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**L’État algérien, ou l’art de la quadrature du cercle**
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**La santé et l’industrie : le mirage de l’autosuffisance**
Mais ces succès sont fragiles. L’industrie pharmaceutique algérienne, malgré ses progrès, reste dépendante des principes actifs importés, tout comme l’agriculture sucrière bute sur les aléas climatiques et la bureaucratie. Le pétrole, lui, continue de jouer les boulets : « L’Algérie malade de son pétrole », titre un article, rappelant que la rente hydrocarbure, si elle finance les hôpitaux et les usines, étouffe aussi toute velléité de diversification. La santé et l’industrie algériennes incarnent ainsi le paradoxe d’un pays qui veut se soigner lui-même, mais dont le corps économique reste intoxiqué par sa propre richesse.
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**Justice et corruption : le théâtre des ombres**
Plus troublant encore : le Parquet national financier s’intéresse désormais au patrimoine français d’un ex-juge. Cette traque des avoirs à l’étranger, si elle répond à une demande populaire de moralisation, révèle aussi l’hypocrisie d’un système où la corruption a longtemps été institutionnalisée. Comment croire à une justice impartiale quand les mêmes réseaux qui ont pillé le pays continuent d’opérer en coulisses ? La lutte anticorruption en Algérie ressemble à un jeu de dupes : on condamne les symboles, mais on épargne les structures.
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**Culture et répression : le raï, miroir des fractures sociales**
Cette dichotomie rappelle celle de la presse algérienne. Alors que des médias comme TSA ou APAnews enquêtent sur la corruption, d’autres (proches du pouvoir) célèbrent les « femmes illustres » ou les succès immobiliers. La culture, comme l’information, est un champ de bataille où l’État tente d’imposer son récit, tandis que les artistes et les journalistes résistent, parfois au prix de leur liberté.
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**L’économie numérique : la start-up nation contre le mur bureaucratique**
Pourquoi ce décalage ? Parce que l’Algérie souffre d’un syndrome de la souveraineté mal comprise. Le protectionnisme économique, censé protéger les industries locales, étouffe aussi l’innovation. Les start-ups algériennes, comme les hôpitaux ou les usines, sont prises en étau entre la volonté d’autonomie et les lourdeurs administratives. Le cas du saumon fumé produit par un Algérien de France est révélateur : c’est hors des frontières que les projets les plus audacieux voient le jour.
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**Les Algériens de l’étranger : exilés volontaires ou réfugiés économiques ?**
Le think tank russe qui épingle « la responsabilité d’Alger dans le conflit sahraoui » montre aussi que l’Algérie, malgré ses discours panafricains, reste un acteur géopolitiquement isolé. Son soutien au Polisario, s’il répond à une logique historique, l’éloigne des puissances occidentales et des pays du Golfe. Résultat : le pays peine à attirer les investissements, et ses enfants les plus talentueux continuent de partir.
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**Immobilier et rénovation urbaine : détruire pour mieux régner ?**
L’immobilier algérien est aussi un miroir des inégalités. D’un côté, les projets pharaoniques (comme les nouvelles villes satellites) ; de l’autre, l’absence de logements sociaux accessibles. La rénovation urbaine, sous couvert de modernisation, sert souvent à déplacer les populations indésirables – une stratégie déjà utilisée sous Bouteflika pour étouffer les foyers de contestation.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
1. Le scénario autoritaire : L’État resserre son emprise, muselle la presse et les artistes, et mise sur la rente pétrolière pour acheter la paix sociale. Les inégalités se creusent, la diaspora s’agrandit, mais le régime tient – jusqu’à la prochaine crise.
2. Le scénario réformiste : Sous la pression de la jeunesse et des entrepreneurs, l’Algérie engage des réformes à la marocaine : ouverture économique contrôlée, libéralisation partielle des médias, et investissements dans le numérique. Mais le système politique reste verrouillé.
3. Le scénario révolutionnaire : Un nouveau Hirak, plus organisé, émerge. La société civile, les syndicats et les artistes s’unissent pour exiger un changement de système. Le risque ? Une répression sanglante, ou une transition chaotique.
Le plus probable ? Un mélange des trois. L’Algérie a toujours été un pays de compromis boiteux : entre modernité et tradition, entre souveraineté et dépendance, entre répression et liberté. Son avenir dépendra de sa capacité à transformer ses paradoxes en forces – ou à sombrer sous leur poids.
Une chose est sûre : l’Algérie ne sera plus jamais celle de Bouteflika. Mais sera-t-elle celle de ses enfants ?