Revue de presse : Droits humains Algérie, Tourisme Algérie, Made in Algeria…

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité sous tension**

L’Algérie de 2025 se présente comme un kaléidoscope de contradictions, où chaque fragment d’actualité reflète une tension plus large entre héritage et ambition, entre verrouillage politique et velléités de rupture. Ces dix domaines, apparemment disjoints, dessinent en réalité les contours d’un pays en équilibre précaire : une nation qui cherche à s’affranchir de sa dépendance aux hydrocarbures tout en consolidant un État autoritaire, qui exporte des symboles culturels (comme El Mordjene) mais réprime les libertés fondamentales, et qui investit dans l’innovation technologique (jeux vidéo, IA) tout en luttant contre les pénuries d’eau et les effets du changement climatique.

Ce qui frappe, c’est l’absence de récit unifié. L’Algérie avance par à-coups, comme si chaque secteur évoluait dans une temporalité distincte : l’économie s’ouvre à l’Afrique et à la diversification, tandis que la société civile reste sous étroite surveillance ; les startups technologiques fleurissent, mais l’accès à l’eau potable se dégrade ; le tourisme culturel s’internationalise, mais les minorités religieuses subissent des restrictions. Ces décalages ne sont pas des accidents de parcours – ils révèlent une stratégie de contrôle par fragmentation, où l’État algérien maintient son emprise en compartimentant les dynamiques sociales et économiques.

**Droits humains et souveraineté : le prix de la stabilité**

Les rapports des ONG sur les droits humains en 2025, couplés à l’appel au pape Léon XIV pour défendre les libertés religieuses, illustrent une réalité algérienne qui oscille entre ouverture sélective et répression ciblée. Le régime de Tebboune a perfectionné une méthode déjà éprouvée sous Bouteflika : tolérer une certaine visibilité internationale (via le tourisme, les exportations, ou les partenariats économiques) tout en verrouillant les espaces de contestation.

La question religieuse est emblématique. Si l’Algérie se présente comme un pays « modéré » – accueillant des festivals comme celui de Bejaïa ou participant à la Foire Internationale d’Alger –, elle maintient une législation restrictive sur les cultes non musulmans. Le paradoxe est saisissant : alors que El Mordjene, une pâte à tartiner algérienne, conquiert les marchés européens (avant d’être interdite pour des raisons sanitaires controversées), les chrétiens algériens peinent à obtenir des lieux de culte. Cette schizophrénie n’est pas fortuite. Elle permet à l’État de jouer sur deux tableaux : exporter une image de modernité tout en instrumentalisant la religion comme outil de cohésion nationale.

Pourtant, cette stratégie a un coût. Les appels du Vatican et des ONG ne sont pas que symboliques – ils révèlent une faille dans le discours officiel. L’Algérie ne peut plus se contenter de brandir la menace terroriste ou la « stabilité » pour justifier ses restrictions. À l’ère des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu, la répression des libertés devient un frein à son attractivité économique. Comment attirer les investisseurs étrangers quand les rapports d’Amnesty International ou de Human Rights Watch pointent des arrestations arbitraires ? Comment vendre l’Algérie comme une destination touristique « sûre » quand les minorités y sont discriminées ?

**Économie : la diversification, ou l’art de courir sans avancer**

La diversification économique est le mantra des autorités algériennes depuis des décennies. Les actualités récentes en donnent une illustration frappante : accords sur les jeux vidéo, partenariats miniers avec la Suisse, exploitation optimale du secteur minier, ou encore la présence de Samsung à la Foire d’Alger. Pourtant, derrière ces annonces se cache une réalité moins reluisante : l’Algérie reste prisonnière d’un modèle rentier, où les hydrocarbures représentent encore 90 % des exportations.

Le cas des jeux vidéo est symptomatique. Le ministère de la Jeunesse et la CDG (Caisse des Dépôts et Consignations) signent un accord pour développer l’industrie locale, tandis que le Maroc, voisin et concurrent, mise sur des startups « licornes ». Où est l’Algérie dans cette course ? Elle en est encore à poser les premières pierres, alors que le Maroc a déjà structuré un écosystème (via des incubateurs, des fonds d’investissement, et une fiscalité avantageuse). Pire, l’accord avec Qene Games pour distribuer des jeux en Éthiopie via Ethio Telecom révèle une approche opportuniste, sans vision long terme. L’Algérie veut exporter, mais sans construire les infrastructures nécessaires à une industrie durable.

Même constat pour les mines. Mourad Hanifi, nouveau ministre, parle de « cadre modernisé » et d’ »exploitation optimale », mais les annonces restent vagues. Où sont les investissements massifs dans les terres rares, pourtant cruciales pour la transition énergétique ? Où sont les partenariats avec des acteurs internationaux pour extraire et transformer ces ressources ? L’Algérie a les moyens de devenir un acteur clé du secteur, mais elle se contente de discours.

Le vrai problème n’est pas technique – c’est politique. La diversification suppose de lâcher prise sur certains secteurs, d’autoriser des acteurs privés à émerger, et de tolérer une certaine concurrence. Or, l’État algérien, habitué à contrôler l’économie via les entreprises publiques (Sonatrach, Sonelgaz, etc.), rechigne à cette libéralisation. Résultat : les initiatives restent timides, les investisseurs étrangers hésitent, et le pays continue de dépendre des revenus pétroliers.

**Eau et climat : le compte à rebours a commencé**

L’Algérie est en première ligne du changement climatique. Les pénuries d’eau potable, les discours du Trône sur la « gestion des défis », et les prix décernés aux villages les plus propres (comme Aït Bouhini) masquent une crise bien plus profonde. Le pays subit une désertification accélérée, des nappes phréatiques surexploitées, et des infrastructures vieillissantes. Pourtant, les solutions tardent à venir.

Le cas de l’eau est révélateur. Les autorités reconnaissent le « défi national » pour 2026, mais les mesures annoncées restent cosmétiques : sensibilisation à l’économie d’eau, réparation des fuites, etc. Où sont les grands projets de dessalement, comme ceux lancés en Arabie Saoudite ou en Israël ? Où sont les investissements dans les technologies de recyclage des eaux usées ? L’Algérie a les moyens financiers (grâce au gaz), mais elle manque de volonté politique.

Le changement climatique aggrave ces tensions. Les prix décernés aux villages « les plus propres » sont une goutte d’eau dans l’océan. La découverte des hominidés d’Ain Hanech rappelle que l’Algérie a toujours été un carrefour écologique – mais aujourd’hui, elle est menacée par la désertification et la raréfaction des ressources. Le pays a besoin d’une stratégie globale, intégrant adaptation climatique, gestion de l’eau, et transition énergétique. Or, ces enjeux sont traités en silos, sans coordination.

**Tourisme et soft power : l’Algérie vend son image, mais à quel prix ?**

Le tourisme algérien est en pleine mutation. Les festivals (comme celui de Bejaïa), les expositions (comme celle des Rencontres d’Arles), et les projets culturels (Paradise Beach Club) montrent une volonté de séduire les visiteurs internationaux. Pourtant, cette ouverture reste superficielle.

D’un côté, l’Algérie mise sur son patrimoine culturel et naturel pour attirer les touristes. De l’autre, elle maintient des restrictions qui sapent cette attractivité : visas difficiles à obtenir, surveillance accrue des étrangers, et surtout, une image internationale ternie par les rapports sur les droits humains. Comment expliquer cette dissonance ?

Le tourisme est un enjeu de soft power. L’Algérie veut montrer qu’elle est un pays stable, moderne, et ouvert – mais sans remettre en cause les fondements de son système politique. C’est une stratégie risquée. Les touristes, surtout les jeunes et les classes moyennes européennes, sont de plus en plus sensibles aux questions éthiques. Un festival de musique à Bejaïa ne suffira pas à effacer les images des manifestations réprimées ou des journalistes emprisonnés.

Pire, cette approche crée une forme de tourisme « sous cloche » : les visiteurs sont cantonnés à des espaces sécurisés (hôtels, sites archéologiques, festivals), sans véritable interaction avec la société algérienne. C’est le contraire de ce que font des pays comme le Maroc ou la Tunisie, qui misent sur un tourisme intégré, où les visiteurs peuvent découvrir la vie locale.

**Médias et transition numérique : entre contrôle et innovation**

Les médias algériens reflètent cette ambivalence. D’un côté, le gouvernement parle d’ »économie circulaire », de « lutte contre la fraude », et de « sensibilisation à l’écocivisme ». De l’autre, il maintient un contrôle strict sur l’information, via la censure, les poursuites judiciaires, et la mainmise sur les médias publics.

Le cas de la collecte des cahiers et livres usagés est révélateur. L’État encourage les initiatives écologiques, mais sans permettre aux citoyens de s’organiser librement. Les associations indépendantes sont souvent bloquées, tandis que les campagnes officielles sont menées par des institutions étatiques. Résultat : l’écocivisme reste un slogan, sans véritable appropriation par la société.

La transition numérique est un autre exemple. Le ministre de l’Éducation fait un bilan avant le bac, vantant les progrès du numérique. Pourtant, l’Algérie est en retard sur la digitalisation de son administration, et les startups technologiques peinent à émerger. Pourquoi ? Parce que l’innovation suppose un écosystème ouvert, où les idées circulent librement – ce que l’État algérien refuse.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie de 2025 est un pays en suspens. Elle a les atouts pour devenir une puissance régionale : des ressources naturelles abondantes, une jeunesse éduquée, une position géostratégique entre l’Afrique et l’Europe, et une culture riche. Pourtant, elle reste prisonnière de ses contradictions.

Trois scénarios se dessinent pour l’avenir :

1. Le statu quo autoritaire : L’État maintient son contrôle sur l’économie et la société, en misant sur des réformes cosmétiques (tourisme, diversification partielle, partenariats internationaux). Les revenus des hydrocarbures permettent de financer des projets phares (comme la Foire d’Alger), mais sans véritable transformation structurelle. Les tensions sociales s’aggravent, et le pays reste vulnérable aux chocs externes (baisse des prix du pétrole, crises climatiques).

2. La rupture par le haut : Une élite réformiste, issue de l’armée ou du FLN, impose une libéralisation contrôlée. L’Algérie s’ouvre aux investissements étrangers, développe ses secteurs miniers et technologiques, et améliore son image internationale. Mais cette ouverture reste limitée, pour éviter de menacer le pouvoir en

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