Revue de presse : Diversification économique Algérie, Recherche médicale Algérie, Médias Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de la quadrature du cercle**

Ces paradoxes ne sont pas des accidents de parcours, mais les symptômes d’un modèle algérien en crise existentielle : celui d’un État-entreprise qui, après soixante ans d’indépendance, peine à passer du statut de rentier pétrolier à celui de puissance productive, tout en maintenant un contrôle social strict. Les fils rouges qui traversent ces actualités sont autant de lignes de faille : la question de la jeunesse, celle de la légitimité du pouvoir, et l’éternel débat entre ouverture et repli.

**La diversification économique : le mirage des ports et des formations**

D’abord, la formation professionnelle, censée fournir une main-d’œuvre qualifiée pour ces nouveaux secteurs. Les journées d’étude sur le sujet révèlent une réalité crue : le système éducatif algérien, malgré des progrès (le taux d’analphabétisme est passé à 7,4%), reste prisonnier d’une logique bureaucratique. Les besoins des entreprises – notamment dans les filières sous-marines, que la Tunisie développe avec succès – ne sont pas alignés sur les programmes scolaires. Pire, la formation continue, pourtant cruciale pour une économie en mutation, reste un luxe réservé à une minorité (contrairement à l’Europe, où 50% des salariés y ont accès). Comment espérer une transition industrielle quand l’État peine à réformer son propre appareil éducatif ?

Ensuite, la logique rentière persiste. Les ports algériens, comme celui de Djen Djen, sont souvent perçus comme des outils de contrôle politique plutôt que des leviers de compétitivité. Les contrats d’infrastructure sont attribués à des entreprises proches du pouvoir, reproduisant les schémas de clientélisme qui étouffent l’initiative privée. La diversification économique exige une rupture avec ces pratiques, mais l’État algérien, qui tire encore 90% de ses recettes des hydrocarbures, semble incapable de cette mue. Le paradoxe est saisissant : on parle de « hub logistique » alors que le dinar s’effondre et que les réserves de change fondent.

**Santé et finance islamique : entre partenariats étrangers et conservatisme local**

Dans le même temps, la finance islamique gagne du terrain (6% du marché bancaire, avec 900 milliards de dinars de dépôts). Les sénateurs algériens saluent cette expansion, présentée comme une alternative éthique au système conventionnel. Pourtant, cette croissance masque une réalité moins reluisante : la finance islamique algérienne est largement contrôlée par des banques publiques, et ses produits (sukuk, mourabaha) servent souvent à financer des projets d’État plutôt qu’à dynamiser le secteur privé. Le paradoxe est frappant : alors que l’Algérie cherche à attirer des investissements étrangers, elle développe un système bancaire qui, sous couvert de conformité religieuse, renforce le contrôle de l’État sur l’économie.

Cette tension entre ouverture et repli se retrouve dans le domaine médical. Les partenariats avec l’Espagne pourraient permettre des avancées en recherche clinique, mais ils butent sur les résistances conservatrices. Les débats sur l’avortement ou les droits des femmes, par exemple, montrent que la modernisation scientifique ne va pas de pair avec une évolution sociétale. L’Algérie reste ainsi prisonnière d’un double discours : elle veut être un acteur régional en santé, mais refuse de s’attaquer aux tabous qui freinent son développement.

**Médias et société civile : la guerre des clans et le contrôle des corps**

Face à cette opacité, la société civile tente de résister. Le taux d’analphabétisme en baisse (7,4%) est présenté comme une victoire, mais il cache une réalité plus sombre : l’éducation reste un instrument de contrôle social. Les « cellules d’animation et de suivi » des examens nationaux, ordonnées par le ministre de l’Éducation, rappellent les méthodes bureaucratiques des années 1980. Quant à l’École des Cadets de l’ANP, elle incarne une autre facette de l’État algérien : former une élite militaire pour perpétuer le système, plutôt que de préparer la jeunesse à des défis économiques.

Les droits des femmes sont un autre terrain de bataille. L’engagement collectif en leur faveur, célébré par les autorités, contraste avec les réalités quotidiennes. Les femmes algériennes, comme le montre l’exemple de celles qui s’émancipent par la maîtrise du français en France, sont souvent contraintes à l’exil pour échapper aux carcans sociaux. Le code de la famille, toujours discriminatoire, et les violences faites aux femmes (plus de 7 000 cas signalés en 2023) rappellent que l’Algérie reste un pays où le patriarcat est institutionnalisé. La modernisation économique et technologique ne s’accompagne pas d’une modernisation des mentalités.

**Patrimoine et urbanisme : réinventer l’identité nationale**

Le projet de « logement pour tous », par exemple, se heurte à la réalité des prix de construction (en hausse de 30% en 2024) et à l’absence de planification urbaine cohérente. Les extensions du métro d’Alger, vers l’aéroport et Baraki, sont présentées comme des symboles de modernité, mais elles masquent l’absence de transports en commun dans les villes secondaires. L’urbanisme algérien reste prisonnier d’une logique de vitrine : on construit des infrastructures pharaoniques (comme le Grand Mosquée d’Alger) pour impressionner, mais on néglige les besoins quotidiens des citoyens.

Cette dichotomie entre patrimoine et modernité se retrouve dans la transplantation culturelle des Algériens en France, analysée à travers le prisme de Garrett Jones. L’immigration algérienne en Europe est souvent perçue comme une perte pour le pays, mais elle pourrait aussi être une chance : ces diasporas, formées à l’étranger, pourraient apporter des compétences et des investissements. Pourtant, l’État algérien, méfiant envers ses expatriés, préfère les instrumentaliser (via la Grande Mosquée de Paris, accusée de faire campagne pour le régime) plutôt que de les intégrer dans une stratégie de développement.

**Partis politiques : la présidentielle, ou l’illusion du choix**

La Grande Mosquée de Paris, accusée de soutenir le pouvoir en place, illustre cette stratégie de contrôle des voix critiques. En France, les débats sur l’Algérie sont souvent réduits à des clichés (nostalgie coloniale, islam politique), mais ils révèlent une réalité plus profonde : l’Algérie est un pays où la politique est dépolitisée. Les partis d’opposition, affaiblis par des années de répression, peinent à proposer un projet alternatif. Le FLN et le RND, piliers du système, ne sont plus que des coquilles vides, tandis que les mouvements islamistes, comme le MSP, sont cantonnés à un rôle de figurants.

Dans ce contexte, la présidentielle de 2024 ressemble à un plébiscite déguisé. Le régime mise sur l’apathie politique et la peur du chaos pour assurer sa survie. Pourtant, cette stratégie est risquée : en l’absence de renouvellement, l’Algérie pourrait basculer dans une crise de légitimité, comme en 2019 avec le Hirak.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

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