L’Algérie a marqué la 79e Assemblée mondiale de la Santé, tenue récemment à Genève, en plaidant pour une réponse collective aux crises sanitaires. Le ministre de la Santé, Abdelhak Saihi, a défendu une approche solidaire face aux défis mondiaux, soulignant le rôle central des pays du Sud dans la gouvernance sanitaire internationale. Selon El Watan, cette intervention reflète la position d’Alger en faveur d’un multilatéralisme équitable, où les nations africaines ne sont plus de simples bénéficiaires, mais des acteurs décisionnels.
La délégation algérienne a insisté sur la nécessité de renforcer les systèmes de santé locaux, notamment à travers le transfert de technologies et le partage des savoir-faire. Saihi a mis en avant les progrès réalisés par l’Algérie en matière de couverture sanitaire universelle, citant la généralisation de l’assurance maladie et la modernisation des infrastructures hospitalières. Ces réalisations, a-t-il précisé, doivent servir de modèle pour d’autres pays du continent.
Une diplomatie sanitaire active
L’Algérie a également profité de cette tribune pour réaffirmer son engagement en faveur de l’Initiative de suspension du service de la dette pour les pays africains, lancée en 2020. D’après les déclarations officielles rapportées par l’APS, Alger a appelé les institutions financières internationales à prolonger ces mesures, arguant que la reprise post-Covid reste fragile pour de nombreuses économies du continent. Cette position s’inscrit dans la ligne défendue par le président Abdelmadjid Tebboune lors du sommet du G20 en Inde, où il avait plaidé pour une refonte des mécanismes de financement du développement.
Sur le plan technique, l’Algérie a proposé la création d’un fonds africain dédié à la recherche médicale, alimenté par des contributions des États membres et des partenaires internationaux. Ce fonds, selon Saihi, permettrait de mutualiser les ressources pour lutter contre les maladies endémiques et émergentes, comme le paludisme ou les résistances aux antibiotiques. La proposition a suscité l’intérêt de plusieurs délégations, notamment celles du Sénégal et de l’Éthiopie, qui ont exprimé leur soutien à une approche panafricaine.
Enjeux géopolitiques et alliances
La participation algérienne à cette assemblée s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement sur la scène internationale. Alger mise sur les forums multilatéraux pour renforcer son influence, notamment en Afrique et dans le monde arabe. Comme le note El Moudjahid, cette diplomatie sanitaire s’accompagne d’une volonté de diversifier les partenariats, avec un accent mis sur la coopération Sud-Sud. Les récentes visites de Tebboune en Chine et en Russie, ainsi que les accords signés avec l’Union africaine, illustrent cette dynamique.
Cependant, certains observateurs soulignent les défis persistants. Le manque de coordination entre les pays africains lors des négociations internationales reste un obstacle majeur. Un rapport du Centre d’Études Stratégiques de l’Afrique, cité par Africa Center for Strategic Studies, relève que les positions africaines sont souvent fragmentées, ce qui affaiblit leur poids face aux puissances occidentales ou asiatiques. L’Algérie, en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, pourrait jouer un rôle de médiateur pour unifier ces voix.
Réactions et suites attendues
La proposition algérienne d’un fonds africain de recherche médicale a été saluée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a annoncé son intention d’étudier sa faisabilité. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a qualifié l’initiative de « prometteuse » lors d’une rencontre bilatérale avec la délégation algérienne. Selon des sources proches des négociations, un groupe de travail pourrait être constitué d’ici la fin de l’année pour élaborer un cadre juridique et financier.
Sur le plan national, cette intervention à Genève s’inscrit dans la continuité des réformes engagées par le gouvernement algérien. Le plan « Santé 2025 », lancé en 2021, prévoit un investissement de plus de 10 milliards de dollars dans la modernisation du secteur. Les autorités misent sur la digitalisation, avec le déploiement du dossier médical électronique et la télémédecine, pour améliorer l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales.
Un levier pour l’influence régionale
L’Algérie cherche également à capitaliser sur son expertise sanitaire pour renforcer ses liens avec les pays voisins. Des accords de coopération ont été signés récemment avec la Tunisie et le Mali, portant sur la formation des médecins et la lutte contre les épidémies. Comme le rapporte Réalités Magazine, ces partenariats s’étendent au-delà du Maghreb, avec des projets en Afrique subsaharienne, où Alger finance des centres de santé et des campagnes de vaccination.
Cette approche pragmatique contraste avec les tensions persistantes dans d’autres domaines, comme la question du Sahara occidental. Alors que les relations avec le Maroc restent tendues, l’Algérie mise sur des dossiers consensuels, comme la santé ou la sécurité alimentaire, pour consolider son leadership en Afrique. La récente adhésion de l’Algérie à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) s’inscrit dans cette logique, offrant de nouvelles opportunités pour exporter son modèle sanitaire.
Défis et limites
Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. La dépendance aux importations de médicaments et d’équipements médicaux reste un point faible, comme l’a révélé la crise du Covid-19. Selon des données de l’Agence nationale du médicament, l’Algérie importe encore près de 70 % de ses besoins en produits pharmaceutiques. Le gouvernement a lancé des programmes pour stimuler la production locale, mais les résultats tardent à se matérialiser.
Par ailleurs, la question du financement des réformes sanitaires soulève des interrogations. Avec la baisse des revenus pétroliers, les marges de manœuvre budgétaires se réduisent. Les autorités comptent sur les partenariats publics-privés et les investissements étrangers pour combler ce déficit. Cependant, comme le souligne un rapport du CADTM, les conditionnalités imposées par les institutions financières internationales pourraient limiter la souveraineté d’Alger dans ce domaine.
L’Algérie a su se positionner comme un acteur clé des débats sanitaires mondiaux, en portant une vision africaine et solidaire. Si les propositions avancées à Genève se concrétisent, elles pourraient renforcer son rôle sur la scène internationale. Reste à voir comment Alger parviendra à surmonter les défis internes et externes pour transformer ces ambitions en réalisations tangibles.