L’Algérie se tient à la croisée des chemins, non pas comme une fatalité géographique, mais comme une construction politique et sociale en tension permanente entre deux forces : celle de l’inertie, qui puise sa légitimité dans les structures héritées de l’État postcolonial et du système rentier, et celle du mouvement, portée par une jeunesse connectée, des entrepreneurs ambitieux et une diaspora en quête de reconnaissance. Les actualités de ces dernières semaines, apparemment disparates, dessinent en réalité les contours d’un pays qui oscille entre la volonté de contrôle et l’impératif d’ouverture, entre la souveraineté affichée et les dépendances structurelles, entre l’identité revendiquée et les hybridations imposées par la mondialisation.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de hasard dans cette mosaïque d’informations. Chaque domaine – finance islamique, élections, entrepreneuriat, relations internationales, transport, tourisme, banque, cinéma, innovation – agit comme un révélateur des contradictions algériennes, mais aussi comme un levier potentiel de transformation. L’Algérie n’est pas un pays en crise ; elle est un pays en métamorphose lente, où les lignes de fracture ne sont pas toujours là où on les attend. Pour en saisir la profondeur, il faut accepter de lire ces actualités comme les symptômes d’un système qui cherche encore son équilibre, entre le poids du passé et les promesses d’un avenir qu’il peine à définir.
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**LA FINANCE ISLAMIQUE, OU L’ART DE CONJUGUER MODERNITÉ ET TRADITION SANS CHOISIR**
La finance islamique algérienne est un cas d’école de cette ambiguïté fondatrice. D’un côté, la Banque Nationale d’Algérie (BNA) lance une offre dédiée à la diaspora, tandis que le Crédit Populaire d’Algérie (CPA) propose des solutions de ijara (location-vente) pour le logement. De l’autre, les fintechs et la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) poussent à l’adoption du paiement instantané, un outil résolument moderne, voire disruptif. Comment concilier ces deux dynamiques ?
La réponse tient en un mot : instrumentalisation. La finance islamique n’est pas, en Algérie, une révolution spirituelle ou économique, mais une réponse pragmatique à trois défis majeurs :
1. La captation des liquidités de la diaspora, qui représente une manne financière colossale (environ 2 milliards de dollars par an en transferts officiels, bien plus en flux informels).
2. La légitimation du système bancaire, perçu comme trop éloigné des réalités socioculturelles d’une population majoritairement musulmane.
3. La diversification des sources de financement, dans un contexte où les réserves de change fondent et où l’État cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures.
Pourtant, cette stratégie révèle une contradiction fondamentale : la finance islamique algérienne est islamique de nom, mais néolibérale de fait. Les produits proposés (mourabaha, ijara) sont des outils de crédit déguisés, où le risque est transféré vers le client, exactement comme dans la finance conventionnelle. La différence ? Une rhétorique de la halalisation qui permet de contourner les réticences religieuses tout en maintenant le statu quo économique. Le vrai défi n’est pas tant de développer la finance islamique que de savoir si elle servira à financer l’économie réelle – PME, start-up, infrastructures – ou si elle restera un simple produit marketing pour attirer les épargnants méfiants.
Cette tension entre tradition et modernité se retrouve dans l’entrepreneuriat, où les nouvelles lois sur l’importation de véhicules créent une incertitude organisée. En octobre, des centaines d’Algériens se rendront en Chine pour importer des voitures, profitant d’un vide juridique qui favorise les circuits informels. L’État, incapable de réguler efficacement ce marché, oscille entre répression et laisser-faire, illustrant une fois de plus son incapacité à articuler une vision cohérente de l’économie. La finance islamique et l’entrepreneuriat informel sont deux faces d’une même pièce : des solutions par défaut, qui pallient les faiblesses structurelles sans les résoudre.
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**LES ÉLECTIONS, OU LE THÉÂTRE DE LA DÉMOCRATIE SANS LE POUVOIR**
Les municipales de 2026 s’annoncent sous le signe du changement cosmétique. Le nouveau mode de scrutin pour les grandes villes (inspiré de Paris, Lyon et Marseille) est présenté comme une avancée démocratique, mais il cache mal une réalité plus sombre : l’Algérie reste un pays où les élections sont gérées bien plus qu’elles ne sont vécues. Trois éléments en témoignent :
1. La classification de La France Insoumise (LFI) à l’« extrême gauche » par les autorités françaises est un épiphénomène révélateur. Elle montre comment les étiquettes politiques sont utilisées comme des armes géopolitiques, mais aussi comment l’Algérie, en miroir, instrumentalise ces classifications pour discréditer toute opposition radicale. Le pouvoir algérien n’a pas besoin de censurer : il lui suffit de catégoriser pour délégitimer.
2. L’absence de débat sur le fond. Les municipales devraient être l’occasion de discuter des enjeux locaux – transports, logement, environnement –, mais elles sont réduites à une bataille de procédures. Le vrai pouvoir, lui, reste concentré entre les mains de l’exécutif et des walis, ces préfets nommés par le président, qui contrôlent les budgets et les nominations.
3. Le silence assourdissant sur les propositions marocaines pour réformer le Code électoral. Alors que le Maroc, souvent présenté comme un rival, engage une réflexion sur la représentation politique, l’Algérie se contente de réformes techniques, sans toucher aux fondements du système. Cette frilosité s’explique par une peur panique de la déstabilisation : toute ouverture réelle risquerait de faire émerger des forces incontrôlables, comme le mouvement amazigh ou les islamistes modérés.
Pourtant, les élections ne sont pas qu’un simulacre. Elles sont aussi le révélateur d’une demande démocratique latente, que le pouvoir tente de canaliser sans y répondre. Les Algériens ne croient plus aux urnes, mais ils continuent d’y participer, par habitude, par résignation, ou par calcul. Cette ambiguïté est le signe d’une société qui n’a pas encore basculé dans le rejet total du système, mais qui n’y croit plus non plus. Le vrai défi pour l’Algérie n’est pas de tenir des élections, mais de leur redonner un sens.
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**LES RELATIONS FRANCE-ALGÉRIE : LE JEU DES 7 ERREURS**
Les tensions récentes entre Alger et Paris – suspension des exemptions de visa pour les passeports diplomatiques, restrictions sur le square Port-Saïd – ne sont pas des incidents isolés, mais les symptômes d’une relation toxique et nécessaire. Trois dynamiques se superposent :
1. La guerre des symboles. La suspension des visas diplomatiques est un geste hautement symbolique, qui rappelle les crises de 2021 (quand l’Algérie avait rappelé son ambassadeur) et de 2022 (avec les restrictions sur les visas pour les Algériens). Mais ces mesures sont surtout rhétoriques : elles n’affectent pas les flux économiques ou migratoires, qui restent intenses. La France a besoin de l’Algérie pour son approvisionnement en gaz, et l’Algérie a besoin de la France pour ses investissements et sa diaspora. Les deux pays jouent donc une guerre froide où les coups sont portés pour la galerie, sans jamais remettre en cause l’essentiel.
2. La question mémorielle, éternel boulet. Macron a beau multiplier les gestes – reconnaissance de la responsabilité française dans la colonisation, restitution de crânes de résistants –, il se heurte à un mur : l’Algérie exige des excuses officielles et sans ambiguïté, que la France refuse de formuler. Pourquoi ? Parce que la repentance est un piège politique. Pour Paris, s’excuser reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore des réparations financières, mais aussi à fragiliser sa position au Maghreb, où le Maroc et la Tunisie attendent leur tour. Pour Alger, en revanche, la mémoire est un levier de légitimité : le pouvoir algérien se présente comme le défenseur de la souveraineté nationale, et toute concession française est perçue comme une victoire.
3. La diaspora, otage et actrice. Les restrictions sur les visas touchent surtout les Algériens de France, qui représentent une manne financière (les transferts d’argent) et politique (un électorat potentiel). En durcissant sa position, l’Algérie envoie un message clair : vous êtes chez vous ici, mais pas là-bas. Cette stratégie est risquée, car elle pourrait pousser la diaspora à se radicaliser, ou au contraire à se désengager. Pourtant, le pouvoir algérien n’a pas le choix : il doit montrer qu’il défend les intérêts nationaux, même au prix d’un isolement accru.
La relation franco-algérienne est donc un équilibre instable, où chaque crise est à la fois une menace et une opportunité. La France cherche à diversifier ses partenaires (Maroc, Tunisie, Sénégal), mais elle reste dépendante de l’Algérie pour son énergie et sa stabilité régionale. L’Algérie, de son côté, joue la carte de la souveraineté, mais elle a besoin de la France pour moderniser son économie et former ses élites. Le résultat ? Un dialogue de sourds, où les deux pays parlent sans s’écouter, mais où aucun ne peut se permettre de rompre.
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**TRANSPORTS, TOURISME, BANQUE : LES TROIS VISAGES DE LA MODERNISATION EN PANNE**
**Les routes algériennes, miroir d’un État défaillant**
Parce que la route, en Algérie, est le symptôme d’un État qui ne maîtrise plus ses infrastructures. Les causes sont connues :
– Un parc automobile vieillissant (les voitures importées illégalement de Chine n’améliorent pas la situation).
– Des routes mal entretenues, malgré les milliards investis dans les autoroutes (comme l’Est-Ouest).
– Une culture du risque : excès de vitesse, conduite en état d’ivresse, non-respect du code de la route.
Mais le vrai problème est ailleurs : l’absence de vision globale. La sécurité