Béjaïa inaugure sa station de dessalement fin 2024

La wilaya de Béjaïa s’apprête à franchir une étape décisive dans la sécurisation de son approvisionnement en eau potable. La station de dessalement de l’eau de mer, dont la livraison est annoncée pour la fin de cette année, devrait produire 100 000 mètres cubes par jour, selon les informations publiées par Le Jeune Indépendant. Ce projet, lancé en 2021, s’inscrit dans le plan national de renforcement des capacités hydrauliques face à la raréfaction des ressources traditionnelles.

Un chantier stratégique pour la région

La wilaya de Béjaïa, qui compte plus de 900 000 habitants, souffre depuis des années de pénuries d’eau récurrentes, notamment durant les mois d’été. Les barrages de la région, comme celui de Tichy Haf, peinent à répondre à la demande croissante, aggravée par les sécheresses successives. La station de dessalement devrait couvrir environ 40 % des besoins en eau potable de la wilaya, réduisant ainsi la dépendance aux ressources conventionnelles.

Technologie et enjeux environnementaux

Par ailleurs, la station sera alimentée en partie par des énergies renouvelables. Un projet pilote, porté par l’Algerian Energy Company (AEC), prévoit d’installer des panneaux solaires pour couvrir une partie des besoins énergétiques de l’usine. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie nationale de transition vers des infrastructures hydrauliques plus durables, comme l’a souligné le ministre des Ressources en eau, Taha Derbal, lors d’une visite sur le site en juin dernier.

Retards et défis logistiques

Un autre défi concerne la formation du personnel. Une centaine d’ingénieurs et de techniciens, recrutés localement, ont suivi des stages de formation en Espagne et en Algérie pour maîtriser les aspects techniques de l’exploitation. L’Algerian Energy Company (AEC) supervisera la gestion de la station pendant les premières années, avant de transférer progressivement la responsabilité à l’Algérienne des Eaux (ADE).

Un modèle pour d’autres wilayas

Pour les experts, ces projets marquent un tournant dans la gestion des ressources hydriques en Algérie. « Le dessalement est une solution incontournable pour les régions côtières, mais il doit être complété par une meilleure gestion des eaux souterraines et une sensibilisation à l’économie d’eau », estime Rachid Boucetta, hydrogéologue à l’Université de Béjaïa. Il souligne également la nécessité d’investir dans la réhabilitation des réseaux de distribution, où les pertes dépassent souvent 30 %.

Réactions locales et attentes

Du côté des associations environnementales, on salue le recours aux énergies renouvelables, mais on appelle à une vigilance accrue sur les rejets de saumures. « Il faut un suivi rigoureux pour éviter que cette solution ne devienne un nouveau problème écologique », avertit Fatima Zohra, présidente de l’association Béjaïa Environnement.

La mise en service de la station de dessalement de Béjaïa, prévue pour décembre, sera un test grandeur nature pour les ambitions hydrauliques de l’Algérie. Si le projet tient ses promesses, il pourrait servir de référence pour les autres wilayas confrontées à des pénuries similaires. Reste à voir si les engagements en matière de durabilité et de transparence seront respectés.

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