L’anglais remplace le français dans les écoles algériennes

Le ministère de l’Éducation nationale a confirmé récemment une bascule progressive du français vers l’anglais dans le système scolaire algérien. Selon un communiqué publié par l’Agence presse service (APS), l’anglais sera désormais enseigné dès la troisième année primaire, tandis que le français sera introduit en cinquième année. Cette décision, présentée comme une réforme structurelle, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à moderniser l’enseignement et à aligner l’Algérie sur les standards internationaux.

D’après Courrier international, qui cite des sources au sein du ministère, cette transition s’accompagne d’une refonte des programmes et de la formation des enseignants. Les manuels scolaires seront progressivement adaptés, et des partenariats avec des institutions anglophones, comme le British Council, sont en cours de négociation pour renforcer les compétences linguistiques des professeurs. Le ministre de l’Éducation, Abdelhakim Belabed, a déclaré que cette mesure répondait à « une demande croissante des familles et des entreprises algériennes, qui voient dans l’anglais un outil indispensable pour l’insertion professionnelle et l’accès aux marchés internationaux ».

Pour les entrepreneurs et les créateurs d’entreprise, cette réforme pourrait avoir des répercussions immédiates. L’anglais est la langue dominante dans les secteurs des technologies, du commerce international et des startups. Selon une étude récente de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), près de 60 % des entreprises algériennes exportatrices utilisent l’anglais comme langue de travail avec leurs partenaires étrangers. « Cette réforme est une avancée nécessaire, surtout pour les jeunes pousses qui ciblent les marchés africains ou européens », explique Samir Hamza, fondateur d’une startup spécialisée dans les solutions logicielles à Alger. « Le français reste utile, mais l’anglais ouvre des portes que le français ne peut plus garantir. »

Cependant, cette transition soulève des questions sur la formation des enseignants et la qualité de l’enseignement. Des syndicats d’enseignants, comme le Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (SNAPEST), ont exprimé leurs inquiétudes quant à la capacité du système éducatif à absorber ce changement sans baisse de niveau. « Nous manquons cruellement de professeurs qualifiés en anglais, et les formations accélérées ne suffiront pas », affirme un membre du SNAPEST, sous couvert d’anonymat. Le ministère a annoncé un plan de recrutement de 5 000 enseignants d’anglais d’ici 2026, mais les délais restent serrés.

La diaspora algérienne, notamment celle installée dans des pays anglophones comme le Canada, les États-Unis ou le Royaume-Uni, pourrait également tirer profit de cette réforme. « Beaucoup de jeunes Algériens de la diaspora envisagent de revenir créer leur entreprise en Algérie, mais la barrière linguistique était un frein », explique Nadia Benali, présidente d’une association d’entrepreneurs algériens à Montréal. « Avec cette réforme, les compétences acquises à l’étranger seront plus facilement transférables, et cela pourrait encourager les retours d’investissements. »

Sur le plan économique, cette décision pourrait aussi influencer les choix des investisseurs étrangers. Les entreprises internationales, notamment celles du secteur numérique, privilégient souvent les pays où l’anglais est maîtrisé par la main-d’œuvre locale. « L’Algérie a un potentiel énorme dans les services informatiques et l’externalisation, mais le manque de compétences en anglais limitait son attractivité face à des pays comme le Maroc ou la Tunisie », souligne un rapport de la Banque mondiale publié en 2023. Avec cette réforme, l’Algérie pourrait repositionner son offre sur des marchés à forte valeur ajoutée, comme les centres d’appels ou le développement de logiciels.

Reste à savoir comment cette transition sera perçue par la société algérienne, où le français conserve une place importante, notamment dans les milieux universitaires et professionnels. Des intellectuels, comme l’écrivain Kamel Daoud, ont critiqué cette décision, estimant qu’elle risquait de marginaliser une langue qui reste un vecteur de culture et de savoir pour des millions d’Algériens. « Le français n’est pas seulement une langue coloniale, c’est aussi une langue de résistance et de modernité », écrit-il dans une tribune publiée par Le Matin d’Algérie. Pour les entrepreneurs, cette dualité linguistique pourrait compliquer la transition, surtout dans les secteurs où le français domine encore, comme le droit ou la médecine.

À l’université, les effets de cette réforme se feront sentir à moyen terme. Les filières scientifiques et techniques, où l’anglais est déjà largement utilisé pour les publications et les conférences internationales, pourraient accélérer leur transition. « Nous envisageons de proposer des masters en anglais dès la rentrée 2025, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle et des énergies renouvelables », indique un responsable de l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB) à Alger. Pour les étudiants, cela signifie une meilleure préparation aux marchés du travail internationaux, mais aussi une concurrence accrue avec des profils étrangers.

Enfin, cette réforme s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification économique, portée par le gouvernement algérien. Le Plan national de développement 2020-2024 met l’accent sur l’innovation et l’ouverture aux investissements étrangers, deux axes qui nécessitent une maîtrise de l’anglais. « L’Algérie ne peut plus se contenter d’être un marché local ; elle doit s’intégrer dans les chaînes de valeur mondiales, et l’anglais est un passage obligé », analyse un économiste du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD).

À retenir pour les entrepreneurs
Cette réforme offre une opportunité pour les startups et les entreprises tournées vers l’export, mais elle exige une adaptation rapide des compétences linguistiques. Les entrepreneurs de la diaspora anglophone pourraient trouver un terrain plus favorable pour investir en Algérie. Enfin, les secteurs technologiques et innovants devraient bénéficier en priorité de cette transition, à condition que la qualité de l’enseignement suive.

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