Les précipitations de cette saison hivernale ont marqué une différence notable entre les régions de l’Algérie, avec un avantage net pour l’Ouest du pays. Selon L’Algérie Aujourd’hui, les wilayas occidentales ont bénéficié d’une pluviométrie supérieure à la moyenne annuelle, contrastant avec des déficits observés dans d’autres zones. Ce phénomène, bien que localisé, soulève des questions sur la gestion des ressources hydriques et l’adaptation aux variations climatiques.
Des cumuls pluviométriques en hausse
Les données recueillies par l’Agence nationale des ressources hydriques (ANRH) révèlent que plusieurs wilayas de l’Ouest, notamment Oran, Mostaganem, Tlemcen et Sidi Bel Abbès, ont enregistré des précipitations dépassant de 20 à 30 % les normales saisonnières. À titre d’exemple, la station météorologique de Tlemcen a relevé près de 450 millimètres de pluie depuis le début de l’automne, contre une moyenne historique de 350 millimètres. Ces apports ont permis de recharger partiellement les nappes phréatiques et les barrages, dont certains affichaient des niveaux critiques ces dernières années.
Cette situation tranche avec celle de l’Est et du Sud, où les précipitations restent en deçà des attentes. Les wilayas de Biskra, El Oued et Tamanrasset, habituellement confrontées à des conditions arides, n’ont pas connu d’amélioration significative. Les barrages de ces régions, comme celui de Foum El Gherza dans la wilaya de Biskra, restent à des taux de remplissage inférieurs à 30 %, selon les derniers bilans de l’ANRH.
Un impact limité sur les réserves stratégiques
Si les pluies ont apporté un soulagement temporaire à l’Ouest, leur impact sur les réserves hydriques nationales reste modeste. L’Algérie dépend encore largement des transferts d’eau entre bassins et des usines de dessalement pour couvrir ses besoins, estimés à plus de 12 milliards de mètres cubes par an. Les barrages de l’Ouest, comme celui de Beni Bahdel dans la wilaya de Tlemcen, ont vu leur volume augmenter, mais cette hausse ne compense pas les déficits accumulés dans d’autres régions.
Les autorités mettent en avant les efforts déployés pour optimiser la collecte et le stockage de l’eau. Le ministre des Ressources en eau, Mustapha Kamel Mihoubi, a récemment souligné que les infrastructures de récupération des eaux pluviales, comme les bassins de rétention et les citernes, ont permis de capter une partie des précipitations. Cependant, ces dispositifs restent insuffisants face à la demande croissante, notamment dans les zones urbaines densément peuplées.
Des disparités régionales préoccupantes
La concentration des pluies dans l’Ouest met en lumière les inégalités territoriales en matière d’accès à l’eau. Les wilayas du Sud, déjà vulnérables, subissent une pression accrue en raison de la raréfaction des ressources. Les agriculteurs de ces régions, dépendants des eaux souterraines, voient leurs puits s’assécher plus rapidement, tandis que les projets de forages profonds se heurtent à des contraintes techniques et financières.
À l’inverse, les wilayas de l’Ouest, bien que mieux loties cette année, restent exposées aux aléas climatiques. Les épisodes de sécheresse prolongée, comme ceux observés entre 2018 et 2022, ont montré la fragilité des systèmes d’approvisionnement. Les experts de l’ANRH rappellent que la variabilité des précipitations, accentuée par le changement climatique, exige une gestion plus flexible et anticipative des ressources.
Vers une stratégie hydrique plus résiliente
Face à ces défis, les pouvoirs publics misent sur plusieurs axes pour renforcer la sécurité hydrique. Le Plan national de l’eau, lancé en 2020, prévoit la construction de nouveaux barrages, l’extension des réseaux de dessalement et la modernisation des systèmes d’irrigation. Le dessalement de l’eau de mer, en particulier, est présenté comme une solution durable pour les régions côtières. Avec une capacité actuelle de 2,1 millions de mètres cubes par jour, l’Algérie vise à atteindre 3,5 millions de mètres cubes d’ici 2030.
Parallèlement, des campagnes de sensibilisation sont menées pour encourager les économies d’eau. Les ménages et les industries sont incités à adopter des pratiques plus sobres, tandis que les agriculteurs sont formés aux techniques d’irrigation goutte-à-goutte. Ces mesures, bien que nécessaires, peinent à s’imposer dans un contexte où l’eau reste souvent perçue comme une ressource abondante et peu coûteuse.
Un enjeu de long terme pour l’Algérie
La situation pluviométrique de cette année illustre les défis auxquels l’Algérie est confrontée. Si l’Ouest a bénéficié d’un répit, les risques de pénurie persistent, notamment dans les zones les plus exposées. Les autorités doivent concilier les besoins immédiats avec une vision à long terme, en intégrant les scénarios climatiques les plus pessimistes.
Les investissements dans les infrastructures et les technologies de pointe, comme la réutilisation des eaux usées traitées, seront déterminants. De même, une meilleure coordination entre les wilayas et les institutions chargées de la gestion de l’eau permettrait d’optimiser la redistribution des ressources. Sans ces ajustements, les disparités régionales pourraient s’aggraver, avec des conséquences économiques et sociales majeures.
En attendant, les Algériens restent tributaires des caprices du ciel. Les pluies de cette saison, bien que bienvenues, ne suffisent pas à garantir la sécurité hydrique du pays. Elles rappellent, une fois de plus, l’urgence d’une gestion plus rigoureuse et plus équitable de l’or bleu.