Fouka 2 lance l’ère du dessalement en Algérie

La station de dessalement d’eau de mer de Fouka 2, située dans la wilaya de Tipaza, a franchi une étape décisive. Selon Algerie360, son exploitation commerciale doit débuter dans les prochains mois. Ce projet marque un tournant dans la stratégie algérienne de sécurisation des ressources hydriques, alors que le pays fait face à une pression croissante sur ses nappes phréatiques et ses barrages.

Un chantier pharaonique pour une capacité de 300 000 m³/jour
Fouka 2 s’étend sur 25 hectares et représente un investissement de près de 300 millions de dollars. La station utilisera la technologie d’osmose inverse, une méthode de filtration avancée qui permet d’éliminer jusqu’à 99 % des sels et impuretés de l’eau de mer. Avec une capacité de production de 300 000 mètres cubes par jour, elle deviendra la plus grande installation de dessalement en Algérie, devant celle de Mostaganem (200 000 m³/jour) et celle de Skikda (100 000 m³/jour).

Le projet a été confié à un consortium mené par l’entreprise espagnole Acciona, en partenariat avec la société algérienne AEC (Algérienne des Eaux et de la Construction). Les travaux, lancés en 2020, ont connu des retards liés à la pandémie de Covid-19 et à des ajustements techniques. Aujourd’hui, les essais de mise en service sont en cours, et les premières livraisons d’eau dessalée devraient alimenter les réseaux de Tipaza, Alger et Blida d’ici la fin de l’année.

Un soulagement pour les wilayas du centre

Le ministre des Ressources en eau, Taha Derbal, a souligné lors d’une visite sur le site en mars 2024 que cette infrastructure s’inscrivait dans un plan plus large visant à porter la part du dessalement dans l’approvisionnement national à 30 % d’ici 2030. Actuellement, l’Algérie compte 11 stations de dessalement en service, avec une capacité totale de 2,1 millions de m³/jour. Quatre autres projets sont en cours de réalisation, dont ceux d’El Hamdania (Cherchell) et de Cap Djinet (Boumerdès), qui devraient ajouter 500 000 m³/jour supplémentaires.

Des défis techniques et environnementaux

Sur le plan environnemental, le rejet de saumure – un sous-produit concentré en sels et en produits chimiques – pose question. Les études d’impact menées par l’Agence nationale des changements climatiques (ANCC) ont recommandé des systèmes de dilution pour minimiser les effets sur la faune marine. La station de Fouka 2 est équipée d’un diffuseur sous-marin conçu pour disperser la saumure sur une large zone, réduisant ainsi sa concentration avant qu’elle n’atteigne les fonds marins.

Une réponse à la crise hydrique, mais pas une solution miracle

Le gouvernement a lancé en 2022 un plan de modernisation des infrastructures hydrauliques, doté d’un budget de 15 milliards de dollars sur cinq ans. Ce plan prévoit la réhabilitation de 20 000 km de canalisations, la construction de 20 nouveaux barrages et la généralisation des compteurs intelligents pour lutter contre le gaspillage. À Tlemcen, des projets de réhabilitation des sources traditionnelles, comme celles de Sidi Boumediene, ont également été relancés pour diversifier les sources d’approvisionnement, comme le souligne une étude publiée par OpenEdition Journals.

L’enjeu de la gouvernance et de la transparence

Le secteur agricole, qui absorbe 60 % des ressources hydriques du pays, est particulièrement pointé du doigt. Dans le cadre du Grand Programme 2.1, lancé par le ministère de l’Agriculture en 2024, des subventions sont accordées aux agriculteurs pour l’adoption de techniques d’irrigation économes, comme le goutte-à-goutte. Cependant, l’application de ces mesures se heurte à des résistances locales et à un manque de formation des exploitants.

Un modèle à exporter ?

À l’international, l’Algérie pourrait devenir un acteur clé dans la gestion de l’eau en Afrique. Le pays partage son expertise avec des pays comme la Tunisie et le Maroc, où les tensions autour des ressources hydriques s’accentuent. En mai 2023, l’entreprise française Suez a remporté un contrat pour l’assainissement de Sfax, en Tunisie, un projet qui pourrait servir de modèle pour des collaborations futures.

Fouka 2 n’est donc pas seulement une infrastructure technique : c’est un symbole des choix stratégiques de l’Algérie pour les décennies à venir. Entre dépendance aux énergies fossiles, pressions démographiques et aléas climatiques, le dessalement offre une réponse partielle, mais indispensable. Reste à savoir si les réformes structurelles suivront pour en faire un levier durable de développement.

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