L’Algérie mise sur la finance islamique pour drainer l’informel

Le gouvernement algérien accélère le déploiement de la finance islamique pour attirer les liquidités du secteur informel, estimé à plus de 40 % du PIB. Selon Courrier international, cette stratégie vise à canaliser une partie des 3 000 milliards de dinars (environ 20 milliards d’euros) circulant hors du système bancaire classique. Les autorités comptent sur des produits financiers conformes à la charia pour séduire une population encore réticente aux banques traditionnelles.

Un secteur informel pesant sur l’économie

La finance islamique, fondée sur des principes comme l’interdiction de l’intérêt (riba) et le partage des profits et pertes, apparaît comme une solution adaptée. Les produits proposés, tels que la mourabaha (vente à crédit avec marge) ou l’ijara (location-vente), correspondent aux valeurs religieuses d’une partie de la population. Selon des estimations citées par Courrier international, près de 60 % des Algériens seraient prêts à utiliser ces services, contre seulement 20 % pour les banques conventionnelles.

Les banques islamiques en première ligne

Les résultats sont encourageants. La Banque Al Baraka a enregistré une hausse de 15 % de ses dépôts en 2022, portée par des comptes d’épargne islamiques. Les clients, souvent des commerçants ou des entrepreneurs du secteur informel, y voient une alternative éthique aux banques classiques. Un responsable de la BNA, cité anonymement par Courrier international, confirme que ces produits attirent une clientèle jusqu’alors exclue du système financier.

Des obstacles persistants

Le gouvernement algérien mise sur une communication ciblée pour lever ces réticences. Des campagnes de sensibilisation sont prévues dans les mosquées et les médias, mettant en avant la transparence et la conformité religieuse des produits. Le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, a récemment déclaré que la finance islamique devait devenir « un levier de développement inclusif », sans pour autant remplacer le système bancaire traditionnel.

Un enjeu au-delà de la finance

La finance islamique pourrait aussi renforcer la stabilité financière. En diversifiant les sources de financement, l’Algérie réduirait sa dépendance aux revenus pétroliers, particulièrement volatils. Les produits halal, adossés à des actifs tangibles, limitent les risques de spéculation et offrent une alternative aux placements spéculatifs.

Une concurrence régionale à surveiller

Pour l’instant, l’Algérie reste en retard sur ses voisins. Selon les données de l’Islamic Financial Services Board, la part de la finance islamique dans le système bancaire algérien ne dépasse pas 5 %, contre 15 % au Maroc. Les autorités semblent conscientes de l’urgence : le projet de loi de finances 2023 prévoit des incitations fiscales pour les banques islamiques, comme des exonérations temporaires sur les bénéfices.

Un pari risqué mais nécessaire

Si l’Algérie parvient à capter ne serait-ce que 10 % des liquidités du secteur informel, cela représenterait une injection de 2 milliards d’euros dans l’économie formelle. Un montant suffisant pour dynamiser des secteurs clés comme l’agriculture ou les énergies renouvelables. Mais pour y parvenir, les acteurs publics et privés devront travailler de concert, en évitant les écueils d’un marché encore immature.

La finance islamique n’est pas une solution miracle, mais elle offre une piste crédible pour moderniser l’économie algérienne. Son développement pourrait marquer un tournant dans la relation entre l’État et une partie de sa population, longtemps tenue à l’écart des circuits financiers officiels.

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