Revue de presse : Droits humains Algérie, Algérie Afrique subsaharienne, Banque Algérie…

**L’Algérie, ou l’équilibre impossible entre souveraineté et dépendance**

**Le gaz, ce fil d’Ariane qui relie (et étrangle) l’Algérie**

La contradiction est flagrante : comment prétendre à une souveraineté alimentaire (objectif : 71 millions de quintaux de céréales) quand le budget de l’État dépend encore des caprices des cours du baril ? Les 3 millions de tonnes annoncées pour le Sud algérien sont une prouesse technique, mais aussi un aveu : sans les recettes gazières, ces projets pharaoniques (barrages, périmètres irrigués) seraient impossibles. L’Algérie est comme un joueur de poker qui mise tout sur une seule carte, tout en jurant qu’il diversifie son jeu.

**Droits humains : la schizophrénie d’un État entre prestige et répression**

Cette schizophrénie n’est pas nouvelle. Elle rappelle l’époque où l’Algérie, championne des luttes anticoloniales, soutenait les mouvements de libération tout en réprimant ses propres dissidents. Aujourd’hui, le discours a changé, mais la méthode reste : on brandit le drapeau de la souveraineté pour justifier l’arbitraire. Les migrants subsahariens en sont les premières victimes, traités en variables d’ajustement d’une diplomatie qui oscille entre pan-africanisme de façade et xénophobie d’État.

Et que dire des États-Unis, qui donnent des leçons de démocratie tout en parquant des migrants en Floride dans des « conditions abusives » ? L’Algérie, en miroir, se drape dans sa dignité retrouvée pour mieux ignorer ses propres zones d’ombre. La question n’est pas de savoir si ces contradictions éclateront, mais quand.

**La culture et le sport : les nouveaux champs de bataille de la soft power**

Pourtant, derrière cette effervescence, se cache une réalité moins glorieuse : le sport et la culture sont des dérivatifs. Quand l’équipe nationale de football joue la « catastrophe nationale » en cas de défaite contre la Tanzanie, c’est toute la pression d’un pays qui se reporte sur onze hommes en short. L’Algérie, comme beaucoup de nations, utilise le sport pour canaliser les frustrations sociales. Mais jusqu’à quand ? Les athlètes algériens, eux, savent bien que leur succès ne change rien aux expulsions de migrants ou aux restrictions des libertés.

**La course aux armements : quand l’Algérie joue à qui perd gagne**

Mais cette escalade a un coût. D’abord, économique : à quoi bon dépenser des milliards en armements quand les hôpitaux manquent de matériel et que les céréaliers peinent à atteindre l’autosuffisance ? Ensuite, géopolitique : en s’alignant sur la Russie (malgré les sanctions), l’Algérie prend le risque de s’aliéner l’Europe, son premier partenaire économique. Enfin, symbolique : comment justifier ces dépenses pharaoniques quand des réfugiés algériens sont expulsés vers des pays en crise ?

La réponse est cynique, mais réaliste : l’Algérie joue la carte de la dissuasion. Comme pendant la guerre froide, elle mise sur une armée forte pour négocier en position de force. Mais dans un monde où les conflits se gagnent autant par les drones que par les chars, cette stratégie a-t-elle encore un sens ?

**L’agriculture : le mirage de l’autosuffisance**

D’abord, parce que l’agriculture algérienne reste dépendante des aléas climatiques (sécheresses, désertification) et des subventions étatiques, financées par… le gaz. Ensuite, parce que le modèle productiviste algérien est calqué sur celui de l’UE, avec ses engrais, ses OGM et ses monocultures, alors que le pays aurait tout à gagner à promouvoir une agriculture résiliente et locale.

Enfin, et c’est le plus ironique : l’Algérie importe encore massivement des céréales, notamment de France. Comment expliquer cette contradiction ? Par le fait que l’autosuffisance est un leurre tant que l’économie reste dépendante des hydrocarbures. Tant que le gaz paiera les factures, l’agriculture restera un secteur secondaire, malgré les discours.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. Le scénario « Souveraineté renforcée » :
– L’Algérie réussit sa transition énergétique (solaire, hydrogène) et réduit sa dépendance au gaz.
– Elle diversifie son économie (agriculture, industrie, tech) et devient un hub africain.
– Elle maintient une armée forte pour peser en Méditerranée et au Sahel.
Risque : Si la transition échoue, le pays pourrait sombrer dans une crise sociale majeure.

2. Le scénario « Dépendance assumée » :
– L’Algérie reste accrochée à sa rente gazière, mais en la monétisant mieux (contrats longs avec l’Europe, partenariats avec la Chine).
– Elle utilise sa position géopolitique pour négocier des contreparties (aide au développement, transferts de technologie).
Risque : À la merci des cours du baril et des crises internationales.

3. Le scénario « Explosion sociale » :
– Les contradictions (chômage des jeunes, répression, inégalités) finissent par éclater.
– Le pays entre dans une période d’instabilité, comme en 2019, mais en pire.
Risque : Une intervention militaire ou un basculement autoritaire.

Le plus probable ? Un mélange des trois.
L’Algérie a les moyens de réussir, mais elle doit choisir : veut-elle être un pays souverain, ou un État rentier qui se contente de gérer sa dépendance ? La réponse déterminera si, dans dix ans, on parlera d’elle comme d’un modèle africain… ou comme d’un nouveau Venezuela.

Une chose est sûre : l’Algérie ne peut plus danser éternellement sur son volcan. Un jour, il faudra choisir entre la mélodie et le feu.

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