Le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a reçu en audience le général Jean Bosco Kazura, chef d’état-major de la Défense de la République du Rwanda, a annoncé le ministère de la Défense nationale (MDN) dans un communiqué publié récemment. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des échanges militaires bilatéraux que l’Algérie entretient avec plusieurs pays africains, renforçant ainsi sa position stratégique sur le continent.
La visite du général Kazura intervient dans un contexte marqué par une intensification des relations entre Alger et Kigali. Selon le communiqué du MDN, les deux responsables ont discuté des « voies et moyens de renforcer la coopération militaire et sécuritaire » entre leurs armées respectives. Aucun détail précis sur les accords éventuels n’a été révélé, mais cette rencontre confirme la volonté des deux pays de consolider leurs liens dans le domaine de la défense.
L’Algérie, qui dispose d’une des armées les plus puissantes d’Afrique, a multiplié ces dernières années les partenariats militaires avec des pays du continent. En 2024, elle a notamment signé des accords de coopération avec le Mali, le Niger et la Mauritanie, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Le Rwanda, de son côté, s’est imposé comme un acteur clé en Afrique centrale et orientale, notamment grâce à sa participation active aux missions de maintien de la paix et à son rôle dans la stabilisation de la région des Grands Lacs.
Une coopération axée sur la formation et l’industrie de défense
D’après des sources proches du ministère de la Défense, les discussions entre Chanegriha et Kazura auraient porté sur plusieurs axes concrets. Parmi eux, la formation des officiers rwandais dans les académies militaires algériennes, un domaine où l’ANP jouit d’une réputation solide. L’Algérie forme déjà des cadres militaires pour plusieurs pays africains, notamment à travers l’École supérieure de guerre (ESG) et l’Académie militaire interarmes de Cherchell.
Un autre volet abordé serait celui de l’industrie de défense. L’Algérie a développé ces dernières années une capacité de production locale dans ce secteur, avec des entreprises comme l’Entreprise de construction aéronautique (ECA) ou la Société algérienne de fabrication de véhicules de combat (SAFAV). Le Rwanda, qui cherche à moderniser son armée, pourrait être intéressé par des transferts de technologie ou des acquisitions d’équipements algériens.
Un partenariat dans un contexte régional tendu
Cette rencontre intervient alors que l’Afrique fait face à des défis sécuritaires croissants, notamment avec la résurgence des groupes terroristes dans le Sahel et les tensions géopolitiques en Afrique de l’Est. L’Algérie, qui partage une frontière de plus de 6 000 kilomètres avec plusieurs pays sahéliens, est directement concernée par ces enjeux. Le Rwanda, quant à lui, est engagé dans des opérations de maintien de la paix en République centrafricaine et au Mozambique, où il combat les insurgés islamistes.
Selon un analyste militaire cité par El Watan, cette coopération pourrait également avoir une dimension politique. « L’Algérie et le Rwanda partagent une vision commune sur la nécessité de solutions africaines aux crises africaines, sans ingérence étrangère », a-t-il déclaré. Les deux pays ont en effet adopté des positions similaires sur des dossiers comme la crise au Soudan ou la guerre en Ukraine, prônant une approche diplomatique plutôt qu’une implication directe.
Des échanges réguliers entre les deux armées
Ce n’est pas la première fois que les armées algérienne et rwandaise échangent. En 2023, une délégation de l’ANP s’était rendue à Kigali pour participer à un forum sur la sécurité régionale. À cette occasion, les deux parties avaient évoqué la possibilité de mener des exercices militaires conjoints, une hypothèse qui pourrait se concrétiser dans les mois à venir.
Le général Kazura, qui a pris ses fonctions en 2022, est connu pour son engagement en faveur d’une modernisation rapide de l’armée rwandaise. Sous son commandement, le Rwanda a acquis des drones turcs et renforcé sa coopération avec des pays comme Israël et les Émirats arabes unis. Son déplacement à Alger montre que Kigali cherche également à diversifier ses partenariats, notamment en Afrique du Nord.
Une relation qui dépasse le cadre militaire
Au-delà des aspects purement militaires, cette visite pourrait aussi avoir des retombées économiques. Le Rwanda, qui mise sur une croissance tirée par les nouvelles technologies et les services, pourrait être intéressé par des investissements algériens dans des secteurs comme les télécommunications ou les énergies renouvelables. De son côté, l’Algérie, qui cherche à développer ses exportations hors hydrocarbures, pourrait voir dans ce partenariat une opportunité pour promouvoir ses entreprises publiques.
D’après Horizons, un projet de coopération dans le domaine de la santé militaire serait également à l’étude. L’Algérie dispose d’un réseau d’hôpitaux militaires performants, comme l’Hôpital central de l’armée à Alger, qui pourraient servir de modèle pour le Rwanda.
Une dynamique africaine portée par Alger
Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des liens entre l’Algérie et le reste du continent. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdelmadjid Tebboune, Alger a multiplié les initiatives pour se repositionner comme un acteur clé en Afrique. En 2023, l’Algérie a accueilli le sommet des chefs d’état-major des pays membres de l’Union africaine, une première pour le pays.
Le général Chanegriha, qui dirige l’ANP depuis 2020, a joué un rôle central dans cette stratégie. Sous son commandement, l’armée algérienne a accru sa participation aux missions de paix de l’ONU, notamment au Mali et en République démocratique du Congo. Elle a également renforcé sa coopération avec des pays comme l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria, dans le cadre d’une approche visant à promouvoir une défense africaine autonome.
Des défis à relever
Malgré ces avancées, plusieurs défis subsistent. L’Algérie doit composer avec des contraintes budgétaires, liées à la baisse des revenus pétroliers, qui pourraient limiter ses capacités d’investissement dans la coopération militaire. Le Rwanda, de son côté, reste dépendant de partenariats extérieurs pour moderniser son armée, ce qui pourrait freiner une collaboration plus approfondie.
Par ailleurs, les deux pays évoluent dans des environnements régionaux complexes. L’Algérie doit gérer les tensions avec le Maroc, tandis que le Rwanda est confronté aux crises récurrentes dans la région des Grands Lacs. Ces facteurs pourraient influencer la portée de leur coopération.
La rencontre entre les généraux Chanegriha et Kazura marque néanmoins une étape importante dans les relations entre l’Algérie et le Rwanda. Si les détails des accords conclus restent confidentiels, cette visite confirme la volonté des deux pays de renforcer leur coopération militaire, dans un contexte où l’Afrique cherche à prendre en main sa propre sécurité. Les prochains mois diront si cette dynamique se traduira par des actions concrètes, comme des exercices conjoints ou des transferts de technologie.