Revue de presse : Eau Algérie, Entrepreneuriat Algérie, Relations Algérie Maroc…

**L’Algérie, ou l’art de naviguer dans les contradictions du XXIe siècle**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un archipel de tensions fécondes, où chaque actualité, aussi sectorielle soit-elle, révèle une facette d’un système en équilibre précaire entre héritage et modernité, souveraineté et dépendance, résilience et vulnérabilité. Ces dix domaines d’actualité, apparemment disjoints, dessinent en réalité les contours d’une société en pleine recomposition, où les défis structurels – eau, sécurité, emploi – croisent des dynamiques émergentes – entrepreneuriat féminin, cybersécurité, diplomatie énergétique. Derrière les annonces officielles et les projets phares se cachent des logiques plus profondes : une course contre la montre pour sécuriser les ressources vitales, une lutte sourde pour le contrôle des récits historiques et géopolitiques, et une quête désespérée de modèles économiques alternatifs à la rente pétrolière.

Ce qui frappe, c’est l’absence de hasard. Les transferts d’eau à Sétif, les arrestations de hackers, les défis de l’ANGEM ou les accords turco-somaliens ne sont pas des événements isolés, mais les symptômes d’un même corps social en mutation. L’Algérie, comme beaucoup de nations du Sud global, est prise dans un étau : d’un côté, les impératifs de développement immédiat (emploi, santé, éducation) ; de l’autre, les contraintes d’un monde en crise (climat, géopolitique, numérique). La question n’est plus de savoir si elle parviendra à concilier ces exigences, mais comment elle le fera – et à quel prix.

**L’eau, nerf de la guerre économique et géopolitique**

Le projet de transferts d’eau à Sétif n’est pas une simple mesure technique. Il incarne une réalité algérienne plus large : l’eau est devenue le nouveau pétrole, une ressource stratégique dont la maîtrise conditionne la stabilité politique et économique. Dans un pays où les barrages sont à moins de 30% de leur capacité en 2024, où les nappes phréatiques s’épuisent et où les tensions sociales autour de l’accès à l’eau se multiplient (comme à Ouargla ou Tamanrasset), ces grands travaux relèvent de la survie. Mais ils soulèvent aussi des questions troublantes : qui contrôle ces flux ? Qui en bénéficie ? Et à quel coût écologique ?

La réponse se trouve peut-être dans le Projet d’Anatolie du Sud-Est (GAP), ce chantier titanesque turc qui, en rationalisant l’eau du Tigre et de l’Euphrate, a transformé une région aride en grenier à blé – tout en servant d’outil de contre-insurrection contre les Kurdes. L’Algérie, confrontée à des défis similaires (désertification, tensions régionales, besoin de légitimité territoriale), observe avec attention ce modèle. La gestion de l’eau n’est plus une question environnementale, mais un enjeu de souveraineté. D’autant que le Maroc, voisin et rival, développe lui aussi des méga-projets hydrauliques (comme le barrage de Dakhla), dans une course silencieuse pour dominer les ressources régionales.

Cette obsession hydrique se reflète dans d’autres domaines. L’entrepreneuriat autour de l’argan, par exemple, n’est pas qu’une opportunité économique : c’est une tentative de verdir l’économie en valorisant une ressource locale résistante à la sécheresse. De même, les appels à une gestion durable des écosystèmes (comme ceux de Pr Aïcha Beya Mammeria) ne sont pas de simples déclarations d’intention, mais des réponses à une urgence : sans eau, pas d’agriculture ; sans agriculture, pas de stabilité sociale.

**Cybersécurité et souveraineté numérique : la nouvelle frontière**

L’arrestation de plus de 1 200 cybercriminels en Afrique, dont un hacker marocain en opération conjointe avec Interpol, révèle une autre facette de la guerre des ressources : celle du contrôle des données. Dans un pays où l’État peine à moderniser ses infrastructures physiques, la cybersécurité devient un enjeu existentiel. Les rançongiciels, les fraudes en ligne et les attaques contre les institutions financières menacent non seulement l’économie, mais aussi la légitimité de l’État – surtout dans un contexte où les jeunes Algériens, hyperconnectés, attendent des services publics numérisés.

Pourtant, l’Algérie reste en retard sur le front du numérique. Les initiatives citées (comme « Je suis Tech » en RDC ou Loger-Dakar) montrent que d’autres pays africains misent sur l’innovation pour sauter des étapes de développement. L’Algérie, elle, oscille entre censure et ouverture : d’un côté, elle bloque des plateformes (comme en 2021 avec les réseaux sociaux) ; de l’autre, elle lance des programmes comme le « Défi ANGEM » pour l’entrepreneuriat féminin, preuve que le numérique est aussi un levier d’émancipation.

La contradiction est flagrante : comment concilier un internet contrôlé (pour des raisons de sécurité) et un internet innovant (pour des raisons économiques) ? La réponse algérienne semble être une stratégie de souveraineté numérique à deux vitesses : sécurisation des infrastructures critiques (banques, administration) d’un côté, et encouragement à l’entrepreneuriat local de l’autre. Mais cette approche risque de creuser le fossé entre une élite connectée et une jeunesse laissée pour compte, surtout si les investissements dans la formation et les infrastructures ne suivent pas.

**L’entrepreneuriat féminin : une révolution en marche ?**

Les lancements du « Défi ANGEM » et du programme « 1000 femmes, 1000 projets » ne sont pas de simples opérations de communication. Ils marquent une prise de conscience : dans un pays où le chômage des jeunes dépasse les 30% et où le secteur informel représente près de 50% de l’économie, l’entrepreneuriat féminin est devenu un impératif économique – et politique.

Pourquoi les femmes ? Parce qu’elles sont à la fois les premières victimes et les premières solutions aux crises algériennes. Victimes, car elles subissent de plein fouet le chômage, les inégalités salariales et les freins culturels à l’autonomie. Solutions, car elles représentent un réservoir de compétences sous-exploité et une force de résilience inégalée (comme le montrent les coopératives d’argan ou les micro-entreprises artisanales).

Mais cette dynamique se heurte à des obstacles systémiques :
Le financement : L’ANGEM et les banques publiques peinent à suivre le rythme des demandes, et les femmes ont souvent moins accès au crédit que les hommes.
La bureaucratie : Créer une entreprise en Algérie reste un parcours du combattant, entre lourdeurs administratives et corruption.
Les normes sociales : Dans un pays où le taux d’activité des femmes est l’un des plus bas du monde arabe (18%), l’entrepreneuriat féminin se heurte à des résistances culturelles.

Pourtant, ces programmes pourraient être le début d’une révolution silencieuse. En misant sur les femmes, l’Algérie ne fait pas que répondre à une urgence économique : elle réinvente son modèle social. Car une femme entrepreneure, c’est une famille stabilisée, un quartier dynamisé, une communauté qui résiste à la précarité.

**Histoire et mémoire : qui écrit le récit algérien ?**

Les actualités historiques – épaves antiques à Gibraltar, bataille de la Hougue, prospection archéologique – semblent éloignées des préoccupations algériennes. Pourtant, elles révèlent une guerre des récits qui dépasse largement les frontières du pays.

L’Algérie, comme beaucoup de nations postcoloniales, est engagée dans une lutte pour la maîtrise de son histoire. Les sites archéologiques du Sahara (comme ceux menacés par le pillage ou le tourisme de masse à Ghardaïa) ne sont pas de simples vestiges : ce sont des symboles de souveraineté. Leur protection est un enjeu politique, car elle touche à l’identité nationale. Qui contrôle le passé contrôle le futur – et dans un pays où la mémoire de la guerre d’indépendance reste un sujet brûlant, cette question est explosive.

Deux exemples illustrent cette tension :
1. La bataille de la Hougue (1692) : Une défaite française face aux Anglo-Hollandais, souvent présentée comme un tournant naval. Pourquoi en parler aujourd’hui ? Parce que l’histoire navale est un enjeu géopolitique actuel (la France, avec ses bases en Méditerranée, reste un acteur clé dans la région).
2. Les épaves de Gibraltar : Un rappel que la Méditerranée a toujours été un espace de conquête et d’échanges. Pour l’Algérie, cela renvoie à son propre passé maritime (la régence d’Alger, les corsaires) et à sa position actuelle de carrefour entre l’Europe et l’Afrique.

Le tourisme et l’artisanat, comme à Ghardaïa, sont eux aussi des champs de bataille mémoriels. En promouvant son patrimoine, l’Algérie ne vend pas seulement des souvenirs : elle construit un récit national qui résiste à l’hégémonie culturelle occidentale. Mais cette stratégie se heurte à des réalités économiques : les retards dans les projets hôteliers à Tiaret montrent que le tourisme reste un secteur fragile, dépendant des aléas politiques et sécuritaires.

**Gouvernement algérien : entre prédation et alliances stratégiques**

Les accords Iran-Niger et Turquie-Somalie ne concernent pas directement l’Algérie. Pourtant, ils dessinent les nouvelles règles du jeu géopolitique dans lequel elle évolue.

L’accord Iran-Niger** (sur l’uranium et la sécurité) est un cas d’école de **prédation économique dans les États fragilisés.** L’Algérie, qui a longtemps bénéficié de la rente pétrolière, sait que ce modèle est en train de s’effondrer. D’où sa quête d’alliances alternatives : la Turquie, avec son soft power en Afrique (via des accords énergétiques et militaires), devient un partenaire clé. La Somalie, en signant un pacte de défense avec Ankara, montre que **la sécurité se monnaye désormais en contrats économiques.

Pour l’Algérie, cette reconfiguration a deux implications :
1. Une opportunité : En s’alliant avec la Turquie (comme elle l’a fait pour le gazoduc Nigal), elle peut diversifier ses partenariats et réduire sa dépendance à l’Europe.
2. Un risque : Ces alliances la placent dans un jeu de puissances où elle n’est pas toujours maîtresse du jeu. La Turquie, par exemple, a ses propres intérêts (accès aux ressources africaines, influence en Méditerranée), qui ne coïncident pas toujours avec ceux d’Alger.

**La grande question est : l’Algérie peut-elle devenir un acteur autonome, ou restera-t-elle un pion

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