Revue de presse : Droits humains Algérie, Jeunesse Algérie, Cinéma algérien…

**L’Algérie en miroir : une société entre héritage et fracture**

L’Algérie d’aujourd’hui se donne à voir comme un kaléidoscope où se télescopent les époques, les aspirations et les contradictions. Les dix domaines d’actualité qui traversent le pays ces dernières semaines dessinent une cartographie complexe, où le passé colonial et révolutionnaire, les dynamiques économiques post-pétrolières et les tensions sociales contemporaines s’entremêlent. Ce n’est pas un hasard si ces thèmes résonnent entre eux : ils révèlent une société en quête d’équilibre, tiraillée entre la volonté de modernisation et la persistance de structures archaïques, entre l’ouverture au monde et le repli identitaire.

Derrière les records sportifs, les succès entrepreneuriaux ou les documentaires cinématographiques, se cachent des questions plus profondes : comment une jeunesse hyperconnectée coexiste-t-elle avec un système politique verrouillé ? Comment une économie en crise peut-elle financer des ambitions continentales ? Et surtout, comment l’Algérie négocie-t-elle sa place dans un monde globalisé sans perdre son âme ?

**La jeunesse, laboratoire des possibles et des désillusions**

La jeunesse algérienne est à la fois le moteur et le symptôme des mutations du pays. Les « Cliniques d’été » de la Fondation Real Madrid, avec la présence d’Emilio Butragueño, ou les espoirs placés dans les jeunes footballeurs pour la CAN 2025 (Amoura, Diomandé, Sadiki) illustrent cette énergie vitale. Le sport, ici, n’est pas qu’un loisir : c’est un exutoire, une promesse de mobilité sociale, voire une échappatoire à un marché du travail saturé. Pourtant, cette jeunesse sportive, célébrée et médiatisée, contraste avec une autre réalité, plus sombre : celle des discriminations raciales au sein même des milieux LGBTQ+, comme le révèle le témoignage poignant d’un jeune Algérien noir dans le milieu gay. « Je pensais que le milieu gay serait épargné par le racisme. J’ai vite déchanté » – cette phrase résume à elle seule l’hypocrisie d’une société qui promeut l’excellence individuelle tout en maintenant des hiérarchies invisibles.

Cette jeunesse est aussi celle qui, en 2019, a porté le Hirak, ce mouvement de protestation pacifique qui a ébranlé le système. Cinq ans plus tard, où en est-elle ? Les records battus (sportifs, entrepreneuriaux) masquent mal une forme de résignation ou de pragmatisme : on se tourne vers l’extérieur (l’Europe, l’Afrique subsaharienne) quand l’horizon national semble bouché. Le cinéma algérien, avec des films comme Bye bye Tibériade de Lina Soualem, explore justement ces trajectoires de fuite et de retour, ces identités fracturées entre ici et ailleurs.

**Économie : le dinar, miroir d’un système à bout de souffle**

L’économie algérienne est un cas d’école de la malédiction des ressources. Le pays, riche en hydrocarbures, voit son dinar s’effondrer (« ce Dinar qui ne vaut même plus son pesant de zinc »), tandis que le « trabendo » (commerce informel) légalisé alimente une spirale de dépréciation monétaire. La Banque d’Algérie, par la voix de son vice-gouverneur Djamel Benbelkacem, présente cette chute comme un « ajustement nécessaire » – une rhétorique qui rappelle les discours des institutions financières internationales dans les années 1980, quand les plans d’ajustement structurel étaient vendus comme des remèdes alors qu’ils aggravaient les crises.

Pourtant, dans ce marasme, des entrepreneurs algériens parviennent à tirer leur épingle du jeu. Faderco, leader des couches et lingettes, étend ses visées continentales, tandis que Tolga El Baraka incarne cette nouvelle génération d’hommes d’affaires qui transforment un héritage familial en succès international. Ces réussites, réelles, ne doivent pas occulter une réalité plus crue : l’Algérie reste dépendante de ses exportations d’hydrocarbures, et le programme Food for Progress lancé par les États-Unis – un appel à financements agricoles – sonne comme un aveu d’échec des politiques publiques en matière de souveraineté alimentaire.

La contradiction est flagrante : d’un côté, un État qui cherche à contrôler les flux économiques (via la dépréciation du dinar ou la régulation du trabendo), de l’autre, une économie informelle qui représente près de 50% du PIB et dont la légalisation partielle est une reconnaissance implicite de l’échec des politiques de formalisation. L’Algérie oscille entre libéralisation forcée et dirigisme étatique, sans parvenir à trouver un modèle viable.

**Culture et mémoire : entre effacement et réappropriation**

Le cinéma et la culture algériens sont le théâtre d’une bataille mémorielle. Bye bye Tibériade, de Lina Soualem, interroge l’exil et l’héritage de la Nakba palestinienne à travers une histoire familiale, tandis que Barbès blues explore la présence maghrébine à Paris, ces diasporas qui ont façonné l’identité franco-algérienne. Ces œuvres, comme le documentaire sur les militantes algériennes « effacées par le temps », révèlent une obsession : celle de la transmission. Comment raconter l’Histoire quand les archives sont incomplètes, quand les voix des femmes ou des minorités ont été systématiquement marginalisées ?

La culture algérienne est aussi un champ de bataille politique. Le « style jeune » des années 1950, analysé dans les hebdomadaires de l’époque, montre comment la jeunesse a toujours été un enjeu de contrôle ou de contestation. Aujourd’hui, avec des initiatives comme Second Souffle, qui donne la parole aux maisons d’édition, on assiste à une tentative de réappropriation de la narration nationale. Mais cette effervescence culturelle se heurte à un État qui, malgré les apparences, reste méfiant envers toute forme d’autonomie intellectuelle.

La question des traditions, enfin, est révélatrice. Lounis Mehalla, vice-président de la coordination des zaouïas de Tizi-Ouzou, rappelle que la Kabylie « regorge de saints et de martyrs » – une manière de réaffirmer l’ancrage spirituel et historique de la région, face à un pouvoir central qui a souvent instrumentalisé l’islam ou la laïcité. Les zaouïas, ces confréries soufies, sont à la fois des gardiennes de la mémoire et des acteurs politiques discrets, capables de mobiliser des réseaux bien au-delà des mosquées officielles.

**Élections et démocratie : le théâtre des illusions**

L’élection présidentielle du 7 septembre 2024 s’annonce comme un non-événement. Abdelmadjid Tebboune, déjà donné vainqueur, se dirige vers un second mandat sans opposition crédible. Les déclarations des animateurs de campagne, rapportées par les médias, ressemblent à un monologue : personne ne croit vraiment à un changement. Pourtant, cette élection est symptomatique d’un système qui a appris à survivre en donnant l’illusion du choix.

La comparaison avec la France, où Sébastien Lecornu évoque un possible rejet du budget de la Sécurité sociale, est éclairante. Dans les deux pays, les institutions sont en crise de légitimité, mais les réponses diffèrent radicalement. En Algérie, le pouvoir mise sur la stabilité à tout prix, quitte à étouffer toute velléité de contestation. Le Hirak a été écrasé, ses figures emprisonnées ou réduites au silence, et la jeunesse, désabusée, se tourne vers l’émigration ou l’entrepreneuriat individuel.

Pourtant, cette stabilité est fragile. Les défis économiques (dépréciation du dinar, chômage des jeunes) et sociaux (discriminations, inégalités) sont des bombes à retardement. Le système algérien, comme le montre Frédéric Lordon dans ses analyses sur les régimes autoritaires, repose sur un équilibre précaire : il a besoin de croissance pour acheter la paix sociale, mais cette croissance est impossible sans réformes structurelles – qui, elles, menaceraient les intérêts des élites au pouvoir.

**L’Afrique subsaharienne : l’Algérie à la recherche d’un nouveau rôle**

L’Algérie regarde de plus en plus vers le sud, et ce n’est pas un hasard. Avec la crise économique et la chute des revenus pétroliers, le pays cherche de nouveaux débouchés. Faderco, avec ses ambitions continentales, ou les programmes de coopération agricole, illustrent cette stratégie. Mais cette ouverture se heurte à des réalités complexes : les relations avec les pays africains sont encore marquées par le souvenir de la guerre froide, quand l’Algérie soutenait les mouvements de libération (ANC, SWAPO) tout en maintenant des liens ambivalents avec des régimes autoritaires.

Le contraste est frappant entre cette volonté de rayonnement et les problèmes internes. Les articles sur les noyades en France, liés aux canicules, rappellent que l’Algérie reste un pays d’émigration, malgré les discours officiels sur la « stabilité retrouvée ». Les jeunes Algériens continuent de risquer leur vie pour rejoindre l’Europe, tandis que les élites économiques et politiques, elles, investissent en Afrique ou au Moyen-Orient.

Cette dichotomie entre discours et réalité est au cœur de la crise algérienne. Le pays se présente comme une puissance régionale, mais son économie dépend encore des hydrocarbures et de l’aide internationale. Il célèbre sa jeunesse, mais étouffe ses aspirations. Il revendique une souveraineté culturelle, mais censure les voix dissonantes.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie d’aujourd’hui est un pays en tension permanente, où les dynamiques de modernisation butent sur des structures rigides. Trois scénarios se dessinent pour l’avenir :

1. Le scénario de la stagnation contrôlée : le système actuel parvient à maintenir un équilibre précaire, en achetant la paix sociale avec les revenus pétroliers (quand ils sont hauts) et en réprimant toute contestation. C’est le scénario le plus probable à court terme, mais il est insoutenable à long terme, car il repose sur une économie de rente et une jeunesse de plus en plus désengagée.

2. Le scénario de l’effondrement : une crise économique majeure (chute brutale des prix du pétrole, hyperinflation) provoque des émeutes, comme en 1988. Le régime, incapable de se réformer, s’effondre ou est renversé par un coup d’État militaire. Ce scénario, bien que moins probable, n’est pas à exclure, surtout si les tensions sociales s’aggravent.

3. Le scénario de la transition chaotique : sous la pression de la rue, des réformes sont engagées (libéralisation économique, ouverture politique), mais elles sont mal maîtrisées et provoquent des crises en cascade (

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