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**L’Algérie, laboratoire des tensions postcoloniales et des ambitions panafricaines**
L’actualité algérienne des dernières semaines dessine le portrait d’un pays en équilibre précaire entre deux forces contradictoires : une volonté farouche de souveraineté, nourrie par l’héritage révolutionnaire et la mémoire des luttes anticoloniales, et une insertion contrainte dans les réseaux de dépendance économique et géopolitique qui structurent le monde post-2008. Ces dix domaines d’actualité, apparemment disparates, révèlent en réalité une même matrice : celle d’un État-nation qui cherche à se réinventer dans un contexte régional et global marqué par la fragmentation des alliances, la financiarisation des économies et la crise des modèles de développement.
L’Algérie n’est plus le « phare de la révolution » des années 1960, mais elle n’est pas non plus un simple satellite des puissances occidentales ou des émergents. Elle incarne plutôt une forme de résistance passive – un terme que l’on pourrait emprunter à Gramsci pour décrire cette capacité à jouer des contradictions du système sans jamais s’y soumettre tout à fait. Pourtant, cette posture a un coût : celui d’une société tiraillée entre modernisation autoritaire et aspirations démocratiques, entre diversification économique et rente pétrolière, entre panafricanisme revendiqué et isolement diplomatique.
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**La santé et les télécoms : les deux fronts de la souveraineté technologique**
**Pharmacie : quand la dépendance devient une arme**
Le paradoxe est cruel : l’Algérie, qui a nationalisé son secteur pétrolier dans les années 1970 au nom de la souveraineté économique, reste aujourd’hui tributaire des laboratoires européens pour des molécules aussi basiques que l’insuline ou les antibiotiques. La coopération internationale en santé, vantée par l’OMS, se heurte ici à une réalité géopolitique : les pays du Sud sont condamnés à négocier leur accès aux technologies médicales dans un cadre où les règles sont fixées par les pays du Nord. Le trachome, cette maladie oculaire liée à la pauvreté que l’OMS combat, symbolise cette asymétrie : alors que l’Algérie en a presque éradiqué les cas, elle dépend encore de dons ou d’accords bilatéraux pour traiter d’autres pathologies.
Cette vulnérabilité sanitaire est d’autant plus inquiétante qu’elle se double d’un enjeu de soft power. Dans un contexte où le Maroc et la Tunisie développent leurs propres industries pharmaceutiques (avec des partenariats chinois et indiens), l’Algérie risque de perdre son influence régionale si elle ne parvient pas à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement. La question n’est pas seulement médicale : elle est éminemment politique. Un pays qui ne maîtrise pas ses médicaments ne maîtrise pas son destin.
**5G et câbles sous-marins : la bataille invisible de la connectivité**
La 5G, en particulier, est un enjeu de puissance. Son déploiement en Algérie pourrait accélérer la digitalisation des services publics, mais aussi renforcer la surveillance de masse – un outil déjà largement utilisé par le régime pour contrôler les dissidences. Le paradoxe est saisissant : alors que le pays investit dans des infrastructures high-tech, il reste l’un des plus mal classés en matière de liberté de la presse et d’accès à l’information. La modernisation technologique ne s’accompagne pas d’une libéralisation politique, bien au contraire.
Cette tension entre innovation et contrôle rappelle les débats sur la cyber-souveraineté en Chine ou en Russie. L’Algérie, sans aller jusqu’à construire un « Internet national » comme l’Iran, semble vouloir emprunter une voie médiane : profiter des opportunités économiques de la 5G tout en verrouillant son espace numérique. Mais cette stratégie a un prix : celui d’un retard dans l’émergence d’une économie numérique locale, faute d’un écosystème favorable aux startups et aux libertés entrepreneuriales.
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**Diplomatie et économie : l’Algérie entre panafricanisme et repli stratégique**
**Le Sahel, terrain miné de la realpolitik algérienne**
Cette exclusion n’est pas anodine. Elle reflète une méfiance croissante des pays du Sahel envers l’Algérie, perçue comme un État trop puissant pour être un partenaire fiable, et trop indépendant pour s’aligner sur les agendas occidentaux. Les passes d’armes diplomatiques entre Bamako et Alger, rapportées par APAnews, révèlent une rivalité latente pour le leadership régional. Le Mali, sous la junte du colonel Goïta, cherche à diversifier ses alliances (Russie, Turquie, Chine) pour réduire sa dépendance à la France – une stratégie qui entre en concurrence directe avec celle de l’Algérie, qui mise sur une approche afro-centrée mais sans rompre totalement avec l’Occident.
Cette position inconfortable explique pourquoi l’Algérie, malgré ses atouts (une armée puissante, une expérience dans la lutte antiterroriste, une position géographique stratégique), peine à s’imposer comme le leader naturel du Sahel. Son absence au G5 Sahel n’est pas seulement une question de protocole : elle révèle une crise de légitimité. Les pays africains, las des ingérences étrangères, se tournent vers de nouveaux parrains (Moscou, Ankara) ou vers des solutions locales (comme les groupes Wagner ou les milices communautaires). L’Algérie, qui a toujours refusé de s’engager militairement hors de ses frontières, se retrouve ainsi dépassée par les événements.
**La CAN, miroir des ambitions et des limites du panafricanisme algérien**
Le cas du Nigeria, dont les joueurs ont menacé de boycotter la CAN en raison du non-paiement de leurs primes, est révélateur. Il montre que l’influence algérienne en Afrique subsaharienne reste fragile, malgré les discours sur la solidarité sud-sud. Les pays africains, conscients de leur poids démographique et économique, n’hésitent plus à défier les puissances traditionnelles (Algérie, Afrique du Sud, Nigeria) si leurs intérêts ne sont pas respectés. L’Algérie, qui mise sur le sport comme outil de soft power, doit donc composer avec des partenaires de plus en plus exigeants.
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**Économie : entre diversification chaotique et dépendance aux hydrocarbures**
**Les exportations hors hydrocarbures : un succès en trompe-l’œil ?**
La crise du GPL dans le détroit d’Ormuz, qui pousse Sonatrach à se tourner vers l’Asie, est un rappel brutal de cette vulnérabilité. L’Algérie, qui a longtemps profité des tensions géopolitiques pour augmenter ses revenus (comme lors de la guerre en Ukraine), découvre aujourd’hui que sa dépendance aux hydrocarbures est une épée à double tranchant. D’un côté, elle lui donne un levier de négociation avec l’Europe (qui cherche à réduire sa dépendance au gaz russe) ; de l’autre, elle la rend vulnérable aux fluctuations des prix et aux crises régionales.
La « guerre de la tomate » avec le Maroc est un autre symptôme de cette économie de rente. Les deux pays, qui se disputent les parts de marché en Europe, subventionnent massivement leurs exportations agricoles, au mépris des règles de l’OMC. Cette course aux subventions est un aveu d’échec : elle montre que ni l’Algérie ni le Maroc ne sont capables de construire une économie compétitive sans artifices protectionnistes.