Le Vietnam mise sur son industrie pharmaceutique

Le Vietnam ambitionne de transformer son secteur pharmaceutique en un pilier économique stratégique, selon lecourrier.vn. Cette orientation, annoncée récemment, s’appuie sur des investissements massifs dans la recherche, la production locale et les partenariats internationaux. Une dynamique qui pourrait inspirer l’Algérie, où le développement de l’industrie pharmaceutique reste un enjeu clé pour réduire la dépendance aux importations et renforcer la souveraineté sanitaire.

Une stratégie nationale aux objectifs clairs

Le gouvernement vietnamien a dévoilé un plan visant à porter la part de la production locale de médicaments à 80 % d’ici 2030, contre environ 50 % actuellement. Ce projet s’accompagne d’incitations fiscales pour les entreprises du secteur, d’un renforcement des capacités de recherche et développement (R&D) et d’une modernisation des infrastructures industrielles. Selon lecourrier.vn, les autorités misent également sur les technologies de pointe, comme la biotechnologie et la fabrication de vaccins, pour positionner le pays comme un acteur régional.

Cette approche contraste avec la situation algérienne, où le marché pharmaceutique reste largement dominé par les importations. En 2023, l’Algérie a dépensé plus de 2 milliards de dollars en médicaments étrangers, selon les données du ministère de la Santé. Si le pays dispose d’une vingtaine d’unités de production locales, celles-ci couvrent à peine 30 % des besoins nationaux, selon l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP). La comparaison avec le Vietnam révèle un retard structurel, mais aussi des opportunités à saisir.

Partenariats et transferts de technologie

Le Vietnam mise sur des alliances avec des laboratoires étrangers pour accélérer son développement. Des accords ont été signés avec des groupes indiens, sud-coréens et européens pour la production de génériques et de médicaments innovants. Ces partenariats incluent des clauses de transfert de technologie, permettant aux entreprises locales de monter en compétence. Par exemple, le groupe pharmaceutique vietnamien Vabiotech a collaboré avec des partenaires russes pour produire des vaccins contre la grippe et la COVID-19, réduisant ainsi la dépendance aux importations.

En Algérie, les partenariats internationaux restent limités et souvent centrés sur l’assemblage plutôt que sur la fabrication intégrée. Les accords existants, comme celui entre Saidal et le laboratoire français Sanofi, se concentrent sur la production de médicaments sous licence, sans réel transfert de savoir-faire. Une approche plus ambitieuse, similaire à celle du Vietnam, pourrait permettre à l’Algérie de développer des filières locales compétitives, notamment dans les biosimilaires et les vaccins.

Enjeux économiques et sanitaires pour l’Algérie

La dépendance aux importations expose l’Algérie à des risques majeurs : fluctuations des prix, ruptures de stock et vulnérabilité face aux crises internationales. La pandémie de COVID-19 a révélé ces faiblesses, avec des pénuries de médicaments essentiels et des retards dans l’accès aux vaccins. Le Vietnam, en développant sa production locale, a pu répondre plus rapidement à la demande intérieure et même exporter des vaccins vers d’autres pays asiatiques.

Pour l’Algérie, investir dans l’industrie pharmaceutique représenterait une double opportunité. D’abord, sur le plan économique, en réduisant la facture des importations et en créant des emplois qualifiés. Ensuite, sur le plan sanitaire, en garantissant un approvisionnement stable en médicaments et en renforçant la résilience du système de santé. Le ministère de l’Industrie a d’ailleurs lancé en 2024 un plan de relance du secteur, avec des incitations fiscales pour les investisseurs locaux et étrangers. Cependant, les résultats tardent à se concrétiser, faute d’une stratégie claire et de moyens suffisants.

Défis et pistes pour une industrie algérienne compétitive

Le Vietnam a identifié plusieurs leviers pour réussir sa transition : formation des ressources humaines, simplification des procédures administratives et accès facilité au financement. En Algérie, ces défis sont encore plus prégnants. Le secteur souffre d’un manque de main-d’œuvre qualifiée, notamment dans les domaines de la biotechnologie et de la R&D. Les universités et les centres de formation peinent à adapter leurs programmes aux besoins des industriels.

Par ailleurs, les lourdeurs bureaucratiques freinent les investissements. Les délais d’obtention des autorisations pour la production de nouveaux médicaments peuvent dépasser deux ans, contre six mois dans des pays comme la Turquie ou le Maroc. Une réforme des procédures, inspirée des bonnes pratiques internationales, serait nécessaire pour attirer les investisseurs et accélérer l’innovation.

Enfin, l’Algérie pourrait s’inspirer du modèle vietnamien en encourageant les partenariats public-privé. Le Vietnam a créé des zones industrielles dédiées à la pharmacie, offrant des infrastructures clés en main et des exonérations fiscales. En Algérie, la création de pôles pharmaceutiques intégrés, comme celui envisagé à Sidi Abdallah, pourrait dynamiser le secteur. Mais cela nécessite une volonté politique forte et une coordination entre les différents acteurs, des ministères aux laboratoires privés.

Un modèle à adapter, pas à copier

Si le Vietnam offre des enseignements précieux, l’Algérie doit adapter cette stratégie à son contexte spécifique. Le pays dispose d’atouts, comme une demande intérieure forte et une main-d’œuvre jeune, mais aussi de contraintes, comme un marché fragmenté et une concurrence accrue des génériques indiens et chinois. Une approche ciblée, axée sur des niches porteuses comme les médicaments contre les maladies chroniques ou les vaccins, pourrait permettre de rattraper le retard.

Le développement de l’industrie pharmaceutique algérienne ne se fera pas du jour au lendemain. Mais en s’inspirant des succès du Vietnam, tout en évitant ses écueils, le pays pourrait réduire sa dépendance aux importations et bâtir un secteur résilient. La clé réside dans une vision à long terme, des investissements ciblés et une collaboration renforcée entre les acteurs publics et privés.

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