En avril 2025, l’Algérie a été accusée par plusieurs organisations internationales et médias d’avoir expulsé plus de 1 100 migrants subsahariens vers le désert, près de la frontière avec le Niger. Ces expulsions, qualifiées de « collectives et arbitraires » par des ONG, ont relancé le débat sur la politique migratoire algérienne et ses conséquences humanitaires.
Des expulsions documentées par les ONG
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a confirmé avoir reçu des signalements similaires, soulignant que ces pratiques violent le droit international, notamment la Convention de Genève sur les réfugiés. « Les expulsions collectives sans examen individuel des situations sont interdites », a rappelé un porte-parole du HCR.
Une politique migratoire sous tension
Les autorités algériennes justifient ces mesures par la nécessité de lutter contre l’immigration clandestine et les réseaux de passeurs. Dans une déclaration à l’Agence presse service (APS), le ministère de l’Intérieur a affirmé que « l’Algérie applique strictement ses lois et protège ses frontières dans le respect des conventions internationales ». Pourtant, les associations dénoncent un manque de transparence et l’absence de voies légales pour les migrants souhaitant demander l’asile.
Des conséquences humanitaires dramatiques
« Les migrants expulsés sont souvent dépouillés de leurs affaires et laissés sans ressources. Beaucoup tentent de revenir en Algérie, ce qui les expose à de nouveaux dangers », explique un responsable de MSF au Niger. Les réseaux de passeurs profitent de cette situation pour proposer des traversées encore plus risquées, parfois vers la Libye ou la Tunisie.
Réactions internationales et pression sur Alger
Pourtant, l’Algérie rejette ces critiques, accusant les pays occidentaux de double standard. « L’Europe externalise sa gestion migratoire tout en nous reprochant d’appliquer nos lois. Où est la cohérence ? », a déclaré un diplomate algérien sous couvert d’anonymat. Le gouvernement algérien rappelle par ailleurs son engagement dans la lutte contre les trafics d’êtres humains, avec des opérations régulières contre les réseaux de passeurs.
Vers une solution régionale ?
Les organisations de défense des droits humains plaident pour une alternative aux expulsions, comme l’ouverture de centres d’accueil temporaires ou la mise en place de corridors humanitaires. « Il faut sortir de la logique sécuritaire et penser à des solutions qui protègent les vies », insiste un représentant d’Amnesty International.
Un débat national en Algérie
Des associations locales, comme Collectif des familles de disparus ou Réseau Wassila, tentent de sensibiliser l’opinion publique et les autorités. « Il est temps de reconnaître que les migrants font partie de notre réalité sociale et économique. Les expulser vers le désert n’est pas une solution », déclare une militante associative.
Prochaines étapes
Pour l’instant, les migrants subsahariens continuent d’affluer vers le nord du continent, malgré les risques. « Nous n’avons pas le choix. Rester chez nous, c’est mourir de faim ou de guerre. Alors on part, même si on sait que ça peut mal finir », confie un jeune Malien rencontré à Tamanrasset. Son témoignage résume l’urgence d’une réponse humaine et coordonnée à cette crise.