Algérie ferme les bureaux de SOS Disparus malgré les protestations

Cette semaine, les autorités algériennes ont ordonné la fermeture et la mise sous scellés des locaux de l’association SOS Disparus, une organisation non gouvernementale qui documente les cas de disparitions forcées depuis les années 1990. L’annonce, relayée par l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a suscité une vague de réactions parmi les défenseurs des droits humains et les familles de disparus.

Une décision qui relance les tensions

Contacté par nos soins, un membre de l’association, qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, a déclaré : « Cette fermeture est un coup dur pour les familles. Nous étions l’un des derniers espaces où elles pouvaient encore se réunir et échanger des informations. » L’OMCT a qualifié cette mesure d’« atteinte grave au droit à la vérité et à la justice ».

Réactions des familles et des ONG

Amnesty International Algérie a également condamné la fermeture, la qualifiant de « recul inquiétant pour les droits humains ». Dans un tweet publié le 19 mars, l’ONG a appelé les autorités à « lever immédiatement cette mesure et à permettre à SOS Disparus de poursuivre son travail en toute indépendance ».

Contexte juridique flou

En 2023, plusieurs associations avaient déjà été visées par des mesures similaires. Parmi elles, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) avait vu ses locaux perquisitionnés, et son président, Saïd Salhi, avait été placé en détention provisoire avant d’être libéré sous contrôle judiciaire.

Un sujet sensible pour les autorités

Pour les familles, SOS Disparus représentait un dernier recours. « Sans eux, qui va nous écouter ? Qui va nous aider à retrouver nos proches ? », s’interroge Fatima, dont le frère a disparu en 1996. Elle fait partie des dizaines de familles qui se réunissaient régulièrement dans les locaux de l’association pour partager des informations et soutenir les nouvelles victimes.

Appels à la mobilisation

De son côté, l’Union européenne a été interpellée par des députés européens, qui ont demandé à la haute représentante Josep Borrell d’aborder la question lors de sa prochaine rencontre avec les autorités algériennes. « La fermeture d’une association qui lutte contre l’impunité est inacceptable », a déclaré l’eurodéputée française Marie Toussaint.

Que faire maintenant ?

Du côté des autorités, aucune réaction officielle n’a encore été enregistrée. Le ministère de l’Intérieur, habituellement prompt à commenter les décisions relatives aux associations, n’a pas répondu aux sollicitations de la presse. Une absence de réponse qui alimente les spéculations sur les motivations réelles de cette fermeture.

Un test pour les droits humains en Algérie

Pour les observateurs, cette décision sera un indicateur clé de la volonté réelle des autorités algériennes de tourner la page des violations passées. « Si SOS Disparus ne rouvre pas, cela enverra un message clair : l’Algérie n’est pas prête à affronter son histoire », estime un analyste des droits humains basé à Alger.

En attendant, les familles de disparus continuent leur combat, déterminées à ne pas laisser tomber dans l’oubli ceux qui ont été enlevés pendant les années de violence. « Tant qu’il y aura une famille qui cherche son enfant, nous continuerons à nous battre », conclut Fatima.

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