L’Algérie a sélectionné récemment deux de ses principaux ports comme projets-pilotes dans le cadre de sa stratégie de modernisation portuaire. Selon El Moudjahid, cette initiative vise à renforcer l’efficacité logistique et à positionner le pays comme hub régional. Les ports d’Alger et d’Oran ont été choisis pour leur importance stratégique et leur potentiel de développement.
Des infrastructures obsolètes face à la croissance du commerce
Le secteur portuaire algérien souffre depuis des années de retards dans la modernisation de ses infrastructures. Les ports d’Alger et d’Oran, qui traitent près de 60 % du trafic maritime national, sont confrontés à des problèmes de congestion, de manque d’équipements automatisés et de lenteurs administratives. D’après les chiffres de l’Agence nationale des ports (ANP), les délais moyens de déchargement des conteneurs dépassent souvent les 72 heures, contre moins de 24 heures dans les ports européens comme Valence ou Rotterdam.
La modernisation de ces deux sites s’inscrit dans une vision plus large de diversification économique. Le ministre des Transports, Kamel Beljoud, a déclaré lors d’une conférence de presse que cette réforme s’aligne sur les objectifs du plan quinquennal 2025-2029, qui prévoit un investissement de 5 milliards de dollars dans les infrastructures portuaires. « Nous ne pouvons plus nous contenter d’un système archaïque alors que nos voisins, comme le Maroc et la Tunisie, accélèrent leurs projets », a-t-il souligné.
Technologie et partenariats au cœur du projet
Les travaux prévus incluent l’installation de systèmes de gestion numérique des conteneurs, l’automatisation des grues et la création de zones logistiques intégrées. Un partenariat avec le groupe chinois China Communications Construction Company (CCCC) a été signé pour équiper le port d’Alger d’un terminal à conteneurs entièrement automatisé. Ce projet, d’un coût estimé à 300 millions de dollars, devrait réduire les temps de traitement de 40 % d’ici 2027.
Pour le port d’Oran, c’est la société française CMA CGM qui a été retenue pour développer une plateforme multimodale reliant le maritime au ferroviaire. Ce choix s’explique par l’expérience du groupe dans la gestion de hubs logistiques en Méditerranée, comme à Marseille. « L’Algérie a un potentiel énorme, mais il faut des infrastructures adaptées pour attirer les investisseurs », a déclaré un responsable de CMA CGM lors d’une visite sur place en juin 2025.
Un impact attendu sur l’économie nationale
La modernisation des ports algériens pourrait avoir des répercussions majeures sur plusieurs secteurs. Les exportateurs de produits agricoles, comme les dattes ou les agrumes, bénéficieraient de délais de livraison réduits vers l’Europe. Les industries locales, notamment celles du phosphate et de l’acier, pourraient aussi voir leurs coûts logistiques diminuer.
Cependant, des défis persistent. Les syndicats des dockers ont exprimé des craintes quant à l’impact de l’automatisation sur l’emploi. « Nous comprenons la nécessité de moderniser, mais il faut garantir la reconversion des travailleurs », a déclaré un représentant du Syndicat national des travailleurs portuaires (SNTP). Le gouvernement a promis des programmes de formation pour accompagner cette transition.
Des retards possibles mais une volonté politique affirmée
Si les annonces sont ambitieuses, l’Algérie a déjà connu des retards dans des projets similaires. Le port de Djen Djen, censé devenir un hub régional, a accumulé des années de retard en raison de problèmes de financement et de bureaucratie. Pour éviter ces écueils, le Premier ministre Nadir Larbaoui a créé une task force dédiée, chargée de superviser l’avancement des travaux et de résoudre les blocages administratifs.
Les premiers résultats concrets sont attendus d’ici fin 2026, avec la mise en service partielle des nouveaux équipements. Si le projet réussit, il pourrait servir de modèle pour les autres ports du pays, comme ceux de Béjaïa ou de Skikda. « L’Algérie a tout pour devenir un acteur clé du commerce méditerranéen, mais il faut agir vite », résume un expert en logistique cité par L’Expression.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de relance économique, après des années de dépendance aux hydrocarbures. Avec des ports modernisés, le pays espère attirer davantage d’investissements étrangers et diversifier ses échanges commerciaux. Reste à voir si les promesses se traduiront par des réalisations concrètes.