Depuis quelques mois, les étals des supermarchés et épiceries algériens voient débarquer une vague de produits alimentaires en provenance des États-Unis. Selon Maghreb Émergent, cette tendance s’accélère, portée par une hausse des importations de denrées américaines, notamment des viandes, des céréales et des produits transformés. Une dynamique qui interroge sur les équilibres commerciaux et la souveraineté alimentaire du pays.
Une percée américaine dans les rayons algériens
Cette présence accrue s’explique en partie par des accords commerciaux facilités entre les deux pays. En juin 2024, l’Algérie et les États-Unis ont signé un protocole d’accord visant à simplifier les procédures douanières pour les produits agricoles. « Les normes sanitaires américaines sont désormais mieux alignées sur les exigences algériennes, ce qui réduit les délais de dédouanement », explique un responsable du ministère du Commerce, cité par Maghreb Émergent. Résultat : les importateurs algériens se tournent de plus en plus vers les fournisseurs américains, perçus comme fiables et compétitifs.
Un choix économique ou une dépendance accrue ?
Cependant, cette dépendance accrue aux importations américaines pose question. L’Algérie, qui importe déjà près de 70 % de ses besoins alimentaires, voit sa facture extérieure s’alourdir. En 2024, les dépenses liées aux importations de produits alimentaires ont dépassé les 10 milliards de dollars, un record. « Chaque tonne de viande ou de céréales importée aux États-Unis est une tonne qui n’est pas produite localement. Cela freine les efforts de développement de notre agriculture », alerte un expert en sécurité alimentaire.
Des réactions mitigées chez les producteurs locaux
Le gouvernement algérien tente de rassurer en rappelant ses engagements en faveur de la souveraineté alimentaire. Le Plan national de développement agricole (PNDA) 2020-2024 prévoit d’augmenter les surfaces irriguées et d’améliorer les rendements. Mais les résultats tardent à se concrétiser. « Les investissements dans l’agriculture sont longs à porter leurs fruits. En attendant, nous restons dépendants des importations », reconnaît un haut fonctionnaire du ministère de l’Agriculture.
Un enjeu géopolitique et sanitaire
Sur le plan géopolitique, cette dépendance aux produits américains pourrait fragiliser la position de l’Algérie dans ses négociations commerciales. « Si les États-Unis deviennent un fournisseur incontournable, ils pourraient imposer leurs conditions, notamment en matière de prix ou de normes. Cela limiterait notre marge de manœuvre », analyse un économiste.
Vers une régulation plus stricte ?
Le gouvernement algérien semble conscient de ces enjeux. En juillet 2025, le Premier ministre a annoncé la création d’un fonds de soutien à l’agriculture locale, doté de 500 millions de dollars. « L’objectif est de réduire notre dépendance aux importations et de stimuler la production nationale », a-t-il déclaré. Reste à savoir si ces mesures suffiront à inverser la tendance.
En attendant, les produits américains continuent de gagner du terrain dans les assiettes algériennes. Une réalité qui reflète à la fois les opportunités et les risques d’une mondialisation des échanges alimentaires.