Meloni relance l’axe énergétique Alger-Rome

La visite récente de la Première ministre italienne Giorgia Meloni à Alger marque un tournant dans les relations bilatérales entre l’Algérie et l’Italie. Cette rencontre, axée sur la coopération énergétique, intervient dans un contexte où l’Europe cherche à diversifier ses approvisionnements en gaz, tandis que l’Algérie consolide son rôle de fournisseur clé pour le continent. Les discussions ont porté sur des projets concrets, avec des implications immédiates pour les deux pays.

Un partenariat gazier renforcé
Selon Euronews, Meloni a plaidé pour un approfondissement des échanges énergétiques entre l’Algérie et l’Italie, soulignant l’importance stratégique de SONATRACH dans la sécurisation des livraisons de gaz vers l’Europe. Les deux parties ont évoqué la possibilité d’augmenter les volumes exportés via le gazoduc Transmed, qui relie déjà l’Algérie à l’Italie via la Tunisie. Ce pipeline, d’une capacité de 32 milliards de mètres cubes par an, pourrait voir son débit optimisé grâce à des investissements conjoints. Le ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab, a confirmé que des négociations étaient en cours pour prolonger les contrats existants et explorer de nouvelles infrastructures.

L’Italie mise sur l’Algérie face à la crise européenne
L’Italie, confrontée à la réduction des livraisons russes depuis 2022, a accéléré sa recherche de partenaires fiables. Alger, qui fournit déjà près de 40 % du gaz consommé par l’Italie, apparaît comme un allié incontournable. Le groupe énergétique italien ENI a d’ailleurs annoncé en 2025 un investissement de 4 milliards d’euros dans l’exploration et la production gazière en Algérie, en collaboration avec SONATRACH. Ces fonds visent à développer des champs offshore et à moderniser les installations existantes, comme le champ de Hassi R’Mel, l’un des plus grands gisements de gaz d’Afrique.

Un contrepoids à la tension franco-algérienne
La visite de Meloni intervient alors que les relations entre Alger et Paris traversent une phase délicate. Le JDD et Le Point ont souligné que cette dynamique énergétique avec l’Italie pourrait servir de levier pour l’Algérie, qui cherche à réduire sa dépendance économique vis-à-vis de la France. Le président Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs multiplié les déclarations en faveur d’une diversification des partenariats, citant notamment l’Italie, l’Allemagne et la Chine comme priorités. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté plus large de repositionner l’Algérie sur la scène méditerranéenne, en misant sur des alliances pragmatiques.

Des retombées économiques et géopolitiques
Pour l’Algérie, ce partenariat avec l’Italie représente une opportunité de renforcer ses recettes en devises, alors que le pays cherche à stabiliser son économie. Les revenus issus des exportations de gaz pourraient financer des projets industriels et technologiques, comme l’a souligné le ministre des Finances, Laaziz Faid, lors d’une récente intervention. Sur le plan géopolitique, cette alliance permet à Alger de consolider son influence en Europe du Sud, tout en envoyant un signal clair à ses partenaires traditionnels, comme la France, sur sa capacité à nouer des relations indépendantes.

Les défis à relever
Malgré ces avancées, des obstacles persistent. La concurrence avec d’autres fournisseurs, comme les États-Unis ou le Qatar, pourrait limiter les marges de manœuvre de l’Algérie. De plus, les infrastructures gazières nécessitent des mises à niveau pour répondre à la demande croissante. Enfin, la question des prix reste un sujet sensible, avec des négociations parfois tendues entre SONATRACH et ses clients européens. Cependant, les deux parties semblent déterminées à surmonter ces défis, comme en témoignent les déclarations optimistes de Meloni et Tebboune à l’issue de leur rencontre.

Cette visite confirme que l’Algérie et l’Italie ont choisi de faire de l’énergie un pilier de leur relation, avec des bénéfices mutuels. Pour Alger, il s’agit d’une étape supplémentaire dans sa stratégie de diversification économique et diplomatique. Pour Rome, c’est une garantie de sécurité énergétique dans un contexte européen instable. Les prochains mois diront si cette dynamique se traduira par des contrats concrets et des investissements durables.

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