Algérie épure 601 millions de m³ d’eaux usées par an

L’Algérie a franchi une étape significative dans la gestion de ses ressources hydriques. Selon l’Algérie Presse Service (APS), le pays traite désormais 601 millions de mètres cubes d’eaux usées chaque année. Ce volume, annoncé récemment, place l’Algérie parmi les pays du continent qui investissent massivement dans l’assainissement et la réutilisation des eaux épurées.

Des infrastructures en expansion

Parmi les projets emblématiques, la station d’épuration de Baraki, inaugurée en 2023, affiche une capacité de traitement de 300 000 mètres cubes par jour. Elle dessert plusieurs communes de la capitale et alimente en eau recyclée des périmètres agricoles situés en périphérie. D’autres wilayas, comme Oran et Constantine, ont également renforcé leurs capacités, avec des stations modernes dotées de technologies de filtration avancées.

Un objectif ambitieux pour 2030

Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de gestion intégrée des ressources en eau, qui inclut la désalinisation, la réutilisation des eaux traitées et la lutte contre le gaspillage. Le ministre des Ressources en eau, Taha Derbal, a souligné lors d’une intervention récente que ces efforts s’accompagneront d’une campagne de sensibilisation pour encourager l’utilisation des eaux épurées dans l’agriculture, un secteur qui absorbe près de 70 % des ressources hydriques du pays.

Des défis techniques et environnementaux

Par ailleurs, la qualité de l’eau épurée reste un sujet de préoccupation. Des études menées par des experts locaux ont révélé que certaines stations rejettent des eaux dont les taux de polluants dépassent les normes fixées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces dépassements, souvent liés à des défaillances techniques ou à une surcharge des installations, posent des risques pour les sols et les nappes phréatiques.

L’agriculture, principal bénéficiaire

Dans le Sud, où la pression sur les ressources hydriques est particulièrement forte, les autorités misent sur ces eaux pour soutenir les projets agricoles. El Watan a révélé en janvier 2026 que près de 15 000 autorisations de forage de puits ont été accordées dans les wilayas du Sud, mais ces forages, souvent non réglementés, menacent les nappes fossiles. La réutilisation des eaux usées apparaît donc comme une alternative durable pour préserver ces réserves.

Un modèle à suivre ?

Malek Semar, entrepreneur franco-algérien et fondateur de la société Eau et Développement, a salué ces avancées dans une interview accordée à TSA en février 2026. Il a toutefois souligné la nécessité d’améliorer la gouvernance du secteur : « L’Algérie a les moyens techniques et financiers pour devenir un leader régional en matière de gestion de l’eau. Mais il faut une meilleure coordination entre les wilayas, les ministères et les opérateurs privés pour éviter les gaspillages et garantir la qualité des eaux traitées. »

Vers une gestion durable

Un autre défi sera de convaincre les citoyens de l’innocuité de ces eaux. Dans plusieurs wilayas, des réticences persistent, notamment en raison de craintes sanitaires. Pour y répondre, les autorités prévoient des campagnes d’information et des visites de sites pour montrer les processus de traitement et les contrôles qualité mis en place.

L’Algérie a fait de la gestion de l’eau une priorité nationale. Avec 601 millions de mètres cubes d’eaux usées épurées par an, le pays montre qu’il est possible de transformer un défi environnemental en opportunité économique. Reste à consolider ces acquis et à les étendre à l’ensemble du territoire.

Laisser un commentaire