L’Algérie accélère son programme de dessalement d’eau de mer pour répondre à la demande croissante en eau potable et atténuer le stress hydrique. Selon Algerie360, le pays prévoit d’atteindre une capacité de production de 3,7 millions de mètres cubes par jour d’ici la fin de l’année 2024. Cette expansion s’inscrit dans une stratégie nationale visant à sécuriser l’approvisionnement en eau, notamment dans les régions côtières et les zones arides.
D’après les données officielles, l’Algérie dispose actuellement de 11 stations de dessalement en service, avec une capacité totale d’environ 2,1 millions de mètres cubes par jour. Les nouvelles installations, dont six supplémentaires annoncées par le Courrier d’Algérie en octobre 2025, devraient porter ce chiffre à près de 4 millions de mètres cubes. Parmi les projets en cours, la station de Cap Djinet, dans la wilaya de Boumerdès, et celle d’El Mactaa, près d’Oran, figurent parmi les plus importantes. Ces infrastructures utilisent des technologies de pointe, comme l’osmose inverse, pour garantir une eau de qualité conforme aux normes internationales.
Le ministre des Ressources en eau, Karim Hasni, a souligné lors d’une récente intervention que ces investissements s’accompagnent d’une modernisation du réseau de distribution. « Nous travaillons à réduire les pertes d’eau, qui dépassent encore 30 % dans certaines wilayas, en remplaçant les canalisations vétustes et en introduisant des systèmes de télégestion », a-t-il déclaré. Les wilayas d’Alger, d’Oran et de Skikda bénéficient déjà de ces améliorations, avec une réduction notable des coupures d’eau.
Les défis restent cependant nombreux. Le coût énergétique du dessalement, estimé entre 0,5 et 0,8 dollar par mètre cube, pèse sur le budget de l’État. Pour y remédier, le gouvernement mise sur les énergies renouvelables. La Sonatrach, en partenariat avec des entreprises étrangères, explore des solutions pour alimenter les stations en électricité solaire. « L’objectif est de rendre le processus plus durable et moins dépendant des hydrocarbures », explique un responsable du secteur, cité par Horizons.
Parallèlement, l’Algérie renforce ses capacités de traitement des eaux usées. D’après Horizons, le pays prévoit d’augmenter sa capacité d’épuration à 1,5 milliard de mètres cubes par an d’ici 2025, contre 900 millions actuellement. Ces eaux recyclées seront principalement utilisées pour l’irrigation agricole, réduisant ainsi la pression sur les ressources conventionnelles. Dans la wilaya de Blida, un projet pilote a déjà permis de réutiliser 20 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées pour l’arrosage des cultures maraîchères.
Les critiques pointent néanmoins des retards dans la mise en œuvre de certains projets. El Watan, dans un article publié en juillet 2025, souligne que « plusieurs stations annoncées depuis 2020 n’ont pas encore vu le jour, en raison de lenteurs administratives et de difficultés logistiques ». Le gouvernement assure, quant à lui, que les retards sont en passe d’être résorbés, avec une accélération des appels d’offres et une simplification des procédures.
Sur le plan international, l’Algérie collabore avec des pays comme l’Espagne et la Chine pour le transfert de technologies et la formation des ingénieurs. Des accords ont été signés avec des entreprises spécialisées, telles que Abengoa et Hyflux, pour la construction et la maintenance des stations. Ces partenariats visent à garantir une expertise locale à long terme, tout en assurant la pérennité des infrastructures.
Les citoyens, quant à eux, expriment un mélange d’espoir et de scepticisme. À Alger, des habitants des quartiers périphériques, comme Bab Ezzouar, témoignent d’une amélioration progressive de leur approvisionnement. « Avant, nous avions de l’eau deux fois par semaine. Maintenant, c’est presque tous les jours, même si la pression reste faible », confie un résident. Dans le Sud, où les ressources souterraines s’épuisent, le dessalement représente une bouffée d’oxygène. À Adrar, une station pilote produit déjà 50 000 mètres cubes par jour, couvrant une partie des besoins de la population.
Les experts appellent cependant à une gestion plus intégrée des ressources. « Le dessalement ne doit pas être une solution isolée. Il faut combiner cette approche avec la préservation des nappes phréatiques, la lutte contre le gaspillage et une politique agricole moins gourmande en eau », estime un hydrologue de l’Université d’Alger, cité par El Moudjahid. Le gouvernement a d’ailleurs lancé des campagnes de sensibilisation pour encourager les économies d’eau, notamment dans les secteurs industriel et agricole.
À moyen terme, l’Algérie envisage d’exporter son savoir-faire en matière de dessalement. Des discussions sont en cours avec des pays africains, comme le Mali et le Niger, pour des projets de coopération. « Notre expérience peut servir de modèle pour d’autres nations confrontées à des pénuries d’eau », affirme un responsable du ministère des Ressources en eau. Cette ambition s’inscrit dans une vision plus large de diversification économique, au-delà des hydrocarbures.
En attendant, les prochains mois seront décisifs. Si les objectifs de 2024 sont atteints, l’Algérie pourrait devenir l’un des leaders africains en matière de dessalement. Reste à voir si les promesses se traduiront par des résultats concrets sur le terrain, dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires et des enjeux climatiques croissants.