Le Salon international de l’agriculture (SIA), qui s’est tenu récemment à Alger, a servi de vitrine pour les efforts déployés par l’Algérie en matière de production nationale, de qualité et d’innovation. Selon horizons.dz, cet événement a permis de mettre en lumière les avancées réalisées par les acteurs locaux, tout en soulignant les défis persistants dans des secteurs clés comme l’agroalimentaire, l’industrie et les services.
Un rendez-vous stratégique pour l’économie nationale
Le SIA 2024, organisé sous l’égide du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, a rassemblé plus de 300 exposants, dont une majorité d’entreprises algériennes. Parmi les participants figuraient des géants publics comme la Société nationale des semences (SNSEM) et l’Office national des aliments du bétail (ONAB), ainsi que des acteurs privés tels que Cevital, Condor ou encore la fromagerie Tchin-Lait. Ces entreprises ont présenté des produits locaux allant des céréales aux produits laitiers, en passant par des solutions technologiques pour l’irrigation et la transformation des denrées.
Le ministre de l’Agriculture, Youcef Cherfa, a souligné lors de l’inauguration que ce salon s’inscrivait dans la continuité des politiques publiques visant à réduire la dépendance aux importations. « L’Algérie dispose d’un potentiel agricole considérable, mais il faut désormais le valoriser par l’innovation et la qualité », a-t-il déclaré. Cette volonté s’aligne sur les objectifs du Plan national de développement agricole (PNDA) 2020-2024, qui vise à accroître la production locale et à améliorer la compétitivité des filières stratégiques.
Des innovations pour moderniser les filières
Plusieurs exposants ont mis en avant des technologies et des procédés innovants pour répondre aux enjeux de productivité et de durabilité. La SNSEM, par exemple, a présenté des variétés de semences résistantes à la sécheresse, développées en collaboration avec des centres de recherche algériens. Ces semences, adaptées aux conditions climatiques du pays, pourraient permettre d’augmenter les rendements tout en réduisant les besoins en eau.
Dans le secteur laitier, des entreprises comme Tchin-Lait et Soummam ont dévoilé des gammes de produits enrichis en vitamines et en probiotiques, répondant ainsi aux attentes des consommateurs en matière de santé et de qualité. Ces initiatives s’accompagnent d’investissements dans des unités de production modernes, conformes aux normes internationales. « Nous avons obtenu des certifications ISO et HACCP pour nos usines, ce qui nous permet d’exporter vers des marchés exigeants comme l’Europe ou le Moyen-Orient », a expliqué un responsable de Tchin-Lait.
L’industrie agroalimentaire n’est pas en reste. Des groupes comme Cevital et Groupe Benamor ont présenté des solutions pour la transformation des produits agricoles, notamment dans les domaines de la conserve, des boissons et des produits surgelés. Ces entreprises misent sur l’automatisation et la digitalisation pour optimiser leurs chaînes de production, tout en créant des emplois qualifiés.
Les défis de la compétitivité et de l’export
Malgré ces avancées, les acteurs du secteur reconnaissent que des obstacles subsistent. Le directeur général de l’ONAB, Mohamed Benahmed, a pointé du doigt les difficultés liées à la logistique et à la distribution, qui pénalisent les producteurs locaux. « Nos produits sont de qualité, mais nous devons encore améliorer les infrastructures pour les acheminer vers les marchés nationaux et internationaux », a-t-il affirmé. La question des coûts de production reste également un enjeu majeur, notamment en raison de la fluctuation des prix des intrants et de l’énergie.
Par ailleurs, la concurrence des produits importés, souvent moins chers, constitue un frein pour les entreprises algériennes. Pour y remédier, le gouvernement a renforcé les mesures de protection, comme les droits de douane sur certains produits agricoles, tout en encourageant les partenariats public-privé. « Nous travaillons avec les banques pour faciliter l’accès au financement des PME agroalimentaires, afin qu’elles puissent moderniser leurs outils de production », a indiqué un responsable du ministère du Commerce.
Un levier pour l’emploi et la souveraineté alimentaire
Au-delà des aspects économiques, le SIA 2024 a également mis en avant le rôle de la production nationale dans la création d’emplois et la souveraineté alimentaire. Selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, le secteur agricole emploie près de 2 millions de personnes en Algérie, soit environ 20 % de la population active. Les filières comme l’élevage, l’horticulture et la transformation agroalimentaire offrent des opportunités pour les jeunes et les femmes, notamment dans les zones rurales.
Des initiatives comme le programme « Un million d’hectares » ou le soutien aux coopératives agricoles visent à dynamiser ces territoires et à réduire les disparités régionales. « Nous formons des agriculteurs aux techniques modernes et nous les accompagnons dans la commercialisation de leurs produits », a expliqué le directeur d’une coopérative basée à Tizi Ouzou. Ces efforts s’inscrivent dans une stratégie plus large de diversification économique, alors que le pays cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures.
Un appel à la collaboration entre acteurs publics et privés
Le salon a également été l’occasion de souligner l’importance de la collaboration entre les différents acteurs du secteur. Des tables rondes ont été organisées pour discuter des moyens de renforcer les liens entre les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et les institutions publiques. « La réussite de notre modèle économique passe par une meilleure coordination entre tous les maillons de la chaîne de valeur », a souligné un représentant de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI).
Parmi les pistes évoquées figurent le développement de plateformes numériques pour faciliter les échanges entre producteurs et acheteurs, ainsi que la création de pôles d’excellence spécialisés dans l’innovation agricole. Des partenariats avec des universités et des centres de recherche, comme l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA), sont également envisagés pour accélérer le transfert de technologies.
En conclusion, le SIA 2024 a confirmé que l’Algérie dispose d’atouts majeurs pour développer une production nationale compétitive et innovante. Cependant, la concrétisation de ces ambitions dépendra de la capacité des acteurs publics et privés à surmonter les défis structurels, tout en capitalisant sur les opportunités offertes par les nouvelles technologies et les marchés internationaux. Comme l’a rappelé le ministre Youcef Cherfa, « la qualité et l’innovation doivent devenir les piliers de notre économie, pour garantir une croissance durable et inclusive ».