Cette semaine, l’actualité économique algérienne s’est structurée autour de trois axes principaux : les partenariats internationaux, les ajustements réglementaires pour les entrepreneurs, et les tensions logistiques régionales. Les visites diplomatiques, les nouvelles règles bancaires et les projets de transport ont dominé l’agenda, avec des implications directes pour les créateurs d’entreprise et les investisseurs. Les mouvements entre l’Algérie, l’Italie et le Maroc, ainsi que les décisions de la Banque d’Algérie, encadrent les opportunités et limites du secteur privé.
Partenariats internationaux : l’Algérie entre pivot euro-méditerranéen et isolement régional
La visite de Giorgia Meloni en Algérie, en marge d’un renforcement du partenariat algéro-italien, s’inscrit dans une dynamique de diversification des alliés économiques. L’Italie, déjà premier partenaire commercial de l’Algérie en Europe avec un volume d’échanges de 8,2 milliards d’euros en 2023, a réaffirmé son engagement dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et de l’agriculture. Pour les entrepreneurs locaux, cela se traduit par des opportunités de sous-traitance et de co-investissements, notamment dans les projets portuaires et logistiques.
Parallèlement, le Maroc a accéléré ses accords avec les pays du Sahel, en réponse à l’isolement diplomatique de l’Algérie. Ce mouvement renforce la compétition régionale pour les corridors commerciaux, sans impact immédiat sur les échanges algéro-européens, mais avec des risques à moyen terme pour les exportateurs algériens vers l’Afrique subsaharienne.
Les tensions autour du projet de train transmaghrébin Casablanca-Alger-Tunis (budget : 4 milliards de dollars) illustrent ces rivalités. La frontière fermée entre l’Algérie et le Maroc bloque la continuité du tracé, limitant l’intérêt du projet pour les entreprises de transit et de fret.
Réglementation bancaire et exportations : un cadre plus strict pour les micro-entreprises
La Banque d’Algérie a publié de nouvelles règles pour le rapatriement des devises issues des exportations hors hydrocarbures. Désormais, les micro-entreprises et PME exportatrices doivent justifier l’origine des fonds via des documents comptables certifiés et un suivi en temps réel des transactions. Ces mesures visent à lutter contre les flux informels, mais elles alourdissent les procédures administratives pour les petites structures.
En chiffres :
– 2,3 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures en 2023 (textile, agroalimentaire, pharmacie).
– 40 % des micro-entreprises exportatrices déclarent des difficultés à rapatrier leurs recettes, selon une enquête de la Confédération algérienne du patronat (CAP).
Ces ajustements s’ajoutent aux contraintes existantes, comme les délais moyens de 15 jours pour les virements internationaux, un rythme jugé trop lent par les entrepreneurs du numérique.
Création d’entreprise : statuts, cession de parts et fiscalité ciblée
La procédure de cession de parts sociales dans les EURL a été modifiée par un nouveau formalisme. Les associés doivent désormais soumettre un dossier complet incluant :
– Un procès-verbal d’assemblée générale.
– Un certificat de dépôt des fonds auprès d’un établissement bancaire.
– Une déclaration fiscale de plus-value, si applicable.
Le taux d’imposition sur les plus-values est fixé à 15 % pour les cessions inférieures à 10 millions de dinars algériens, et à 30 % au-delà. Ces règles s’appliquent aux entrepreneurs souhaitant céder leur entreprise ou intégrer de nouveaux investisseurs.
Côté création, le ministère de l’Industrie a dressé un bilan critique des politiques de promotion des voitures « made in Algérie ». Depuis 2020, 12 modèles ont été lancés via des partenariats avec des constructeurs étrangers, mais seuls 3 modèles dépassent les 5 000 unités vendues annuelles. Le gouvernement évoque une « absence de compétitivité » et un manque de diversité dans l’offre, sans annoncer de mesures correctives immédiates.
Statuts juridiques et aides aux entreprises : entre simplification et complexité
Les nouvelles lignes de transport à Tizi Ouzou (100 bus supplémentaires) pourraient bénéficier aux micro-entreprises locales, notamment dans les secteurs du tourisme et de la restauration. Cependant, l’octroi de ces lignes reste soumis à des appels d’offres publics, limitant l’accès aux PME non éligibles.
Côté aides, la Banque Al Maghrib a publié un guide pour les demandes de crédit, détaillant :
– Les critères d’éligibilité (chiffre d’affaires, ancienneté minimale de 2 ans).
– Les garanties exigées (hypothèque, caution personnelle).
– Les taux d’intérêt subventionnés (entre 5 % et 7 % pour les projets innovants).
Ces dispositifs s’ajoutent aux subventions de l’AFD (Agence française de développement), dont les montants varient entre 50 000 et 500 000 euros pour les projets de transition écologique. Une enveloppe de 120 millions d’euros a été allouée à l’Algérie en 2024, avec une priorité pour les énergies renouvelables et l’agro-industrie.
Investir depuis l’étranger : opportunités et freins structurels
La diaspora tunisienne est appelée à revenir via le « Mois de la Diaspora 2025 », avec des incitations fiscales pour les investissements dans les régions côtières. En Algérie, les opportunités pour les entrepreneurs expatriés restent ciblées :
– Secteurs prioritaires : énergies renouvelables, numérique, agroalimentaire.
– Freins : restrictions sur les transferts de fonds (plafond de 10 000 dollars/mois pour les non-résidents).
– Incitations : exonérations fiscales de 3 ans pour les projets implantés en zones prioritaires (wilayas du Sud).
Les entrepreneurs malien de la diaspora misent sur les chaînes de valeur transsahariennes, mais les coûts logistiques (transport, douanes) limitent leur compétitivité face aux acteurs marocains ou ivoiriens.
Bilan de la semaine : points d’ancrage et zones de vigilance
Secteurs porteurs :
– Partenariats euro-méditerranéens (Italie, UE) pour les PME exportatrices.
– Subventions AFD pour les projets verts et innovants.
– Aides bancaires aux micro-entreprises sous conditions strictes.
Risques et limites :
– Complexité administrative pour les exportateurs et les cessions de parts.
– Isolement logistique avec le Maroc, impactant les corridors commerciaux.
– Concurrence accrue dans les niches industrielles (automobile, agroalimentaire).
Données clés à retenir :
– 8,2 Md€ : échanges Algérie-Italie en 2023.
– 2,3 Md$ : exportations hors hydrocarbures en 2023.
– 4 Md$ : budget du projet de train transmaghrébin (en suspens).
À retenir pour les entrepreneurs :
Les nouvelles règles de rapatriement des devises s’appliquent dès juin 2024. Pour les EURL, les cessions de parts nécessitent des documents certifiés sous peine de pénalités fiscales. Les subventions AFD sont accessibles aux projets innovants, sous réserve de partenariats locaux.
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