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**L’ALGÉRIE, UN ÉTAT-CONTINENT EN MOUVEMENT : LES PARADOXES D’UNE PUISSANCE EN RECONFIGURATION**
L’Algérie de juillet 2024 se présente comme un laboratoire des tensions géopolitiques et socio-économiques qui traversent le Sud global. Les actualités récentes, bien que disparates en apparence, dessinent les contours d’un pays engagé dans une course à la fois contre la montre et contre lui-même. Entre la quête d’une souveraineté multidimensionnelle (énergétique, militaire, sanitaire) et les vulnérabilités structurelles (dépendance aux importations, pression démographique, crise hydrique), l’Algérie incarne cette dialectique propre aux nations postcoloniales : comment concilier l’urgence du développement avec la nécessité de préserver une autonomie chèrement acquise ?
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de silos étanches. Les enjeux de l’eau irriguent ceux de la santé ; la diversification économique se heurte aux rigidités du complexe militaro-industriel ; les avancées technologiques butent sur les freins bureaucratiques et les atteintes aux libertés. L’Algérie n’est plus ce pays monolithique des décennies passées, où le pétrole dictait sa loi. Elle est devenue un champ de forces contradictoires, où se jouent des dynamiques à la fois locales et globales, héritées et prospectives.
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**L’EAU, CLEF DE VOÛTE D’UNE SOUVERAINETÉ EN QUESTION**
L’eau n’est pas qu’une ressource : elle est le miroir grossissant des contradictions algériennes. Les partenariats avec le Vietnam dans le BTP et l’emploi, présentés comme une avancée, révèlent en creux une dépendance persistante aux savoir-faire étrangers. Comment expliquer que l’Algérie, dotée d’un secteur public du bâtiment historiquement puissant, doive encore importer des compétences ? La réponse tient en deux mots : urgence et clientélisme. Les projets hydrauliques (barrages, dessalement) sont souvent attribués à des consortiums internationaux sous prétexte d’efficacité, mais au prix d’une fuite des capitaux et d’un affaiblissement des compétences locales.
Cette logique se retrouve dans le domaine de la santé. Les quatre projets de recherche contre le cancer en zones rurales, bien que louables, contrastent avec la persistance de déserts médicaux. L’Algérie dépense des milliards pour des infrastructures hospitalières (25 ans de « bilan remarquable », clame la communication officielle), mais peine à former et retenir ses médecins. Le Ghana, cité en exemple pour sa quête de 1,7 milliard de dollars pour ses hôpitaux, rappelle que l’Afrique du Nord n’a pas le monopole des défis sanitaires – mais aussi que les solutions passent par des investissements endogènes dans la recherche et la formation.
L’eau, la santé, les travaux publics : ces secteurs sont liés par un fil rouge, celui d’une modernisation inégale, où les infrastructures pharaoniques (autoroutes, hôpitaux) côtoient des poches de sous-développement chronique. Le projet de loi sur la rénovation urbaine et les « passoires thermiques » est symptomatique : il répond à une urgence sociale (le logement insalubre), mais risque de reproduire les mêmes erreurs que les grands ensembles des années 1970 – des solutions techniques sans ancrage territorial.
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**PHARMACIE ET DÉFENSE : LES DEUX VISAGES DE LA SOUVERAINETÉ ALGÉRIENNE**
La baisse des prix des médicaments, présentée comme une victoire sociale, cache une réalité plus sombre : l’Algérie reste dépendante à 70% des importations pharmaceutiques. L’autorisation d’un biosimilaire chinois est un aveu d’échec – ou du moins, de retard. Pendant que le Maroc et la Tunisie développent leurs propres industries (le Maroc vise 70% d’autosuffisance d’ici 2025), l’Algérie mise sur des partenariats avec l’Inde et la Chine pour combler ses lacunes. La question n’est pas tant la qualité des médicaments importés que la fragilité stratégique qu’induit cette dépendance. Que se passera-t-il en cas de crise géopolitique ? L’Algérie a-t-elle les moyens de ses ambitions sanitaires ?
La défense nationale offre un contrepoint saisissant. L’hypothèse d’une acquisition de chasseurs russes Su-57 (à 140 millions de dollars l’unité) s’inscrit dans une logique de puissance régionale, mais aussi de dépendance renouvelée. La Russie, malgré les sanctions, continue d’exporter des armements vers l’Algérie – preuve que les circuits de la realpolitik ignorent les embargos. Pourtant, cette course aux armements (qui répond à celle du Maroc) pose une question fondamentale : à quoi servent des avions de 5e génération quand les hôpitaux manquent de respirateurs et les universités de laboratoires ?
Ici, la contradiction est flagrante. L’Algérie dépense des milliards pour sa défense, mais peine à sécuriser ses approvisionnements en médicaments ou en eau. Le complexe militaro-industriel, hérité de l’ère Boumediene, reste un pilier de l’économie, mais aussi un frein à la diversification. Comment expliquer que le pays qui a nationalisé ses hydrocarbures en 1971 n’ait toujours pas réussi à bâtir une industrie pharmaceutique autonome ? La réponse tient en partie à la capture des rentes : les mêmes élites qui contrôlent le secteur énergétique et militaire ont peu intérêt à voir émerger des secteurs concurrents, plus décentralisés et moins lucratifs.
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**DIVERSIFICATION ÉCONOMIQUE : LE GRAND BLUFF ?**
Les investissements directs étrangers (IDE) reprennent en 2024, mais pour combien de temps ? L’Algérie attire des capitaux, mais peine à les ancrer. Le Maroc, cité en exemple pour son « afflux des IDE », mise sur des zones franches et des accords de libre-échange. L’Algérie, elle, reste prisonnière d’un modèle bureaucratique et rentier. Les partenariats avec le Vietnam ou ABB (pour les infrastructures énergétiques) sont des pis-aller, non des stratégies de long terme.
Le vrai défi n’est pas d’attirer des IDE, mais de les orienter vers des secteurs à haute valeur ajoutée. Or, les actualités technologiques algériennes sont révélatrices : on parle de jouets pour enfants et de légumes sans pesticides en Côte d’Ivoire, mais rien sur l’intelligence artificielle, les biotechnologies ou les énergies renouvelables. L’Algérie a les moyens de devenir un hub technologique (elle forme des milliers d’ingénieurs chaque année), mais ces compétences quittent massivement le pays – fuite des cerveaux oblige.
La diversification économique bute aussi sur un obstacle idéologique : la peur de l’ouverture. Le code mauritanien de l’hydrogène vert, présenté comme un modèle, montre comment un pays peut attirer des investissements verts tout en gardant le contrôle de ses ressources. L’Algérie, elle, tergiverse. Elle a le potentiel pour devenir un leader de l’hydrogène vert (avec son ensoleillement et ses réserves de gaz), mais les lourdeurs administratives et la méfiance envers les partenariats public-privé freinent les projets.
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**DROITS HUMAINS ET ARTS : LES DEUX FRONTS DE LA BATAILLE CULTURELLE**
La condamnation de Boualem Sansal et le musellement des journalistes marocains (cité en miroir) rappellent une vérité désagréable : la souveraineté algérienne a un prix. Le pouvoir algérien, comme son voisin marocain, instrumentalise la justice pour étouffer les critiques. Pourtant, cette répression contraste avec les discours officiels sur la « stabilité » et le « développement ». Comment un pays peut-il prétendre attirer des investisseurs étrangers tout en emprisonnant ses intellectuels ?
Les arts, eux, offrent une lueur d’espoir. L’atelier de l’ONA sur l’export culturel montre une prise de conscience : l’Algérie a un patrimoine immatériel (musique, cinéma, littérature) qui pourrait devenir un levier économique. Mais là encore, les contradictions surgissent. Comment exporter sa culture quand les artistes sont censurés ? Comment valoriser le patrimoine (comme à El Hamri) quand les politiques urbaines privilégient le béton à l’histoire ?
La bataille culturelle est aussi une bataille économique. Le Maroc mise sur son soft power (festivals, tourisme) pour diversifier son économie. L’Algérie, elle, reste prisonnière d’une vision sécuritaire de la culture. Pourtant, les exemples tunisien et sénégalais montrent qu’une scène artistique dynamique peut attirer des investissements et créer des emplois.
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**ENVIRONNEMENT : L’ALGÉRIE FACE À SON DESTIN CLIMATIQUE**
L’hydrogène vert est présenté comme une opportunité, mais aussi comme un défi réglementaire. La Tunisie et la Mauritanie ont pris de l’avance en adoptant des cadres juridiques incitatifs. L’Algérie, elle, traîne des pieds. Pourtant, le pays a tout pour devenir un acteur majeur : des réserves de gaz pour la transition, un ensoleillement exceptionnel, et une position géographique stratégique.
Le vrai problème n’est pas technique, mais politique. Les élites algériennes, habituées à la rente pétrolière, voient l’environnement comme une contrainte, non comme une opportunité. Les projets d’énergies renouvelables existent (comme le parc solaire de Hassi R’Mel), mais ils restent marginaux. L’Algérie pourrait être un leader de la transition énergétique en Afrique, mais elle préfère importer des solutions clés en main (comme les partenariats avec ABB) plutôt que de développer ses propres technologies.
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**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**
L’Algérie de 2024 est un pays à la fois puissant et vulnérable. Puissant par ses ressources (gaz, soleil, position géostratégique), vulnérable par ses dépendances (pharmacie, technologie, savoir-faire étranger) et ses rigidités (bureaucratie, répression, fuite des cerveaux).
Trois scénarios se dessinent pour les dix prochaines années :
1. Le scénario de la continuité : L’Algérie reste prisonnière de son modèle rentier, avec des avancées ponctuelles (infrastructures, santé) mais sans rupture structurelle. Les tensions sociales (chômage des jeunes, crise du logement) s’aggravent, et le pays devient un acteur secondaire dans la compétition régionale.
2. Le scénario de la rupture autoritaire : Face aux défis, le pouvoir durcit sa ligne (répression accrue, nationalisme économique). L’Algérie se referme, misant sur une souveraineté de façade (armement, autosuff