Revue de presse : Pharmacie Algérie, Hydrocarbures Algérie, 5G Algérie…

**L’Algérie face à son miroir : un pays en tension entre modernisation et inerties**

L’Algérie contemporaine se débat dans un entre-deux historique. D’un côté, une volonté affichée de rupture avec les modèles économiques hérités de l’ère postcoloniale, symbolisée par des annonces tonitruantes – accords pharmaceutiques à 400 millions de dollars, déploiement de la 5G, ou encore lancement de la finance islamique. De l’autre, des réalités têtues : une dépendance persistante aux hydrocarbures, des disparités territoriales abyssales, et une relation franco-algérienne toujours aussi inflammable, où chaque geste diplomatique se transforme en champ de bataille mémoriel. Ces actualités, en apparence disparates, dessinent en réalité les contours d’une société en proie à une crise de sens – entre le désir de s’inscrire dans la mondialisation et la peur de perdre son âme.

Ce qui frappe, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie avance par à-coups, comme un navire dont les moteurs tournent à des régimes différents. La modernisation technologique (5G, fibre) coexiste avec des archaïsmes bureaucratiques ; les partenariats internationaux (Inde, Allemagne) côtoient des réflexes protectionnistes ; et tandis que le gouvernement vante la « diversification économique », les hydrocarbures restent le socle d’un système qui, faute de réformes profondes, reproduit les mêmes inégalités. Cette schizophrénie n’est pas propre à l’Algérie – elle est le lot de nombreux pays du Sud global –, mais elle y prend une dimension particulière, tant le pays incarne, depuis 1962, l’espoir d’une souveraineté retrouvée… et les désillusions qui l’accompagnent.

**La souveraineté économique : un mythe en construction ?**

**Pharmacie et hydrocarbures : le double visage de l’autonomie**

Pourtant, cette quête d’autonomie bute sur une réalité incontournable : l’économie algérienne reste arrimée aux hydrocarbures. Les annonces sur la zone frontalière de Mong Cai (Vietnam) ou les projets logistiques au Maroc (Zenata) ne doivent pas faire illusion. Le pétrole et le gaz représentent encore 90 % des exportations et 60 % des recettes fiscales. Pire : la rente pétrolière finance en partie les politiques sociales qui, à leur tour, entretiennent une économie de la dépendance. Comme le soulignait Frédéric Lordon, une économie rentière est une économie capturée – où l’État, plutôt que de stimuler l’innovation, se contente de redistribuer une manne dont il ne maîtrise pas les fluctuations.

L’Algérie tente de sortir de ce piège par la diversification, mais les résultats sont lents. La transition énergétique, où elle est devancée par la Tunisie, montre que les réformes structurelles (subventions aux énergies fossiles, fiscalité écologique) se heurtent à des résistances politiques et sociales. Comment concilier souveraineté et dépendance quand le budget de l’État dépend d’un baril de pétrole ?

**La 5G et la formation professionnelle : moderniser sans déséquilibrer**

D’abord, l’absence d’écosystème industriel capable d’absorber ces technologies. La formation professionnelle, malgré les projets d’instituts à Tanger ou les références historiques à l’enseignement technique (1900-1958), reste en décalage avec les besoins du marché. Les jeunes Algériens sont massivement formés dans des filières saturées (droit, sciences sociales) ou dans des métiers peu valorisés, tandis que les secteurs porteurs (numérique, énergies renouvelables) manquent cruellement de main-d’œuvre qualifiée. Le DAIP (Dispositif d’Aide à l’Insertion Professionnelle), censé intégrer les jeunes, est souvent perçu comme un palliatif plutôt qu’une solution durable.

Ensuite, la fracture territoriale. La 5G, comme les investissements pharmaceutiques, se concentre dans les grandes villes (Alger, Oran, Constantine), creusant un peu plus les inégalités entre le nord urbanisé et le sud désertique. À Ouargla, où le wali Abdelghani Filali est mis en avant, les projets économiques restent marginaux comparés aux enjeux des hydrocarbures. Moderniser l’Algérie, c’est d’abord réduire ses fractures internes – or, les politiques publiques semblent incapables de le faire.

**Finance islamique et emploi des jeunes : des solutions ou des leurres ?**

**La finance halal, symptôme d’une quête identitaire**

D’abord, celle de l’instrumentalisation politique. La finance islamique est souvent présentée comme une alternative « authentique » au capitalisme occidental, mais elle reste un outil financier comme un autre, soumis aux mêmes logiques de profit. En Algérie, où l’islam politique a été marginalisé après la décennie noire, cette offre pourrait aussi servir à canaliser les frustrations sociales vers des solutions a priori compatibles avec l’ordre établi.

Ensuite, celle de son efficacité économique. La finance islamique, pour prospérer, a besoin d’un environnement juridique et fiscal stable – ce qui n’est pas le cas en Algérie. Les banques traditionnelles et les fintechs (comme le mobile money) pourraient entrer en concurrence avec ces nouveaux produits, créant une fragmentation du marché. L’Algérie cherche-t-elle à moderniser son système financier… ou à le segmenter pour mieux le contrôler ?

**L’emploi des jeunes : entre clientélisme et révolution industrielle**

D’un côté, l’État mise sur l’industrie automobile – un secteur hautement compétitif où l’Algérie, faute de filière locale solide, reste un simple assembleur. Les usines CKD (comme celle de Renault à Oran) emploient peu et dépendent des importations de pièces détachées. De l’autre, les dispositifs d’insertion (DAIP) sont souvent critiqués pour leur inefficacité : les jeunes recrutés dans la fonction publique ou les entreprises publiques y trouvent des emplois précaires, sans perspective de carrière.

L’Algérie a-t-elle les moyens de sa révolution industrielle ? Rien n’est moins sûr. Les investissements étrangers (comme ceux de Stellantis) sont bienvenus, mais ils ne suffiront pas à créer un tissu économique diversifié. Pire : en l’absence de réformes structurelles (simplification administrative, lutte contre la corruption, éducation adaptée), ces emplois risquent de rester des emplois low cost, sans valeur ajoutée.

**Algérie-France : une relation impossible ?**

**La mémoire comme champ de bataille**

Pourtant, cette rhétorique cache une réalité plus complexe :
L’Algérie a besoin de la France (technologie, formation, marché pour ses hydrocarbures).
La France a besoin de l’Algérie (stabilité en Méditerranée, lutte contre le terrorisme, marché pour ses entreprises).

Mais les deux pays semblent incapables de dépasser ce rapport de force. La France, malgré ses déclarations (« aucune comparaison avec la Russie »), reste perçue comme une puissance néocoloniale. L’Algérie, de son côté, instrumentalise cette mémoire pour justifier son autoritarisme et son rejet des réformes libérales.

Peut-on construire une relation apaisée quand chaque geste est interprété à travers le prisme de la guerre d’indépendance ? Probablement pas. Mais cette tension permanente a un coût : elle isole l’Algérie diplomatiquement (malgré ses alliances avec la Russie, la Chine ou l’Inde) et freine son intégration économique.

**Journalisme et culture : l’Algérie face à ses fantômes**

**La décennie noire : un tabou qui résiste**

Pourquoi ce blocage ?
Parce que la guerre civile a été une guerre contre le peuple algérien lui-même : islamistes contre militaires, mais aussi civils pris entre deux feux.
Parce que le régime actuel est issu de cette guerre : il doit sa légitimité à la « victoire » contre le terrorisme, mais ne peut pas reconnaître les crimes commis par ses propres forces.
Parce que la société algérienne est profondément divisée : entre ceux qui veulent tourner la page et ceux qui exigent justice.

Le podcast, nouveau média de résistance, pourrait jouer un rôle clé dans cette catharsis. Mais tant que l’État contrôlera les récits officiels, **la décennie noire restera un fantôme qui empêche l’Algérie de se projeter dans

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