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**L’Algérie à l’épreuve de ses propres récits**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie n’est plus le pays des grands récits révolutionnaires, ni celui d’une transition démocratique avortée. Elle est devenue un laboratoire où se testent, en parallèle, des modèles de développement sectoriels, souvent brillants sur le papier, mais dont la synergie reste à prouver. Entre la 5G et les mosquées reconquises, les méga-centrales solaires et les débats sur l’inclusion scolaire, le pays oscille entre une ambition de puissance régionale et les pesanteurs d’un système qui peine à se réinventer.
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**L’IA ET LA 5G : LE RÊVE D’UNE SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE**
D’abord, la fracture infrastructurelle. Le déploiement de la 5G, annoncé comme un « tournant stratégique » avec le nouveau câble sous-marin, reste inégal. Les zones rurales et les villes secondaires, où vit encore une large partie de la population, sont condamnées à un internet lent, quand il existe. Ensuite, la question de la formation. Les universités algériennes, malgré des pôles d’excellence comme l’USTHB ou l’ESI, peinent à produire des ingénieurs et des data scientists en nombre suffisant. Sans une refonte profonde du système éducatif – qui, justement, fait l’objet de débats sur l’inclusion des élèves en situation de handicap –, l’IA algérienne risque de rester un projet élitiste, déconnecté des besoins réels de la population.
Pourtant, cette volonté de maîtriser les algorithmes du quotidien révèle une prise de conscience cruciale : dans un monde où les données sont le nouveau pétrole, l’Algérie ne peut se contenter d’être un simple consommateur. Elle doit devenir un acteur, sous peine de voir son avenir dicté par des puissances étrangères. La question est de savoir si cette souveraineté numérique sera un outil d’émancipation ou un nouvel instrument de contrôle étatique.
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**ÉNERGIE : ENTRE SOLEIL ET NUCLÉAIRE, L’ALGÉRIE JOUE SON VA-TOUT**
Pourtant, les signes d’une accélération sont là. Le Maroc, souvent présenté comme un rival, montre la voie avec son ambitieux programme nucléaire. L’Algérie, qui a longtemps tergiversé sur la question, semble désormais prête à franchir le pas. Les discussions sur les « investissements attrayants » dans le nucléaire civil ne sont pas anodines : elles trahissent une volonté de diversifier le mix énergétique, mais aussi de s’imposer comme une puissance régionale incontournable. Reste à savoir si ce virage sera accompagné d’une transparence suffisante – le nucléaire exige une gouvernance irréprochable, ce qui n’est pas toujours le point fort du système algérien.
Le solaire, lui, avance plus vite, mais pas assez. Les centrales se multiplient, mais leur intégration au réseau national reste chaotique. Pire, l’énergie produite est souvent gaspillée faute de capacités de stockage ou de lignes de transport adaptées. Là encore, le problème n’est pas technique, mais systémique : l’Algérie manque d’une vision globale, d’une stratégie intégrée où chaque projet – solaire, nucléaire, gaz – s’inscrirait dans une feuille de route cohérente. Sans cela, le pays risque de reproduire, dans le renouvelable, les mêmes erreurs que dans les hydrocarbures : une rente à court terme, sans création de valeur durable.
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**MÉMOIRE ET ESPACE PUBLIC : LA RECONQUÊTE SYMBOLIQUE**
Ces initiatives ne sont pas anodines. Elles s’inscrivent dans une dynamique plus large de réappropriation de l’histoire nationale, après des décennies où le récit officiel a oscillé entre glorification de la guerre d’indépendance et amnésie sélective. Aujourd’hui, l’Algérie semble vouloir assumer toutes ses strates historiques, y compris les plus douloureuses. Le patrimoine colonial, longtemps considéré comme un héritage encombrant, est désormais étudié et préservé – non par nostalgie, mais parce qu’il fait partie de l’identité algérienne. De même, les mosquées, autrefois marginalisées au profit d’une laïcité d’État, redeviennent des lieux centraux de la vie sociale, comme à Oran où l’espace religieux est « reconquis » par les fidèles.
Cette réappropriation n’est pas sans tensions. Elle pose la question de la place de l’islam dans la société algérienne, mais aussi celle de la mémoire des minorités. L’actualité culturelle nous rappelle que l’Algérie compte encore une communauté chrétienne, héritière de saint Augustin, dont la présence est à la fois un symbole de diversité et un enjeu politique. Dans un pays où l’identité nationale a souvent été définie par opposition à l’Occident, reconnaître cette pluralité historique est un acte révolutionnaire.
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**TRANSPORTS ET URBANISME : LE DÉFI DE L’INCLUSION**
Le problème est structurel. L’urbanisme algérien a longtemps été pensé pour une population valide, jeune et mobile. Les villes, conçues dans l’urgence pour loger une population en explosion démographique, n’ont pas intégré les normes d’accessibilité. Aujourd’hui, le gouvernement lance des projets de rénovation urbaine et de lutte contre les « passoires thermiques », mais ces mesures arrivent avec des décennies de retard. Pire, elles risquent de creuser les inégalités : les quartiers riches bénéficieront de logements rénovés et de transports modernes, tandis que les zones populaires resteront à la traîne.
L’enjeu est double. D’abord, il s’agit de faire de l’inclusion une priorité, et non un simple argument de communication. Ensuite, il faut repenser la ville algérienne dans son ensemble, en intégrant les besoins des personnes âgées, des handicapés et des populations défavorisées. Sans cela, la modernisation des infrastructures ne sera qu’une vitrine, masquant une société toujours plus fragmentée.
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**SPORT ET ÉDUCATION : LES DEUX VISAGES DE LA JEUNESSE ALGÉRIENNE**
La réponse tient en partie à l’éducation. Le système scolaire algérien, malgré des efforts récents (brochures sur l’inclusion, projets pilotes), reste marqué par des inégalités criantes. Les enfants des classes aisées bénéficient d’écoles privées ou de cours particuliers, tandis que ceux des quartiers populaires sont condamnés à des établissements sous-équipés. Le sport, censé être un ascenseur social, reproduit ces inégalités : les clubs formateurs sont concentrés dans les grandes villes, et les talents des régions reculées peinent à émerger.
Pourtant, le sport pourrait être un levier de transformation sociale. Les JO de Paris 2024, avec leur héritage paralympique, montrent que l’inclusion peut être un moteur de progrès. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique forte, capable de briser les logiques clientélistes qui gangrènent le mouvement sportif algérien. Sans cela, les médailles resteront des exceptions, et non la règle.
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**CULTURE ET GÉOPOLITIQUE : L’ALGÉRIE DANS LE JEU DES PUISSANCES**
D’un côté, l’Algérie affirme sa singularité culturelle. L’exposition de Khelil Benamara, les débats sur le patrimoine colonial, la reconnaissance de la pluralité religieuse montrent une société en quête de complexité, loin des clichés orientalistes ou des récits monolithiques. De l’autre, le pays est accusé, par le procureur national antiter