Le Maroc et Israël renforcent leur coopération militaire face à Alger

Cette semaine, l’armée algérienne observe avec attention l’annonce d’un rapprochement militaire inédit entre le Maroc et Israël. Selon le site tsa-algerie.com, Rabat a officiellement renforcé sa coopération dans le domaine de la défense avec Tel-Aviv en 2025, une décision qui s’inscrit dans une dynamique régionale déjà tendue. Ce partenariat, révélé par des sources militaires marocaines et confirmées par des médias israéliens, inclut des échanges d’expertise, des manœuvres conjointes et des acquisitions d’équipements, notamment dans les domaines des drones et de la cybersécurité.

Une alliance stratégique aux portes de l’Algérie

Le Maroc, qui a normalisé ses relations avec Israël en 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, franchit une nouvelle étape en intégrant une dimension militaire à ce partenariat. Selon des analystes cités par Middle East Eye, cette coopération vise à consolider la position de Rabat au Sahara occidental, où le conflit avec le Front Polisario, soutenu par Alger, reste gelé depuis des décennies. L’Algérie, qui considère le Polisario comme un mouvement de libération légitime, voit dans ce rapprochement une menace directe pour sa sécurité nationale.

Le général à la retraite Mohamed Mediène, ancien chef des services de renseignement algériens, a déclaré à El Khabar que « toute alliance militaire entre le Maroc et Israël modifie l’équilibre des forces en Afrique du Nord ». Il a souligné que l’Algérie, qui a toujours refusé de normaliser ses relations avec Israël, pourrait être contrainte de revoir sa doctrine de défense, notamment en matière de surveillance des frontières et de modernisation de son arsenal.

Réactions algériennes : entre prudence et riposte

À Alger, les autorités n’ont pas encore réagi officiellement à cette annonce, mais des sources proches du ministère de la Défense ont indiqué à L’Expression que l’armée algérienne suivait de près l’évolution de la situation. Le président Abdelmadjid Tebboune, également ministre de la Défense, a récemment rappelé lors d’une visite à la base navale de Mers el-Kébir que « l’Algérie ne tolérera aucune atteinte à sa souveraineté ou à ses intérêts stratégiques ».

Cette déclaration intervient alors que l’Algérie a renforcé ses propres partenariats militaires ces dernières années, notamment avec la Russie et la Chine. En 2023, Alger a signé un contrat d’achat de systèmes de défense aérienne S-400 avec Moscou, une acquisition perçue comme une réponse aux tensions croissantes avec le Maroc. Par ailleurs, la Turquie, devenue un acteur clé dans la région, a livré en 2024 des drones Bayraktar TB2 à l’Algérie, renforçant ses capacités de surveillance et de frappe à distance.

Un contexte régional explosif

Le rapprochement maroco-israélien s’inscrit dans un contexte régional marqué par plusieurs crises. Au Sahel, l’Algérie a accru sa vigilance face à la montée des groupes armés et à l’instabilité au Mali et au Niger, où des coups d’État ont porté au pouvoir des juntes hostiles à la présence française. Selon International Crisis Group, l’Union africaine, dont l’Algérie est un membre influent, a placé la sécurité au Sahel parmi ses priorités pour 2024, soulignant le risque d’une contagion des conflits vers les pays voisins.

Par ailleurs, les exercices militaires conjoints entre les États-Unis et le Maroc près du Sahara occidental, mentionnés par Actu Cameroun en 2022, avaient déjà suscité des inquiétudes à Alger. Ces manœuvres, qui impliquaient des forces spéciales et des moyens aériens, avaient été interprétées comme un message adressé à l’Algérie, accusée par Rabat de soutenir le Polisario.

Quelles conséquences pour l’Algérie ?

Pour l’armée algérienne, ce nouveau partenariat maroco-israélien représente un défi multidimensionnel. D’abord, sur le plan opérationnel, l’acquisition par le Maroc de technologies israéliennes, réputées pour leur avance en matière de renseignement et de guerre électronique, pourrait réduire l’avantage dont dispose Alger dans certains domaines. Ensuite, sur le plan diplomatique, cette alliance risque de compliquer les efforts de médiation de l’Algérie dans la région, notamment au Sahara occidental, où elle joue un rôle clé dans les négociations sous l’égide de l’ONU.

Enfin, sur le plan intérieur, cette situation pourrait justifier une augmentation du budget de la défense, déjà l’un des plus élevés d’Afrique. Selon des chiffres publiés par Jeune Afrique, l’Algérie a consacré en 2023 près de 10 milliards de dollars à son armée, soit environ 6 % de son PIB. Une enveloppe qui pourrait encore gonfler si les tensions avec le Maroc s’aggravent.

Une course aux armements en Afrique du Nord ?

L’annonce de cette coopération militaire intervient alors que la Turquie, 11ème exportateur mondial d’armes selon Lepetitjournal.com, continue de renforcer ses liens avec Alger. Les livraisons de drones et de systèmes de défense turcs à l’Algérie s’inscrivent dans une stratégie de diversification des partenariats militaires, afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Russie, dont les livraisons ont été perturbées par la guerre en Ukraine.

De son côté, le Maroc, qui a récemment acquis des systèmes de défense aérienne américains et des drones chinois, semble déterminé à combler son retard technologique face à l’Algérie. Selon un rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), Rabat a augmenté ses dépenses militaires de 30 % entre 2019 et 2023, une tendance qui devrait se poursuivre dans les années à venir.

L’Algérie face à un choix stratégique

Dans ce contexte, l’Algérie se trouve à un carrefour. D’un côté, elle peut choisir de poursuivre sa politique de dissuasion, en modernisant son armée et en consolidant ses alliances avec la Russie, la Chine et la Turquie. De l’autre, elle pourrait être tentée d’engager un dialogue avec ses voisins, afin d’éviter une escalade coûteuse et dangereuse. Cependant, les relations entre Alger et Rabat, déjà tendues par le conflit du Sahara occidental, ne laissent guère de place à l’optimisme.

Pour l’instant, l’armée algérienne semble privilégier la première option. Le chef d’état-major de l’armée, le général Saïd Chengriha, a récemment déclaré que « l’Algérie est prête à faire face à toute menace, d’où qu’elle vienne ». Une position qui reflète la détermination d’Alger à ne pas laisser le Maroc prendre l’avantage dans cette nouvelle configuration régionale.

Alors que les tensions montent, une question reste en suspens : jusqu’où ira cette course aux armements en Afrique du Nord, et quelles en seront les conséquences pour la stabilité du continent ?

Laisser un commentaire