Revue de presse : Eau Algérie, Droits des femmes Algérie, Diplomatie algérienne…

**L’ÉTAT EN QUÊTE D’UNE NARRATION COHÉRENTE : LE GRAND ÉCART ALGÉRIEN**

L’Algérie contemporaine se débat dans un paradoxe qui n’est pas seulement économique ou politique, mais existentiel. Les actualités des dix derniers jours dessinent le portrait d’un pays tiraillé entre une volonté affichée de souveraineté – militaire, hydrique, culturelle – et une réalité où les dépendances structurelles, les blocages bureaucratiques et les contradictions sociales minent toute velléité de rupture. Comme si l’État algérien, après des décennies de gestion rentière, oscillait entre deux postures : celle du léviathan qui verrouille les frontières idéologiques et celle du colosse aux pieds d’argile, incapable de transcender ses propres limites.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de fil rouge apparent entre ces domaines. Pourtant, à y regarder de plus près, trois dynamiques transversales émergent : la quête de souveraineté par l’industrialisation et la défense, la gestion schizophrénique des ressources et des dépendances, et l’étouffement des contre-pouvoirs – qu’ils soient politiques, médiatiques ou sociétaux. L’Algérie semble ainsi condamnée à une course contre elle-même, où chaque avancée se paie d’un recul ailleurs.

**SOUVERAINETÉ : LE TRIANGLE INDUSTRIEL-MILITAIRE-HYDRIQUE**

**L’eau, miroir des priorités étatiques**

D’abord, l’eau est un enjeu de pouvoir. Le ministère de l’Intérieur, en réunissant les walis, rappelle que la gestion de la crise hydrique est avant tout une question de contrôle territorial. Les walis, ces préfets algériens, sont les relais locaux d’un système où la légitimité se mesure à la capacité à distribuer les ressources – ou à en masquer la pénurie. Ensuite, le timing est révélateur : en liant l’eau au Ramadan, le pouvoir instrumentalise un symbole religieux pour naturaliser une crise structurelle. Comme si la pénurie était une épreuve divine, et non le résultat de décennies de sous-investissement et de corruption dans les infrastructures.

Enfin, cette crise hydrique interagit avec d’autres domaines. La construction navale (avec la mise à l’eau du troisième thonier algérien) et les partenariats militaires (comme celui avec la Corée du Sud) nécessitent des ports et des chantiers en eau profonde – des infrastructures elles-mêmes menacées par la raréfaction de l’eau. L’Algérie industrialise son armée et son économie bleue, mais sans résoudre l’équation de base : comment produire sans eau ?

**Défense et industrie : le complexe militaro-industriel comme planche de salut ?**

Pourtant, cette militarisation de l’économie pose question. D’abord, elle repose sur des partenariats extérieurs (Corée, France via Naval Group, Russie pour les armements) qui contredisent le discours de souveraineté. Ensuite, elle absorbe des ressources colossales (le budget de la défense dépasse les 10 milliards de dollars en 2024) au détriment d’autres secteurs, comme la formation professionnelle ou les infrastructures civiles. Enfin, elle crée une économie de rente parallèle : les contrats militaires génèrent des commissions, des emplois protégés et une élite technocratique liée aux généraux, reproduisant les mêmes travers que la rente pétrolière.

L’Algérie industrialise son armée, mais pas son peuple.** Le contraste est saisissant avec la formation professionnelle, où les annonces (comme le colloque sur l’enseignement technique industriel) restent cantonnées à des hommages historiques ou à des projets pilotes. **On forme des soldats et des ingénieurs militaires, mais pas assez de techniciens pour les usines civiles.

**DÉPENDANCES ET PARADOXES ÉCONOMIQUES : L’ALGÉRIE, ENTRE AUTOSUFFISANCE ET DÉNI**

**Les exportations hors-hydrocarbures : un mirage statistique ?**

Pourquoi importer ce qu’on peut produire ?** La réponse tient en trois mots : **rente, corruption, inefficacité**. Les importations génèrent des commissions pour les intermédiaires proches du pouvoir, tandis que les producteurs locaux sont étouffés par les taxes et les tracasseries administratives. **L’Algérie exporte des hydrocarbures et importe des produits de base – une équation perdante qui rappelle les pires heures de la colonisation économique.

**La Chine et le piège des zones de libre-échange**

Le président Tebboune dénonce les « pipeaux » des zones de libre-échange au Maghreb et au Sahel, mais son propre pays est pris dans le même piège : une économie extravertie, dépendante des cours du pétrole et des importations, incapable de transformer ses ressources sur place. L’Algérie critique le néocolonialisme, mais reproduit ses mécanismes.

**LES FEMMES, LE PATRIMOINE ET L’URBANISME : LES GRANDES OUBLIÉES DU RÉCIT NATIONAL**

**Droits des femmes : des lois sans effet**

Pire : les droits des femmes sont instrumentalisés. Le pouvoir algérien utilise les avancées législatives (comme le quota de 30% de femmes dans les assemblées élues) pour se donner une image progressiste, tout en maintenant un système où les femmes sont exclues des cercles décisionnels. La modernité algérienne est une façade.

**Patrimoine et urbanisme : entre folklorisation et destruction**

Les médinas, comme celle de Mostaganem, sont présentées comme des atouts touristiques, mais leur réhabilitation est souvent superficielle – on restaure les façades, pas les communautés.
L’héritage d’Oscar Niemeyer à Constantine est célébré, mais l’université qu’il a conçue est aujourd’hui un symbole de la dégradation de l’enseignement supérieur algérien.
L’amazighité est reconnue, mais les militants berbères sont toujours réprimés (comme le montre l’interdiction du conseil national du RCD, parti laïc et berbériste).

L’Algérie célèbre son patrimoine, mais détruit ses contre-pouvoirs culturels.

**LES PARTIS POLITIQUES : LE GRAND ÉTOUFFEMENT**

**Le RCD et la question des disparus : deux faces d’une même répression**

La question des disparus de la guerre de libération, relancée par la France, est un autre symptôme de cette mémoire verrouillée. L’Algérie refuse toute remise en cause de son récit historique officiel, tout comme elle refuse toute alternance politique. Le passé et le présent sont deux faces d’une même obsession : le contrôle.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**

L’Algérie de 2024 est un pays à la fois puissant et fragile, souverain en apparence et dépendant en réalité, moderne dans ses discours et archaïque dans ses pratiques. Trois scénarios se dessinent pour les années à venir :

**1. Le scénario du statu quo : la lente asphyxie**

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