Yennayer mobilise l’entrepreneuriat algérien

Une fête millénaire pour dynamiser l’économie locale

Cette semaine, les rues d’Alger et des grandes villes du pays vibrent au rythme des tambours et des chants en tamazight. Yennayer, le Nouvel An amazigh, célébré par des millions de Berbères à travers le monde, marque aussi un tournant pour l’économie algérienne. Pour les entrepreneurs locaux, cette fête traditionnelle n’est plus seulement une occasion culturelle, mais un levier commercial et social sous-exploité. Entre artisanat, agroalimentaire et tourisme, les opportunités se multiplient, tandis que la diaspora algérienne, de plus en plus connectée, pourrait jouer un rôle clé dans cette dynamique.

Selon RFI, Yennayer est célébré chaque année le 12 janvier, mais son impact économique s’étend bien au-delà de cette date. En Algérie, les préparatifs commencent dès décembre, avec une hausse de 30 % des ventes de produits artisanaux et alimentaires, d’après les chiffres collectés par la Chambre nationale de commerce et d’artisanat (CNCA). Les entreprises spécialisées dans la décoration, les vêtements traditionnels et les produits locaux enregistrent un pic d’activité. À Tizi Ouzou, où la culture amazigh est profondément ancrée, les artisans du bois et de la poterie voient leur chiffre d’affaires augmenter de 40 % pendant la période des fêtes.

L’artisanat et l’agroalimentaire mis en avant

Le secteur agroalimentaire est l’un des principaux bénéficiaires de Yennayer. Les produits typiques comme le couscous, les dattes, l’huile d’olive ou encore les biscuits traditionnels se vendent en masse. Selon l’Office national des statistiques (ONS), les ventes de semoule, ingrédient phare du plat national, augmentent de 25 % en janvier. Les petites et moyennes entreprises (PME) locales profitent de cette demande pour écouler leurs stocks et élargir leur clientèle.

À Béjaïa, un rapport de la Direction du commerce local indique que les marchés de plein air enregistrent une affluence record. Les commerçants de la région, souvent organisés en coopératives, misent sur des emballages festifs pour attirer les consommateurs. « Yennayer est une opportunité pour nos petits producteurs. Nous avons formé 50 artisans cette année à la valorisation de leurs produits, ce qui a permis de doubler nos exportations vers les wilayas voisines », explique Rachid Aït-Mouloud, président de la Coopérative des artisans de Kabylie.

Le tourisme local en première ligne

Les wilayas du Nord, comme Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira, misent sur Yennayer pour booster leur tourisme interne. Les hôtels et les gîtes ruraux affichent complets pendant plusieurs jours, avec une réservation anticipée de 60 %, selon les données de l’Agence nationale de développement du tourisme (ANDT). Les agences de voyage proposent des circuits culturels autour des traditions amazighes, tandis que les restaurants locaux surfent sur la vague des menus spéciaux.

À Alger, l’Office du tourisme algérien a lancé cette semaine une campagne intitulée « Découvrez Yennayer à la manière algéroise ». Les visites guidées des musées et des sites historiques, comme le Musée du Bardo, sont proposées à tarif réduit. « Nous avons enregistré une hausse de 20 % des réservations pour janvier par rapport à l’année dernière », confirme Farid Benabdelkader, directeur de l’ANDT.

La diaspora algérienne, un relais économique à renforcer

La diaspora algérienne, forte de plus de 2 millions de personnes, représente un vivier économique souvent sous-tapissé. Les transferts d’argent vers l’Algérie, estimés à 2,5 milliards de dollars en 2024 par la Banque d’Algérie, pourraient être redirigés vers des projets liés à Yennayer. Des plateformes comme « Dima n Tmazight » ou « Yennayer Store » permettent déjà à la diaspora de commander en ligne des produits artisanaux algériens, avec une livraison garantie pour les fêtes.

Des entrepreneurs de la diaspora, installés en France ou au Canada, investissent dans des startups locales. C’est le cas de Yacine Benali, originaire de Tizi Ouzou, qui a lancé en 2023 une plateforme de e-commerce spécialisée dans les produits amazighs. « Nous avons vendu plus de 10 000 produits en ligne en deux mois, principalement à la diaspora. L’idée est d’exporter cette dynamique vers l’Algérie », explique-t-il.

Les défis à relever

Malgré ces opportunités, le secteur reste confronté à des obstacles. Le manque de structuration des coopératives, l’accès limité au financement et la concurrence des produits importés freinent le développement. Selon un rapport de la Banque mondiale, seulement 15 % des PME artisanales en Algérie ont accès à des crédits bancaires. Les entrepreneurs locaux appellent à des mesures incitatives, comme des subventions pour l’achat de matières premières ou des exonérations fiscales pendant la période des fêtes.

Les pouvoirs publics tentent d’apporter des solutions. Le ministère du Tourisme a annoncé récemment un fonds de 500 millions de dinars dédié au soutien des projets liés au patrimoine culturel. « Nous voulons faire de Yennayer un label de qualité pour les produits algériens. Le gouvernement compte organiser un salon national dédié à l’artisanat amazigh cette année », déclare Mohamed Hamidou, ministre du Tourisme.

L’émergence d’une économie culturelle

Yennayer illustre une tendance plus large : l’émergence d’une économie culturelle en Algérie. Les festivals, les marchés artisanaux et les initiatives locales transforment des traditions séculaires en opportunités économiques. Des villes comme Alger ou Constantine organisent désormais des festivals dédiés à la musique et à la gastronomie amazighe, attirant des milliers de visiteurs.

Les entrepreneurs algériens l’ont bien compris : capitaliser sur le patrimoine culturel peut être une stratégie gagnante. En misant sur l’authenticité et la qualité, les PME locales peuvent se différencier sur un marché de plus en plus concurrentiel. À l’ère des réseaux sociaux, les jeunes créateurs utilisent les plateformes numériques pour promouvoir leurs produits, comme le montre l’essor de comptes Instagram ou TikTok dédiés à Yennayer.

À retenir pour les entrepreneurs
Les fêtes comme Yennayer offrent un potentiel commercial immédiat pour les PME artisanales et agroalimentaires. La diaspora peut servir de relais économique en achetant ou en investissant dans des projets locaux. Une meilleure structuration des coopératives et un accès facilité au financement restent des leviers clés pour pérenniser cette dynamique.

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