Revue de presse : Eau Algérie, Algérie Afrique subsaharienne, Travaux publics Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres mythes**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’ubiquité de la question de la maîtrise – maîtrise de l’eau, de l’énergie, de la mémoire, du récit, du numérique. L’Algérie semble obsédée par l’idée de ne plus dépendre, de ne plus subir. Pourtant, cette quête d’autonomie bute sur des obstacles qui ne sont pas seulement techniques ou financiers, mais bien systémiques : une bureaucratie lente, une économie rentière qui résiste aux réformes, et une société civile dont les aspirations peinent à trouver des canaux d’expression institutionnels.

**L’EAU, OU L’ALGÉRIE EN QUÊTE D’UNE NOUVELLE HYDRAULIQUE POLITIQUE**

Cette obsession hydraulique n’est pas nouvelle : elle remonte aux grands chantiers de l’ère Boumediene, où l’eau était à la fois un outil de développement et un instrument de légitimation du pouvoir. Aujourd’hui, la donne a changé. Le changement climatique transforme les barrages en épées de Damoclès : que faire quand les nappes phréatiques s’épuisent et que les oueds se tarissent ? L’Algérie mise sur le dessalement (comme à Tizi Ouzou), mais ces usines sont énergivores et dépendantes de technologies étrangères. La souveraineté hydraulique reste un mirage.

Fil rouge : L’eau est le miroir des ambitions algériennes – un domaine où l’on veut tout contrôler, mais où l’on dépend encore des autres. Cette tension se retrouve dans le numérique, où la souveraineté des data centers est un enjeu brûlant, ou dans l’énergie, où l’hydrogène vert promet une révolution… si l’Algérie parvient à sortir de sa dépendance aux hydrocarbures.

**AFRIQUE : L’ALGÉRIE JOUE SON RÔLE DE PUISSANCE RÉGIONALE (MAIS JUSQU’OÙ ?)**

Pourtant, cette posture se heurte à deux écueils. D’abord, l’Algérie reste prisonnière de son économie rentière : comment promouvoir la santé scolaire en Afrique quand son propre système éducatif est en crise ? Ensuite, sa diplomatie est souvent perçue comme réactive plutôt que stratégique. Le conflit israélo-palestinien, par exemple, occupe une place centrale dans sa politique étrangère, mais cette focalisation l’empêche parfois de peser sur d’autres dossiers, comme la stabilisation du Sahel.

Contradiction : L’Algérie veut être un acteur majeur en Afrique, mais elle peine à articuler une vision cohérente au-delà de l’anti-impérialisme et de la défense de la cause palestinienne. Son engagement en Afrique subsaharienne reste fragmenté, entre générosité (aide médicale, bourses) et calculs géopolitiques (lutte contre l’influence marocaine).

**TRAVAUX PUBLICS : LE GRAND THÉÂTRE DES PROMESSES NON TENUES**

Pourquoi cette lenteur ? Plusieurs facteurs entrent en jeu :
1. La bureaucratie : Un projet doit passer par une dizaine d’administrations, chacune y mettant son grain de sable.
2. La corruption : Les marchés publics sont souvent attribués sur des critères opaques, ce qui favorise les entreprises bien connectées plutôt que les plus compétentes.
3. L’absence de planification : Les projets sont lancés sans étude d’impact sérieuse, ce qui conduit à des surcoûts et des retards.

Paradoxe : L’Algérie dépense des milliards dans les infrastructures, mais ces investissements ne se traduisent pas par une amélioration tangible de la vie des citoyens. Pire, ils alimentent un cynisme généralisé : les Algériens ont appris à ne plus croire aux promesses de l’État.

**ARTS ET MÉMOIRE : QUI CONTRÔLE LE RÉCIT ALGÉRIEN ?**

Cette interrogation traverse toute la scène culturelle algérienne. D’un côté, des artistes comme Wissem Rahmoune appellent à « raconter nos histoires avec exigence et confiance ». De l’autre, l’État maintient un contrôle strict sur les récits historiques, comme en témoignent les difficultés d’accès aux archives de la guerre d’indépendance. Emmanuel Macron a beau promettre une déclassification facilitée, les blocages persistent – preuve que la mémoire reste un champ de bataille politique.

Enjeu : L’Algérie est en train de vivre une révolution culturelle silencieuse, portée par une jeunesse qui refuse les récits officiels. Mais cette dynamique se heurte à un système qui veut garder la main sur le passé. Le festival d’Oran du film arabe, avec Abdelkader Djeriou à sa tête, pourrait être un espace de liberté… à condition que l’État ne le récupère pas.

**POLITIQUE ÉTRANGÈRE : L’ALGÉRIE ENTRE PRINCIPES ET PRAGMATISME**

La question iranienne est révélatrice de cette ambiguïté. L’Algérie suit de près l’expiration de la résolution 2231 de l’ONU sur le nucléaire iranien, mais elle évite de s’engager trop clairement. Pourquoi ? Parce qu’elle a besoin de l’Iran comme partenaire énergétique, mais aussi parce qu’elle craint les retombées d’un conflit régional.

Dilemme : L’Algérie veut incarner une troisième voie, entre l’Occident et les puissances émergentes, mais cette position est de plus en plus difficile à tenir. Son refus de normaliser avec Israël lui vaut des soutiens dans le monde arabe, mais la prive d’opportunités économiques. À l’inverse, son rapprochement avec la Chine et la Russie la rend dépendante de nouveaux parrains.

**NUMÉRIQUE : LA SOUVERAINETÉ À L’ÈRE DES DATA CENTERS**

La France, divisée sur la question, montre les limites de cette approche. L’Algérie, elle, semble vouloir éviter les écueils écologiques (la consommation électrique des data centers est un problème majeur) tout en développant une industrie locale. Mais là encore, les obstacles sont nombreux : manque d’expertise, dépendance aux technologies étrangères, et surtout, une régulation floue.

Risque : L’Algérie pourrait reproduire dans le numérique les mêmes erreurs que dans l’industrie lourde – des investissements massifs, mais peu d’innovation locale. Sans une véritable politique d’éducation et de recherche, les data centers algériens resteront des coquilles vides.

**ÉLECTIONS : LA DÉMOCRATIE ALGÉRIENNE, ENTRE FORMALISME ET DÉFIANCE**

En Algérie, le système électoral est conçu pour simuler la démocratie, pas pour la pratiquer. Les partis d’opposition sont marginalisés, les médias sous contrôle, et l’abstention massive (souvent supérieure à 50 %) est le vrai verdict des urnes. Pourtant, le pouvoir continue d’organiser des élections, comme pour se donner une légitimité internationale.

Ironie : L’Algérie se présente comme un modèle de stabilité en Afrique, mais son système politique est profondément instable. La succession de Bouteflika a montré les limites d’un régime qui repose sur un homme providentiel. Aujourd’hui, le pouvoir tente de se renouveler, mais sans toucher aux fondements autoritaires du système.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**

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