l’Algérie en quête de partenaires**

L’Algérie multiplie les initiatives pour attirer les investisseurs étrangers, comme la présentation des opportunités d’investissement aux Suédois par l’ANDI. Pourtant, ces efforts se heurtent à un paradoxe : le pays veut diversifier ses partenariats (Europe, Chine, Afrique), mais il reste prisonnier de ses alliances traditionnelles (Russie, Iran).

Le conflit israélo-palestinien illustre cette ambiguïté. L’Algérie, qui se pose en championne de la cause palestinienne, voit ses ambitions africaines menacées par la normalisation entre Israël et plusieurs pays du continent. En soutenant l’Iran (dont le programme nucléaire arrive à un tournant en octobre 2025), Alger prend le risque de s’isoler diplomatiquement, alors même qu’elle cherche à renforcer ses liens avec l’Union africaine.

Cette realpolitik a un coût : les investisseurs occidentaux, déjà réticents à cause de la bureaucratie et de la corruption, hésitent à s’engager dans un pays dont la diplomatie est perçue comme imprévisible. L’Algérie pourrait jouer un rôle de pont entre l’Afrique et l’Europe, mais

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