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**L’Algérie, un État en tension permanente entre puissance et précarité**
L’Algérie contemporaine se débat dans une dialectique schizophrène : d’un côté, une volonté affichée de s’affirmer comme acteur géostratégique incontournable, de l’autre, une société civile qui gronde sous le poids des contradictions internes. Les actualités de ces dernières semaines dessinent le portrait d’un pays où le militaro-industriel côtoie l’artisanat touristique, où les drones russes survolent des bidonvilles inondés, et où les startups naissantes peinent à émerger dans un écosystème encore dominé par les rentes pétrolières et les logiques clientélistes.
Cette revue de presse n’est pas un simple inventaire d’événements disparates, mais une radiographie des forces centrifuges qui travaillent l’Algérie. Derrière les communiqués officiels et les déclarations d’intention se cachent des dynamiques profondes : la quête d’une souveraineté énergétique et militaire, la résistance des femmes face à un patriarcat institutionnalisé, l’urgence climatique qui révèle l’impuissance des infrastructures, et l’émergence timide d’une économie de la connaissance. Autant de fronts qui, loin d’être cloisonnés, s’entrelacent pour former le nœud gordien de l’Algérie post-Bouteflika.
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**La souveraineté par les armes : l’Algérie dans le jeu des puissances**
L’Algérie a fait le choix stratégique de s’arrimer à l’axe Moscou-Minsk, comme en témoignent les exercices militaires Zapad-2025 et l’escale du croiseur russe Admiral Grigorovich à Oran. Ces manœuvres ne sont pas anodines : elles s’inscrivent dans une logique de rééquilibrage face à l’OTAN, perçue comme une menace existentielle depuis l’intervention en Libye et le soutien occidental au Maroc dans le dossier sahraoui. Pour Alger, la coopération militaire avec la Russie n’est pas seulement une question de matériel (drones, systèmes anti-aériens S-400), mais une affirmation de sa doctrine de « non-alignement actif ».
Pourtant, cette posture géopolitique a un coût. D’abord, économique : l’Algérie dépense près de 10 milliards de dollars par an en armement, soit environ 5% de son PIB, une somme colossale pour un pays où 30% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Ensuite, diplomatique : en s’affichant comme le partenaire privilégié de la Russie en Afrique du Nord, Alger s’expose aux sanctions occidentales et aux pressions de l’UE, notamment sur les questions migratoires et énergétiques. Enfin, symbolique : cette militarisation à outrance contraste avec l’image d’une Algérie en quête de soft power, via son artisanat, son cinéma ou ses startups.
Le paradoxe est saisissant : alors que l’armée algérienne parade avec ses alliés slaves, le pays peine à sécuriser ses propres frontières urbaines, comme l’ont révélé les inondations catastrophiques de l’hiver 2024. La souveraineté se mesure-t-elle en chars et en drones, ou en digues solides et en réseaux d’assainissement fonctionnels ? La question reste ouverte.
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**Infrastructures : le miroir brisé de l’État algérien**
Les inondations qui ont frappé plusieurs wilayas en décembre dernier ont agi comme un révélateur des failles structurelles de l’Algérie. Sous les eaux, ce n’est pas seulement l’anarchie urbaine qui a émergé, mais bien la corruption systémique qui gangrène les chantiers publics. Les rapports officiels pointent du doigt les permis de construire illégaux, les matériaux de mauvaise qualité et les détournements de fonds, tandis que les citoyens, eux, dénoncent l’absence de planification et l’impunité des responsables.
Ce désastre n’est pas seulement technique, il est politique. Il illustre l’échec d’un modèle de développement fondé sur la rente pétrolière et la redistribution clientéliste, plutôt que sur l’investissement productif. Les infrastructures algériennes – routes, barrages, réseaux électriques – sont conçues pour des besoins immédiats, sans vision à long terme. Résultat : le pays est à la fois suréquipé (autoroutes vides, aéroports sous-utilisés) et sous-équipé (hôpitaux saturés, transports en commun défaillants).
La question climatique aggrave cette crise. La Méditerranée, dont l’Algérie est riveraine, se réchauffe 20% plus vite que la moyenne mondiale, entraînant des épisodes météorologiques extrêmes. Or, l’État algérien semble incapable d’anticiper ces défis. Les projets d’adaptation (désimperméabilisation des sols, végétalisation urbaine) restent marginaux, tandis que les grands travaux pharaoniques (comme la Grande Mosquée d’Alger) absorbent des budgets colossaux sans retour sur investissement.
Dans ce contexte, le tourisme, présenté comme un secteur d’avenir, apparaît comme une fuite en avant. Comment attirer des visiteurs dans un pays où les infrastructures de base (eau potable, électricité, routes) sont défaillantes ? La ministre du Tourisme, Houria Meddahi, vante les mérites des guides touristiques comme « vitrine de l’Algérie », mais une vitrine ne suffit pas quand le bâtiment derrière est en ruine.
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**Féminismes algériens : entre avancées symboliques et régression islamiste**
L’Algérie est le théâtre d’une bataille culturelle majeure autour des droits des femmes. D’un côté, le pouvoir célèbre le rôle des Algériennes dans la guerre d’indépendance (comme en témoigne l’hommage rendu par Nasri), de l’autre, les islamistes et les conservateurs tentent de rogner leurs acquis. Le dernier épisode en date ? La remise en cause du code de la famille, déjà l’un des plus rétrogrades du monde arabe, qui maintient les femmes sous tutelle masculine.
Les médias jouent un rôle ambigu dans cette guerre des représentations. Certains titres, comme l’article sur la « peur des hommes d’être dépassés », essentialisent le sexisme en le réduisant à une question de rivalité entre genres, sans interroger les structures patriarcales qui le sous-tendent. D’autres, comme l’enquête sur l’ethnoracialisation du sexisme, pointent du doigt les mécanismes de domination qui traversent la société algérienne, notamment la stigmatisation des femmes berbères ou issues des classes populaires.
Pourtant, malgré ces reculs, le féminisme algérien résiste. Des figures comme Lydia Saidi, dont l’appartement est devenu un symbole de l’autonomie féminine, incarnent cette lutte. La littérature, elle aussi, porte cette voix. Ghita El Khyari, dont les déclarations sur le lien entre littérature et politique ont fait grand bruit, rappelle que l’écriture est un acte de résistance. Ses romans, qui mêlent intimité et engagement, sont autant de manifestes contre l’ordre moral dominant.
Mais cette résistance se heurte à un mur : celui de l’État, qui instrumentalise les droits des femmes quand cela l’arrange (pour se donner une image progressiste à l’international), mais les sacrifie dès qu’il s’agit de composer avec les islamistes. La loi sur les violences faites aux femmes, adoptée en 2015, reste largement inappliquée, faute de moyens et de volonté politique. Dans ce contexte, le féminisme algérien est condamné à une guérilla permanente, entre avancées symboliques et régressions concrètes.
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**Énergie et startups : les deux visages de la transition algérienne**
L’Algérie est assise sur un paradoxe énergétique : elle possède l’un des plus grands gisements de gaz au monde, mais son modèle économique reste prisonnier de la rente fossile. Pourtant, les signes d’une transition timide se multiplient. Le pays vise 3 000 MW d’énergie solaire d’ici 2026, une ambition qui s’inscrit dans une dynamique africaine plus large (l’Afrique détient 60% du potentiel solaire mondial). Mais ces projets se heurtent à deux obstacles majeurs : la corruption, qui détourne les fonds alloués aux énergies renouvelables, et la dépendance au gaz, qui rend toute transition douloureuse pour les finances publiques.
Dans le même temps, l’Algérie tente de diversifier son économie en misant sur les startups. Le lancement de l’évaluation des incubateurs d’entreprises pour 2026 et l’obligation faite aux grandes entreprises d’innover sont des signaux encourageants. Pourtant, cet écosystème reste fragile. Les startups algériennes souffrent d’un manque de financement, d’un cadre juridique flou et d’une culture entrepreneuriale encore balbutiante. Pire, elles sont souvent perçues comme des alibis par un pouvoir qui cherche à donner l’illusion d’une économie dynamique, sans remettre en cause les structures oligarchiques qui étouffent toute initiative privée.
Cette schizophrénie se retrouve dans le commerce. Alors que l’Algérie importe massivement des produits alimentaires (les pommes européennes, par exemple, voient leurs prix flamber), le pays peine à développer une agriculture locale compétitive. Les exemples étrangers, comme celui de la Guadeloupe, montrent les limites du « produire local » quand les infrastructures et les subventions manquent. En Algérie, la rente pétrolière a tué l’agriculture, et aujourd’hui, le pays paie le prix de cette dépendance.
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**Culture et presse : les champs de bataille de la mémoire et de la vérité**
La culture algérienne est en ébullition, mais cette effervescence cache une profonde crise de sens. Le Festival du cinéma russe à Alger et la projection de Pour une poignée de sable au Festival international du film arabe d’Oran sont des manifestations d’un soft power en construction. Pourtant, ces événements restent confinés à des cercles élitistes, loin des préoccupations quotidiennes des Algériens. La ministre du Tourisme vante l’artisanat comme « vitrine de l’Algérie », mais cette vitrine est souvent une façade : derrière les poteries et les tapis se cache une industrie informelle, peu protégée et mal valorisée.
La presse, elle, est prise en étau entre la censure et l’autocensure. Les sujets sensibles (corruption, droits humains, islam politique) sont rarement traités en profondeur. Les médias algériens préfèrent souvent relayer les communiqués officiels ou s’intéresser à des sujets consensuels, comme les portraits de femmes illustres. Pourtant, des voix critiques émergent, notamment dans la presse en ligne, où des journalistes comme Lydia Saidi tentent de faire entendre une autre parole.
Cette tension entre conformisme et subversion se retrouve dans la littérature. Ghita El Khyari affirme que « la littérature et la réalité politique ne sont pas deux mondes séparés ». Ses romans, qui explorent les traumatismes de la guerre civile et les contradictions de la société algérienne, sont des actes de résistance. Mais la littérature algérienne reste marginalisée, tant par les institutions que par le public. Les librairies ferment, les subventions manquent, et les auteurs peinent à vivre de leur plume. Dans un pays où l’oralité domine encore, l’écrit est un combat.
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